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Au gré du vent.

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Au gré du vent.

Message par Mortelune le Ven 7 Nov - 17:37

C’était un soir d'hiver comme tant d'autres. Un soir ou le froid rend le silence plus présent encore. Chaque son semble comme amplifié, le moindre craquement de branches, le moindre cri d'animal, le moindre envol d'oiseau...

Au cœur d'une foret rendue encore plus sombre par le manteau nocturne dont venait de se couvrir le ciel, une étrange procession de lampions rougeâtres déambulait entre les arbres. Au départ silencieusement, le convoi lumineux, presque féerique, progressait épisodiquement, apparaissant et disparaissant parfois au gré des buissons et des troncs derrières lesquels il se dissimulait temporairement. Puis, progressivement, de légers bruits de grincements commencèrent à résonner, ceux des essieux de roues mal graissées tout d'abord, et ensuite les craquements du bois des roulottes et charrettes que ces derniers supportaient.

S'il y avait eu un observateur avisé pour contempler ce spectacle étonnant, il aurait eut tôt fait d'en attribuer l'origine à un convoi marchand. En fait, il n'en était rien, puisqu'il s'agissait de la célébrissime Caravane de Nulle Part qui s’apprêtait à faire halte dans cette sylve accueillante, au détour d'une clairière hospitalière et d'un ruisseau bienvenu.

C'était Myal montée sur son fidèle chien Poki, qui avait localisé une heure plus tôt la proximité de ce lieu idéal pour l'établissement d'un campement éphémère. Une fois sur place, le son métallique et harmonieux de fines cloches se propagea au creux du bois, porté par le vent au détour des branches et feuillages. L’arrêt de la caravane était ordonné. Une minute plus tard l'ensemble des caravaniers s'affairait déjà à maximiser le confort du lieu.

Place nette était faite, on montait des tonnelles par ci, préparait l'âtre d'un feu par là, tandis que les chasseurs Krabulg et Lune vérifiaient déjà leurs arcs et leurs flèches en vue de leur traditionnelle compétition quotidienne. L'elfe restait sur trois défaites consécutive face à l'Orc expert et elle comptait bien inverser la tendance dès ce soir. Le vieux Lø, fatigué par le long trajet, s’était assis sur son fauteuil habituel, qu'il avait placé, comme toujours aux pieds de sa roulotte pour y contempler l'agitation du camps tout en prévoyant les prochains voyages à l'aide de ses fameuses cartes.

Les rondes de reconnaissances furent lancées aussitôt pour vérifier la sécurité des environs. La Marionnette et Yazzren se chargèrent du flanc ouest, tandis que Roi Izmir et Le Soyeux progressaient vers l'ouest... Liam et Shana mettaient de leur côté un peu d'ordre sur le camps, dressaient les tables et remplissaient quelques marmites de l'eau fraîche fournies par le ruisseau. Le couteau expert de Nakoth le Démon Gourmet résonnait bruyamment, alors qu'il tranchait à grande vitesse les navets, carottes et pommes de terres que venait à l'instant de faire surgir de la terre, Osmeth l'Elfe Sauvage.

Ikaar comme à son habitude, observait, un peu en retrait, les manœuvres. N'hésitant pas à aider ici ou là lorsque son assistance se justifiait. Lui avait en charge la sécurité du camp pendant les rondes. Il était seul, mais c’était bien suffisant tant ses talents de combattant avaient peu d’équivalent en ce monde.

De ses yeux presque entièrement dissimulés sous son bandeau de tissu, il observait la nouvelle venue au camp. Elle s'appelait Kachina et la pauvre, il devait bien l'admettre, semblait un peu perdue. Elle n'était là que depuis quelques jours et après tout, il n'y avait rien d'anormal à ce qu'elle cherche encore ses marques.

Le guerrier aux cheveux blancs fut bientôt rejoint par une silhouette élégante et filiforme qui s’était extraite un peu plus tôt d'une roulotte noire et biscornue en baillant sans aucune retenue. La femme au teint pâle progressa discrètement dans le dos d'Ikaar et enroula ses bras autour de ses épaules et son cou. Elle ouvrit alors grand sa bouche, dévoilant une dentition parfaite et deux canines supérieures anormalement longues, puis, mima une morsure assenée au cou du guerrier.

Ce dernier ne moufta pas. Il ne bougea même pas un cil, alors que la vampire poursuivit son geste par un câlin démonstratif, frottant sa tête sur son cou et sa nuque.

-"Bonsoir, Djez" dit simplement Ikaar.

C’était Djez, la vampire... l’imprévisible et l'excentrique Djez... la seule n'ayant aucun rôle vraiment déterminé au sein de la Caravane lors de ses implantations, tant elle se plaisait à agir comme bon lui semblait... Elle avait dormit toute la journée. Non pas parce qu'elle était vampire non... les vieilles légendes ont la vie dure, il y a bien longtemps qu'elle n’était plus sensible à la lumière... en vérité elle avait dormit toute la journée car la nuit d'avant avait été quelque peu arrosée...

-"Salut beau gosse - répondit affectueusement Djez - Alors on se rince l’œil sans moi ? Elle te plait la nouvelle ?" demanda la Caïnite en ricanant doucement, après avoir constaté l’intérêt d'Ikaar pour Kachina.

Le robuste guerrier commença par sourire à son tour, adressant ensuite un regard complice à Djez

-"Dans le genre obsédée, tu te poses là toi.. - plaisanta-t-il - Ouai, elle me plait, mais pas de la façon dont tu l'entends."
-"Ecoutez le, ce grand romantique... non, moi j'mange pas de ce pain là, gna gna gna... ouai à d'autres hein.. Enfin, le jour ou tu en feras ton quatre heure fait pas l'perso hein, sonne moi avant, je lui ferais bien des choses aussi."
-"Djez..."
-"Quoi ?"
-"Rien...laisse tomber. T'es conne."

Djez se plaisait à taquiner son grand ami Ikaar. Il y avait toujours eu une sorte de connexion entre eux, comme des liens fraternels peut-être renforcés par leurs natures particulières. Dans tous les cas, ils étaient proches et se comprenaient mutuellement.

La belle vampire adressa un tendre et dernier baiser à son guerrier préféré et prit congés de lui dans une démarche élégante et au charme fou. Tel était l'avantage des vampires et de leur charisme irrésistible.

Resté en retrait Ikaar poursuivait son observation du camp jusqu'à ce que son regard croise celui de Kachina.

Il lui adressa alors un signe de la main, amical, et invita cette dernière à le rejoindre.
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Re: Au gré du vent.

Message par Assiah le Ven 7 Nov - 18:48

Cela faisait maintenant quelques jours que Kachina, puisque c'était désormais le nom par lequel tout le monde l'appelait, avait été accueillie par la caravane. La nouvelle danseuse de la troupe avait un peu de mal à s'intégrer dans la vie quotidienne ne sachant jamais trop où se rendre utile. Son regard fit le tour de la jolie clairière que l'oeil attentif de Myal avait repérée. Malgré ou grâce à sa petite taille, elle était incroyablement efficace et elle venait encore de démontrer tout son talent. L'endroit était parfait, tout avait été pensé, étudié pour que la caravane ne manque de rien. 

Au fil des jours, Kachina n'avait fait que des bêtises en voulant prêter mains fortes aux différentes tâches quotidiennes. Quand elle avait tenté d'aider à dresser le campement, elle avait réussi à emmêler les cordes qui servaient à dresser les tonnelles. La jeune fille avait alors tenter d'aider à l'allumage du feu et avait fait s'écrouler le fagot de bois d'un geste maladroit. Bref toutes ses tentatives s'étaient soldées d'un cuisant échec. Le mieux étant l'ennemi du bien Kachina voulait toujours trop bien faire afin d'être acceptée. La nervosité et la pression engendrée par la peur de mal faire la rendait maladroite. Personne pourtant ne lui en avait tenu rigueur, Le Soyeux avait peut-être un peu plus marmonner dans sa barbe que d'habitude mais aucun reproche ne lui avait été fait. Elle essayait pourtant de faire de son mieux. Comment se pouvait-il qu'une danseuse aussi douée soit d'une telle maladresse se répétait-elle. 

Peut-être devrait-elle s'occuper des chevaux? Elle avait toujours eu un contact privilégié avec les animaux et plus encore depuis qu'elle avait appris à communiquer avec ceux-ci. C'était somme toute très peu de chose mais au moins ne resterait-elle pas plantée au milieu de tout le remue ménage des préparatifs à rester dans les pieds des gens.

Le vieux Lo lui fit un signe d'encouragement, elle s'était prise d'affection pour cette étrange bonhomme, sa présence tout en sérénité et en sagesse l'apaisait. S'il ne parlait pas, il savait se faire comprendre d'une façon ou d'une autre et elle appréciait son calme. Le vieil orc qui lui avait souhaité la bienvenue et présenté la petite communauté était devenu, quant à lui, une sorte de protecteur près de qui elle cherchait souvent conseil. Son aspect rébarbatif ne lui faisait pas peur et elle trouvait qu'il émanait de lui une certaine... tendresse. 

Pour les autres membres, la jeune femme n'avait pas encore eu l'occasion de vraiment parler avec eux. Il faut dire qu'elle avait passé ces quelques jours à digérer ce qu'elle considérait comme une trahison de son ancien compagnon. Taiseuse, elle était restée un peu en retrait de tout ce beau monde. Aujourd'hui pourtant elle avait envie de sortir de cet état de léthargie dans laquelle la perte de "son ami" l'avait laissé. Aussi prit-elle une profonde inspiration avant de se redresser. Elle s'occuperait des chevaux et, ensuite, elle irait voir le duel amical entre les deux archers émérites. Elle en profiterait pour commencer à essayer d'entamer une conversation avec Lune. Pour l'instant, c'est la jeune elfe qui lui semblait la plus sympathique.

C'est alors qu'elle sentit la brûlure d'un regard dans son dos. Elle se retourna et surprit l'homme qui la fixait. Il s'agissait d'Ikaar, étrangement, la jeune femme n'avait eu aucun mal à se rappeler de son nom. Souvent en retrait du groupe, il lui arrivait à l'occasion de plaisanter avec l'un ou l'autre. Il la mettait mal à l'aise et elle ne savait pas pourquoi. Peut-être était-ce sa haute stature ou son port toujours très droit ou encore ce bandeau qui lui masquait en partie le visage ou simplement le fait qu'il la fascinait.

La danseuse rougit sous son regard, le rouge devint cramoisi lorsqu'il lui fit un petit signe de la main. Heureusement, tout le monde vaquait à ses occupations et personne ne vit le trouble qui anima son beau visage. Elle espérait que la distance qui la séparait du guerrier l'avait protégée également. Très vite elle reprit contenance et se composa une mine enjouée. Trop heureuse de l'intérêt du jeune homme, elle n'eut d'ailleurs pas à se forcer pour que son visage s'éclaire d'un magnifique sourire.

Arrivée à sa hauteur, elle le salua:

Bonsoir, heu si tu n'as pas peur de ce qui pourrait arriver tu vas peut-être me sauver et me dire que tu as besoin de moi pour l'une ou l'autre chose.

Le ton était en même temps léger et remplit d'espoir. Kachina ne savait pas trop où regarder, elle ne s'était jamais trouvée si près du beau ténébreux et elle s'efforçait de ne pas paraître mal polie en le fixant trop intensément.
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Re: Au gré du vent.

Message par yellowhub le Mar 11 Nov - 12:58

Maoru en avait plus qu’assez, il avait réalisé qu’il s’était perdu après deux semaines d’errance dans la forêt sans jamais arriver à trouver un sentier digne de ce nom ou bien une personne a qui demander son chemin.
Il est vrai qu’il est téméraire voir stupide de partir en excursion dans la forêt pour rejoindre la ville appelée Fyskeil par un prétendu raccourcis à travers les bois pour gagner quelques jours de marche alors qu’il est aveugle……


Maoru pesta encore une fois contre Tanaîs (un marchand et son ami) qui lui avait donné des indications vagues et insuffisantes pour se rendre à destination mais qu’il avait suivies à la lettre idiot qu’il était.
« Il ne perd rien pour attendre » pensa-t-il profondément.  

En effet depuis deux semaines Maoru s’échevelait à arriver sur une route, un sentier, mais rien à faire. Malgré le fait que Maoru connaisse le tracé des routes par cœur et n’utilise pas de carte, il ne savait pas tout et dans ce cas, il était perdu.

Depuis qu’il était devenu aveugle après un terrible combat pour la guilde d’assassin de Tanos, Maoru portait une boucle d’oreille qui émettait des sortes de signal, des ondes, que lui seul percevait, ce qui lui permettait d’avoir une idée de ses alentours. Pour marcher, ce bijoux ou du plus exactement cet artefact utilise le sang de Maoru et son énergie pour s’approvisionner. En combat ça lui est inutile car il peut sentir ses ennemis, leurs mouvements… mais en pleine nature, la boucle d’oreille s’avérait extrêmement efficace : en effet comment diable veux tu sentir un caillou ou une racine face à toi !

Tout à coup Maoru sentit une odeur de pain cuit et entendit à l’horizon des bruits confus et divers qui résonnaient dans la forêt. La nuit commençait à tomber et le vent qui avait soufflé toute la journée s’était enfin tue.
« Au moins s’ils ont des traqueurs, ceux-ci ne me sentiront pas »
Il se dirigea doucement et silencieusement vers la source de ce bruit qui dérangeait le calme de la forêt. A mesure qu’il se rapprochait, Maoru compris que c’était une caravane, ça ne trompait pas : de nombreuse personnes étaient rassemblées et semblaient être organisées pour la répartition des tâches. 
La possibilité que ça soit un convoi armé de mercenaire s’envola lorsqu’il entendit le rire d’enfants et les acclamations d’un publique face à une danseuse ou quelque performance que ce soit, en déduit-il. 
De la même manière ce ne pouvait être un convoi marchand car il y avait trop d’individus, les marchands avares et n’allaient pas employer une troupe de musicien pour faire transporter des marchandises d’une ville à une autre : ils ont les yeux rivés sur les cordons de leur bourse et toutes dépenses extra sont impensables.

Maoru sourit a cette pensée « même si le monde entier était bouleversé, les marchands garderaient leur cupidité »

Il se concentra sur son environnement pour éviter d’être surpris par des ennemis, ou des gardes et monta dans les branches d’un arbre pour gagner en hauteur par rapport au camp face à lui pour mieux le définir, et aussi pour réfléchir à ce qu’il allait faire.
Etant affamé, il pouvait voler quelques miches de pain le soir et suivre la caravane de loin pour ne plus se perdre, ou bien il pouvait juste arriver dans le camp et se présenter comme un voyageur solitaire qui s’est égaré dans la forêt. Mais la méfiance de Maoru, son instinct de survie l’emporta et il décida de garder la première option.

Après être resté pensif pendant quelques instants, il était parvenu à la déduction :
« Cette caravane est peut-être un regroupement de brigands ou de voleurs qui dupent le monde et prennent leurs biens … Je ne peux pas leur faire confiance, qui dit qu’ils ne me feront pas boire un somnifère ou même un poison et me tueront dans mon sommeil… »

Ses réflexions se trouvèrent confirmées lorsqu’il entendit le bruit de flèches atteindre une cible de manière répétée et rapide sous les acclamations des spectateurs.
« Les archers sont excellents, vu la cadence de leurs tirs ce sont des vétérans en la matière. Ils ont donc surement d’autres fameux guerriers qui pourraient me poser problème et s’avérer être dangereux… » estima-t-il.

Il décida alors d’attendre que le sommeil soit passé dans le camp et il fera un tour pour prendre quelques provisions. La nuit s’épaississait et la lune, grand disque argentée brillait dans le ciel nébuleux. On pouvait entendre des chauves-souris voler frénétiquement entre les arbres, et les chouettes hululer alors que les rongeurs se terraient au fond des racines pour éviter de leurs servir de repas. 
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Re: Au gré du vent.

Message par Mortelune le Ven 14 Nov - 11:54

Alors que Kachina, un peu hésitante, s’était rapprochée d'Ikaar à sa demande, l'attention de ce dernier fut happée prestement par une sollicitation extérieure qui le poussa à se désintéresser de la jeune femme. 

C’était Krabulg, les yeux pétillants et le sourire jusqu'aux oreilles comme à chaque fois qu'il partait en chasse avec Lune, qui signalait au guerrier tout de noir vêtu qu'ils quittaient le campement. Derrière l'orc, la jeune elfe aux cheveux jaunes comme les blés, adressa un clin d'oeil affectueux à Ikaar et cria à son attention :

-"Prépare déjà les mouchoirs car quand on reviendra, le vieux sera inconsolable..." plaisanta-t-elle aux dépends du rôdeur qui l'accompagnait.

Ikaar se contenta de sourire, en adressant un signe de la main aux deux chasseurs en partance et qui se disputeraient bientôt la plus belle prise. En observant ce spectacle aussi insolite qu'attachant, il pensa alors qu'il n'y avait bien qu'au sein de la Caravane de Nulle Part que l'on pouvait assister à de telles tranches de vie... Une elfe plaisantant avec un Orc... Quoi de plus improbable habituellement en Zaerod... et pourtant si banal au cœur de leur petit groupe soudé.

Apaisé, le robuste gaillard se rappela la présence discrète à ses côtés. Elle était aussi fluette que menue et il lui rendait bien une tête. Pourtant, malgré sa nature plutôt réservée jusqu'à lors, il n'avait pu s’empêcher de la remarquer. C’était d'ailleurs plutôt étrange car pour le moment, on ne pouvait pas vraiment dire qu'elle avait trouvé sa place parmi eux, ni qu'elle semblait s'épanouir pleinement dans la Caravane.

Pourtant elle souriait, ce qui était plutôt rassurant. 

Ikaar était, officieusement l'un des dirigeants de la caravane. Son bras armé et son état major, pour ainsi dire. Décidant de tout ce qui avait attrait à la sécurité du convoi. Aussi son rôle comportait des prérogatives l'obligeant à sonder quelques peu les nouveaux venus, sans pour autant remettre en cause les grandes valeurs des Caravaniers... Peu importe la vie d'avant, ce qui compte c'est aujourd'hui et demain.

Ses yeux détaillèrent la belle de bas en haut, mais sans pour autant donner dans le graveleux. Ikaar était d'un naturel prévenant et respectueux, cela s'appliquait également à la courtoisie dont il faisait preuve vis à vis des femmes, et spécialement les nouvelles venus qui mettaient souvent plus de temps que la moyenne à se sentir à l'aise ici... bon hormis Djez... Mais Ikaar ne la considérait pas vraiment comme une femme... plus comme une sœur... voire un frère parfois, tant son caractère était explosif et imprévisible mais aussi pour sa mauvaise habitude à aborder sans gêne et publiquement les sujets relatifs aux plaisirs de la chair...

-"Bonsoir Kachina" Fit alors Ikaar, en inclinant légèrement la tête en guise de salutation avant de reprendre.

-"Cela va bientôt faire une semaine que tu évolues parmi nous et... le temps est venu pour nous de faire un point ensemble. Si tu en es d'accord bien sur. Si cela te sied, nous aborderons tes envies, tes besoins, mais aussi tes motivations. Ton ressenti me sera, d'une façon générale, très précieux. J'ai besoin d'éléments venant de toi pour savoir comme faire en sorte de faciliter ton intégration parmi nous. Je te sens un peu parfois comme une âme en peine... Volontaire, mais craintive. Tu te soucies trop du regard des autres. Tu dois te détacher de ce que tu as vécu autrefois, tes mauvaises expériences notamment, tes déceptions, tes échecs, les fois où tu t'es sentie trahie. Tout est différent ici. Tu le comprendras au fil du temps. Tu te trouves dans une parenthèse hors du temps et de l'espace où valeurs et entraide ont une vraie signification et ne sont pas juste quelques mots dorés venant décorer des armoiries brandies bien haut. Nous ne nous plaisons peu dans le paraître et préférons de loin l'être."

Le jeune homme se tût un instant, observant avec une affection non dissimulée le petit Liam essayant d'accrocher en vain, un lampion rougeoyant à une branche un peu trop haute pour lui. Il fut finalement rejoint par Shana, qui s'inclina pour lui faire la courte échelle et lui permettre d'accomplir sa mission en riant.

-"Tu vois ? - commenta alors Ikaar - Chacun ici compose avec ses moyens. Tu dois te libérer des chaînes qui te lient encore à ta vie d'avant. Celle que tu étais n'existes plus. Du moins... jusqu'à ce que tu nous quittes un jour... si cela s'avère être ton souhait. Mais j'ai tendance à trop parler... aussi vais-je me taire et te céder la parole... Déjà as tu des questions ?" 
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je quitte le rp ;) dsl du dérangement

Message par yellowhub le Sam 15 Nov - 19:47

Maoru sentit le vent tourner et entendit deux personnes venir dans sa direction, jugeant le combat inutile et surtout trop dangereux, il décida de partir.

« ça n’en vaut pas le coup, je trouverai bien quelques racines et bulbes dans la forêt qui pourront me nourrir »

Prestement il descendit de l’arbre et s’enfonça dans les profondeurs de la forêt abandonnant un camp sur lequel les derniers rayons de soleil tombaient, pour ne jamais revenir.
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Re: Au gré du vent.

Message par Assiah le Dim 16 Nov - 15:29

Après avoir salué les deux tireurs d'élite, Kachina reporta son attention sur le grand ténébreux. Toute la bienveillance dont il faisait preuve n'était pas tournée que vers sa personne, il pensait également au groupe. Elle se détourné de lui pour contempler la scène des caravaniers profitant de ce délai pour réfléchir à ce qu'elle recherchait vraiment. Une famille? C'était sans conteste la réponse qui lui venait spontanément à l'esprit. L'affection, la tendresse mais aussi la sécurité, la protection et les liens tissés entre les membres voilà ce à quoi elle aspirait. De moments de bonheurs simples plein de tendre complicité, d'insouciance et d'éclats de rire. De cette affection fraternelle qui semblait lier les caravaniers entre-eux rendant chaque maillon de cette solide chaîne important aux yeux de tous.

Le problème, elle n'avait aucune idée de comment s'intégrer, les conseils du jeune homme résonnaient dans son esprit en ébullition: faire table rase du passé elle ne demandait que ça mais elle n'était même pas sûre de savoir qui elle était. Elle ne devait peut-être pas prendre le problème sous cet angle. En y réfléchissant, l'important n'est pas ce que tu étais, mais ce que tu seras ici, au sein de la caravane. Voilà ce que Ikaar voulait lui faire comprendre. Elle n'avait pas à chercher après un passé dont elle avait tout oublié mais à se concentrer sur ce qu'elle voulait désormais être.

Le tableau du petit garçon aidé si simplement l'émut plus que de raison. Elle le prit comme le signe d'une promesse à venir et un sourire attendri fleurit sur les lèvres de la jeune femme. Rassérénée par le cours de ses pensées, la jolie danseuse changea d'attitude, ses épaules se redressèrent et ses yeux s'embrasèrent d'une nouvelle flamme. Elle se tourna alors vers Ikaar et chercha son regard. Sans broncher, elle le soutint et répondit le plus innocemment du monde, avec cette franchise un peu déroutante qu'ont les enfants.

Je ne cherche plus, j'ai trouvé... une famille.

Après quelques secondes d'hésitation, Kachina reprit:

Merci

Faisant fi des convenances et avant que son beau conseiller ait put esquisser le moindre geste, elle lui sauta au cou dans un élan de reconnaissance tout enfantin pour lui planter un baiser sonore sur la joue droite. Elle regretta presqu'aussitôt son geste, soulagée d'avoir trouvé le chemin qui se dessinait sous ses pieds, elle n'avait pas réfléchi aux conséquences que pouvaient avoir son élan d'enthousiasme. La brunette remit le pied à terre en un mouvement léger, comme une danseuse qui retrouve le sol après un magnifique porté. Les joues en feu elle leva le menton pour regarder à nouveau l'homme qui la dépassait d'une bonne tête avec l'air embarrassé.

Oh! Désolée, je me suis laissée emporter par mon accès de joie.

Elle eut un sourire contrit mais dans ses grands yeux marrons, derrière sa gêne, brillait une légère pointe de joie frénétique et difficilement contenue. Si l'embarras qu'elle ressentait et les excuses qu'elle demandait étaient sincères, elle ne pouvait se départir de son soulagement, elle avait envie de sauter partout, non, de danser, de laisser exploser sa joie. Elle serait qui elle voulait être, pour elle... pour eux. A cet instant précis, rien ne pouvait entacher ces sentiments nouveaux. Elle avait hâte de s'ouvrir à cette nouvelle philosophie, de découvrir cette personnalité qui sommeillait en elle et d'en faire profiter sa famille d'accueil. Elle ne saurait sans doute pas dormir cette nuit. Elle avait envie de tout apprendre, de s'ouvrir aux personnes qui l'entouraient sans barrière et sans arrières-pensées.

Venez, les chevaux attendent qu'on s'occupe d'eux.

D'un signe de la main elle invita le jeune homme à la suivre son baiser déjà relégué dans une autre partie de son esprit. Là où se cachait tout se que désormais elle occulterait. Son passé, son histoire, ses secrets seraient réservés à cette petite pièce sombre qu'elle n'ouvrirait que si nécessité faisait loi. Elle s'éloigna de sa démarche si particulière, si légère qu'elle semblait à peine effleurer la végétation sur laquelle elle marchait jetant un regard en arrière pour voir si oui ou non il la suivrait.
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Re: Au gré du vent.

Message par Mortelune le Lun 17 Nov - 16:17

Ikaar, qui attendait paisiblement les réponses de la jeune femme haussa un sourcil surpris lorsque celle-ci évoqua le besoin de trouver une famille. Quelle étrange réplique ! Se pouvait-il qu'elle fut en quête de compagnie ? Le guerrier songea un moment que cela semblait quelque peu contradictoire par rapport à sa situation solitaire. C’était pour le moins saugrenu... mais après reflexion, il révisa son jugement, admettant que l'on pouvait parfois être poussé sur la route par le destin... Il se garda donc bien de faire part de son scepticisme. Il apprécia néanmoins la franchise et le courage dont elle venait de faire preuve pour ainsi s'épancher auprès de lui. 

Elle était assez surprenante en fin de compte. En proie aux doutes elle savait malgré tout se laisser aller à une forme de légèreté charmante. Comme un brise fraîche qui soufflerait sur le camp pour un insuffler un brin de gaieté. Bien qu'Ikaar était lui, pour sa part, beaucoup plus dans la retenue et la maîtrise de soi, il convenait volontiers que ce genre d'attitude ferait un bien fou aux autres membres de la Caravane. Les temps étaient durs, les assauts sur le convoi étaient de plus en plus fréquents, et ces derniers temps, le noyau dur de la compagnie peinait à retenir les nouveaux venus qui s'en allaient après quelques mois de cette vie particulière. Aussi un peu de joie et d'optimisme serait une aubaine pour la vie au camp.

Ikaar se doutait qu'un jour la danseuse aussi comprendrait que cette vie est rude. Elle aussi comprendrait que les risques sont réels et les dangers sont omniprésents. Il se demanda alors si les mots qu'elle avait prononcés plus tôt lui suffiraient à la convaincre de rester parmi eux. Il resta pensif, les pupilles de ses yeux légèrement bridées fixaient le visage de Kachina. Puis tout alla très vite et sans que le guerrier ne puisse esquisser un pas de côté, l'audacieuse s'agrippa à son cou et embrassa tendrement sa joue...

Lui ne bougea pas, presque figé, tel une statue, les deux bras le long du corps, le dos courbé vers l'arrière comme pour chercher à s'extirper, subissant l'étreinte qu'il n'avait pas vu venir... Un instant il voulu la repousser, lui qui était à des lieux de ce genre de démonstration exubérante d'affection, lui dont l'éducation stricte l'avait toujours obligé à maintenir une zone de retrait par rapport à ses protagonistes... Il n'aimait pas le contact, du moins... pas ce genre là. Il lui arrivait de serrer des mains, voire de supporter quelques accolades et quelques fois les initiatives de Djez.. mais là... c’était... trop loin, trop vite...

Ses yeux s’écarquillèrent sous l'effet de la surprise. Une fois la danseuse de retour au sol, il continua de l'observer silencieusement, ébahi, sans savoir quoi lui dire ni quelle réaction adopter...Une des premières questions qu'il se posa fut de savoir si des témoins avaient observé la scène. Il détestait ce genre de situation, être au centre de l'attention le dérangeait, préférant de loin rester en retrait et dans la réserve. Mais là, pour sûr que si on l'avait vu, il serait sujet au moqueries et autres quolibets. Quel déshonneur !!

Il tempéra son stress tant bien que mal et parvint malgré tout à contenir une colère naissante à l'encontre de la jeune recrue. Après tout elle ne connaissait pas encore vraiment le caractère particulier d'Ikaar et son tempérament plutôt rigide. Elle venait d'arriver, il fallait l'excuser. Elle ne pouvait pas se douter... Mais enfin tout de même ! Ne dit-on pas dans le doute abstiens-toi ? Et puis, les gens du Pays du Thé sont connus pour réprimander ce genre de comportement. La dignité et la tempérance avant tout ! 

En l'espace d'une fraction de seconde elle venait de le déstabiliser totalement. Lui le stratège imperturbable, le combattant noble et impassible, celui que rien n'atteint.. Un baiser, un stupide petit baiser sur la joue venait de lui faire le même effet qu'un coup de masse d'armes sur la tête. Il tenta d'en dissimuler au mieux les effets sur sa personne, mais c’était sans doute peine perdue.

Il regarda alors la danseuse s'éloigner de lui, aérienne et légère, l'invitant à le suivre. Il lui fallait décliner poliment l'invitation. Il devait se retrouver un moment seul pour faire le point avant de reprendre cette conversation à tête reposée.

-"Les chevaux ? Je ... non. Désolé, je dois faire un tour du camp et inspecter ses abords proches dans un premier temps. Nous nous retrouverons d'ici une petite heure pour le souper, en espérant que la chasse soit bonne d'ici là. Pour plus de sûreté, Djez' t'accompagnera jusqu'à l'enclos et t'aidera à soigner les chevaux et les buffles."

Après ces indications qui prirent, au ton employé, des airs d'ordres incontestables, le guerrier, dont le visage semblait avoir retrouver de sa sérénité, porta son pouce et son index à sa bouche et siffla un air si particulier qu'il ne pouvait s'agir que d'un code. L'instant suivant, l'élégante vampire aux cheveux courts et noirs comme la nuit sortit la tête de sa roulotte et l'orienta vers lui et Kachina.

Ikaar fit un signe discret à la femme au teint de craie, afin de lui faire prendre le relais après de la petite brunette. 

-"Emmène la à l'enclos" demanda-t-il sommairement.

Djezebel, de son côté, sans montrer d'enthousiasme particulier avança d'un pas décidé et tout en volupté dans sa direction. Arrivée à proximité, elle passa son bras sous le sien puis commença à marcher vers l'enclos en sa compagnie, comme deux bonnes amies, l’éloignant de ce fait d'Ikaar, qui de toute façon s’était déjà volatilisé. Celle-ci déclara alors d'une voix douce et érotique au possible.

-"Alors Miss Kach', qu'avez vous donc fait à notre pauvre guerrier pour qu'il se sente obligé de m’appeler en renfort ? Tu sais pépette, le petit bonhomme Ikaar, il est un peu... hmm comment dire, spécial ? Faut pas me le brusquer. C'est un buveur de thé tu vois, et pas des plus souples en plus... alors il est bourré de qualités hein, je ne dis pas, tu t'en rendras compte toi même, mais... en termes de relationnel, c'est un peu un handicapé... Faut pas le prendre pour toi. Il est comme ça, point. Y'a que moi qui arrive à le dérider un peu de temps en temps... mais je le côtoie depuis près de quinze ans alors bon...j'ai eu le temps d'apprendre à le connaitre." 

En route vers les bois touffus dans lesquels se trouvait l'enclos, Djez profita de la pénombre ambiante pour empoigner brusquement Kachina et la plaquer fermement contre le tronc d'un vieux chêne couvert de mousse. La vampire prononça alors quelques mots glaçants, susurrés de sa bouche dont les lèvres caressaient presque l'oreille de la danseuse. 

-"D'ailleurs, on ne se connait pas encore très bien non plus toutes les deux... mais sache que je garde un œil sur toi. Les autres sont parfois naïfs, crédules ou trop bons pour se méfier des nouveaux venus. Moi je m'en tape. Considère qu'Ikaar est le gentil soldat et que moi, je suis la méchante. Donc si tu déconnes, ou si je m’aperçois que ce n'est pas le hasard qui t'a fait croisé notre route, je m'occuperai personnellement des tes petites fesses rebondies... et ça ne sera pas plaisant pour toi, je te l'assure".

Le visage émacié de la vampire refléta fugacement la lueur d'une lune rousse à la grâce d'une aspérité dans le ciel nuageux. Ainsi éclairée, Djez' paraissait encore plus vindicative et impressionnante. Son petit effet passé, elle relâcha aussitôt sa prise en lui souriant, reprit son chemin comme si de rien n'était et ajouta le plus naturellement du monde.

-"Bon, ils sont où ces chevaux..."
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Re: Au gré du vent.

Message par Assiah le Mer 19 Nov - 16:47

Kachina se laissa entraîner par la belle jeune femme au teint de porcelaine sans rien faire d'autre que de jeter un regard en arrière. L'homme aux cheveux d'argent avait déjà disparu, visiblement il était pressé de mettre de la distance entre-eux. La voix mielleuse de la belle vampire la força à porter son attention sur elle. Ce qu'elle avait fait? Si au moins elle le savait. La danseuse était loin de s'imaginer que son emportement à montrer sa joie soulèverait une telle réaction chez lui. Elle avait senti sa crispation pendant qu'elle le serrait. Tout son corps tendu n'attendait que l'instant de la délivrance. Ensuite elle avait soutenu son regard réprobateur espérant qu'il pardonnerait cet écart aux civilités...apparemment tel n'était pas le cas.

"y'a que moi qui arrive à le dérider" la dernière phrase de l'envoûtante créature qui la tenait par le bras comme une amie de longue date revint danser douloureusement à son oreille. Oui elle avait remarquer qu'ils semblaient proches tous les deux. S'il ne supportait pas son contact celui de Djez' semblait lui convenir poursuivit amèrement le cours de ses pensées.

Brusquement, elle se sentit soulevée de terre comme l'envoûteuse la plaquait sans ménagement contre le tronc d'un chêne. La mousse qui avait fini par couvrir l'arbre séculaire amorti un peu le choc quand son dos heurta sévèrement le bois. L'oeil un peu hagard, agrandi par la surprise elle fixa sans comprendre la sournoise. Ses yeux se figèrent et son coeur accéléra la cadence tandis que la femme lui susurrait des menaces à l'oreille. Elle n'éleva pas la voix, elle n'en avait nul besoin, le ton glacial et sans aménité aucune était plus percutant que n'importe quel cri.

La danseuse ne pouvait faire qu'écouter enfin à priori. Il vint bien à l'esprit de Kachina qu'ils étaient dans une forêt, contre un arbre, et qu'il lui suffisait d'ouvrir son esprit aux végétaux qui les entouraient toutes deux pour avoir des alliés de poids. La douce jeune femme n'en fit pourtant rien se laissant malmener. Tant que la vampire n'esquissait aucun geste contre-elle, elle se sentait capable de supporter ses menaces. La peur avait fait place à une passivité feinte même si elle brûlait de donner une leçon à cette arrogante femme, elle tentait de comprendre ses motivations. Ces dernières étaient certes fort louable mais de là à essayer de l'intimider de la sorte...

Quand elle la relâcha enfin Kachina frotta son épaule meurtrie par la poigne de fer de la vampire tout en s'exhortant au calme. D'un mouvement fluide elle posa doucement sa main sur l'épaule de Djez', un geste léger, pareil à une caresse, juste destiné à ce qu'elle se retourne sur elle et écoute ce qu'elle avait à dire pour ... sa défense?

Désolée si j'ai heurté quelqu'un par mon geste tantôt toi ou Ikaar. Je ne pouvais pas savoir que... enfin passons je ferai attention à contrôler mes émotions dorénavant. Tu veux protéger ta famille, je veux en faire partie. Ne me vois pas comme une ennemie et avant de me juger apprends au moins à me connaître.

Sa voix mal assurée au départ tremblait un peu, mais tandis qu'elle continuait à parler, elle prit de l'assurance et releva son visage pour défier Djez' du regard. Elle ne voulait pas la guerre avec la magnifique jeune femme mais elle ne voulait pas non plus se laisser marcher sur les pieds. Jamais elle n'avait laissé personne le faire et ce n'est pas aujourd'hui qu'elle allait laissé cette opportunité à quelqu'un. Fusse une très jolie femme aussi dangereuse que belle.

Son petit discours terminé elle souffla intérieurement se préparant au pire. Elle espérait ne pas avoir vexé son interlocutrice. Elle ne s'était pas montrée impolie, juste ferme et franche. Kachina se jura qu'elle ne donnerait pas l'occasion à cette pimbêche hautaine de lui donner une raison de se défier d'elle. Certes elle n'envisageait pas vraiment qu'elles puissent un jour devenir des amies, il semblait que la vampire ne l'appréciait guère, mais qu'au moins elles aient une entente courtoise. La danseuse s'en contenterait.
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Re: Au gré du vent.

Message par Mortelune le Mer 19 Nov - 17:41

-"Heurté ?! - S'étonna la vampire en se retournant brusquement vers son interlocutrice, ses yeux ronds de surprise et le sourire aux lèvres en constatant que celle-ci lui tenait l'épaule - Tu penses l'avoir heurté, ou moi peut-être ? Non, non non non... tu n'y es pas. Tu n'as heurté personne. C'est un grand garçon. Il s'en remettra. Tu l'as surpris, il ne te connais que depuis peu de temps... ses principes ont été mis à mal par ton comportement expansif mais il ne t'en tiendra pas rigueur. Il est trop bon pour être vindicatif pour si peu. Moi, ton bisous de pucelle, je m'en fout un peu comme de mes premières règles. Non ce qui me dérange, ou m'inquiète, c'est ton... comment dire... ta propension à vouloir trop en faire, ce débordement de gaieté et de joie. Ça dégouline d'amour et d'un instant à l'autre quand je te regarde, je m'attends à voire voleter des papillons dans ton sillages et entendre un concerto de gazouillis d'oiseaux en ré mineur accompagner tes pas... Je me dis que, c'est surjoué, que ça sent l'arnaque. Que tu risques, un jour de me décevoir."

La brune ténébreuse continua à parler en reprenant sa marche. Elles finirent par atteindre l'enclos après quelques foulées supplémentaires.

-"Tu noteras, si tu as l'esprit vif, que pour être déçu de quelqu'un il faut au préalable l'avoir estimé un minimum. Prend ça comme tu veux. J'ai rien contre toi... Du moins pour le moment. J'ai juste préféré être transparente avec toi dès le départ, afin d'éviter les surprises et que tu saches à quoi t'attendre si tu as l'intention de foutre la merde ici, encore plus si ça devait directement concerner le patron, enfin Ikaar. Le cas échéant, je te tue. C'est sans appel. A l'inverse, si tu es réglo, tout se passera bien, on prendra le thé ensemble comme des midinettes et je te laisserai me masser le dos lors de mes lendemains de cuite."

Après sa longue tirade au durant laquelle son regard n'avait pas décroché de celui de la danseuse, elle finit par réaliser la nature de la tâche qui l'attendait

-"Non mais qu'est-ce que je fous là, sérieusement ? S'occuper des chevaux... y'a vraiment des gens qui aiment ça ???" fit-elle, un air de citadine dégoûtée en guise d'expression, alors qu'elle ramassait une brosse à crin du bout de ses doigts aux ongles manucurés et vernis de noir.

Voyant que Kachina semblait bien plus à l'aise dans cet environnement, elle s'empressa de se débarrasser de l’ustensile en le lui refilant. 

-"Tiens vas-y je te prie, je vais m’asseoir là  - fit-elle en désignant une souche d'arbre à proximité - et te regarder à l'oeuvre, brosse bien. Pendant ce temps, vu qu’apparemment et si j'ai bien compris ton discours, je dois apprendre à te connaitre, profites-en pour m'en dire plus sur toi. Tiens, par exemple d'où te viens ce don pour la danse ? Et puis ces quoi ces airs de jeune fille timide quand tu te balades dans le campement ? On dirait que t'as peur de respirer quand tu passes à côté d'un caravanier... C'est comme tout à l'heure après ta conversation avec Ikaar, j'ai cru que tes joues allaient exploser tellement elles étaient rouges ! T'en pinces pour le beau guerrier, hein ? Avoue ?" Le ton de la vampire se faisait ouvertement taquin et un brin provocateur.

Les Caravaniers ne posaient habituellement pas ce genre de questions, mais la Dame de Beaulieu était connue pour son comportement un brin anti-conformiste. Au pire pouvait-elle parfois irriter certains des nomades les plus conservateurs, au mieux et le plus souvent, les amusait-elle.

Après son interrogatoire que l'on aurait pu qualifier de politiquement incorrect, la singulière buveuse de sang fixa Kachina de ses yeux envoûtants et magnifiques et partit dans un éclat de rire cristallin. Si les vampires étaient dotés généralement d'un charisme particulièrement déroutant et d'un charme particulièrement attractif, on pouvait dire que Djez' en était la preuve par cent. Tout en elle transpirait grâce et sensualité, quand bien même fut-elle assise sur une souche au beau milieu d'un bois. 
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Re: Au gré du vent.

Message par Assiah le Mer 19 Nov - 23:27

Kachina eut un sourire espiègle aux dires de la Caïnite, il n'était pas impossible que de petits papillons puissent la suivre et que le chant des oiseaux accompagne chacun de ses pas. Ce serait drôle et en même temps elle avancerait continuellement en chantant et en dansant portée par la musique de ces petits amis ailés. A l'idée de la tête que pourrait faire la ténébreuse son sourire s'élargit encore. Qui sait peut-être lui ferait-elle cette blague un jour...

On a chacun notre manière de se préserver, toi tu joues la dure, moi je m'efforce de voir le bon côté de chaque chose. De profiter de cette vie qui m'est offerte.

Pour le reste, elle ne comprenait pas bien les liens qui unissaient alors les deux jeunes gens. Durant les quelques jours qu'elle avait passés parmi les itinérants, il lui avait semblé que ces deux là étaient en couple. La réaction de la belle dame dénotait un certain détachement pourtant. Soit que les spéculations de Kachina s'avéraient inexactes, soit la sublime vampire n'avait  peur d'aucune concurrence. Et pour cause, il suffisait de poser les yeux sur elle pour être sous le charme de cette beauté ténébreuse.

Ce fut au tour de la petite danseuse de montrer sa surprise: ainsi, en dépit de ce petit stratagème douteux, la vampire l'appréciait? Bien qu'elle eut beaucoup de mal à s'imaginer la sulfureuse femme prendre sagement le thé, il était agréable de savoir qu'elle n'était finalement pas une ennemie.

L'odeur des chevaux se fit plus forte comme elles arrivaient à portée de ces nobles animaux. Kachina s'approcha la main tendue, doucement du premier, une jument à la robe blanche tachetée de brun. En même temps qu'elle avançait pas à pas vers l'animal, la douce jeune femme émettait une série de sons et de claquements étranges. Elle communiquait avec la bête pas seulement par ces bruits déroutant mais aussi par le regard. C'était aussi des sensations, des images qui apparaissaient dans sa tête sans ordre logique, du moins en apparence. Kachina avait mis du temps à comprendre ce défilé rapide, à mettre de l'ordre dans tous ses stimuli qu'elle percevait. Bientôt, elle avait une main sur l'encolure de l'animal et le caressait affectueusement.

Elle s'appelle Bhadra, cela pourrait dire douce en notre langue...

La danseuse eut un petit rire devant la mine dégoûtée de Djez'. Elle prit de bonne grâce l'outil que la vampire lui tendait du bout des doigts. Et entreprit de lui montrer comment l'utiliser sur la jument. Tout en brossant l'animal, la jeune femme suivit les mouvements de l'autre qui continuait de lui parler. Les questions fusèrent les unes après les autres de plus en plus insidieuses jusqu'à l'ultime question carrément impertinente aux yeux de la petite dame.

Kachina sentit ses joues se colorer à nouveau au souvenir de sa bévue. La réponse fusa dans l'air sans qu'elle puisse la retenir. Son charmant minois reflétait une détresse horrifiée tandis que l'empressement avec lequel elle répondait la trahissait sans doute.

En pincer pour... Oh non! non! non! On ne s'est parlé qu'une fois.

Elle ne pouvait pas tomber amoureuse de lui comme la première bécasse venue. Elle le trouvait très attirant avec son air mystérieux et cet aura incroyable qui se dégageait de lui comment ne pas être attirée par un tel être? Dieu non, pas de ça elle s'en défendrait. La leçon avait été sévère et elle ne voulait pas ressentir encore ce sentiment d'abandon. L'amour c'était un sentiment qu'elle ne pouvait se permettre. Elle se détourna quelques secondes de la vampire le temps de ramasser la brosse qu'elle avait laissé tomber. Si Djez' avait pu voir son regard elle y aurait lu la peur d'une bête traquée.  

Ce geste lui permit de reprendre son calme, qu'elle était bête. On n'avait pas le béguin comme ça en quelques secondes. Il l'intriguait c'était tout et elle n'avait aucun souci à se faire après cette nuit il allait sans doute l'éviter soigneusement. L'Atlante revint alors vers la curieuse avec une certaine légèreté, prête à lui répondre.

Je ne sais pas d'où ça vient, je ne réfléchis pas, je danse je laisse mon corps exprimer la musique que j'entends. Peut-être que je ne perçois pas la musique comme les autres... puis sans doute qu'être naturellement très souple m'aide.

Pour illustrer ses propos, la belle amena sans effort son pied gauche derrière son cou imprimant à sa jambe et son genou un angle improbable. Son visage n'exprimait aucune douleur, aucune gêne, elle ne semblait pas chercher son équilibre. Kachina ramena sa jambe au sol avec la même facilité, en un mouvement fluide.

Je ne suis pas douée pour me faire des amis et je ne sais pas comment faire alors je voudrais me lancer puis je n'ose pas.
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Re: Au gré du vent.

Message par Mortelune le Jeu 20 Nov - 16:00

-"Jouer la dure ? - demanda Djez' qui démarra au quart de tour - Mais je ne joue à rien du tout mon petit Papillon. Il n'y a bien qu'une nouvelle venue pour croire qu'il s'agit d'un rôle. Je suis telle que je suis. Djezebel de Beaulieu, pour vous servir - déclama-t-elle en exécutant une parfaite révérence - Et cela depuis plus de trois cent années... autant te dire que ce n'est pas près de changer..."

La vampire observa ensuite Kachina et le soin qu'elle mettait à s'occuper des animaux de l'enclos. Elle démontrait une habilité particulière pour cela et semblait en outre développer des interactions assez intéressantes avec les bêtes. Celles-ci manifestaient un enthousiasme flagrant en sa présence comme si l'aura de l'atlante les apaisait. 


La grande brune filiforme se plaisait à la regarder ainsi s'affairer auprès des chevaux, sa tête posée négligemment au creux de la paume de sa main droite et jouant de la gauche avec les courtes mèches de ses cheveux noirs. Puis au détour de la conversation elle tomba des nues devant le spectacle offert par la danseuse qui dévoila ses talents de contorsionniste. Bien évidement, face à ces mouvements élégants et l'amplitude donnée à ses membres qui s’enlaçaient et s'entrecroisaient, Djez' ne pu réprimer quelques pensées perverses qu'elle garda néanmoins pour elle. Si elle même avait été dotée d'un tel talent, nul doute qu'elle l'aurait mis à contribution autrement qu'en dansant...mais là n'était pas le sujet.


La suite de son discours l'amusa un peu moins pour finir presque par la rendre triste. Elle aurait volontiers pu tenter de réconforter la jeune fille à la condition qu'elles eut été plus complices et se garda bien d’exécuter le moindre geste compatissant. En vérité, l'incapacité de Kachina à savoir sur quel pied danser (ce qui était fort cocasse pour une artiste telle qu'elle), quand il s'agit de se faire des amis était assez touchante. La vampire n'avait jamais vu les choses sous cet angle, elle qui naturellement attirait et était à l'aise en société. C’était d'ailleurs son milieu de prédilection et elle avait toujours souffert lors des rares moments où elle avait dû se retrouver seule.

-"Je n'ai pas de conseils à te donner, Papillon... Mais je pense que ton malaise vient justement du fait que tu penses devoir faire quelque chose de particulier afin d'être en mesure de t'intégrer et de tisser des liens. Alors qu'au contraire, je t'encouragerai plutôt à ne rien faire, du moins, à rester naturelle le plus possible. Intéresse toi aux autres, poses leur des questions, j'en sais rien moi... tiens regarde, depuis tout à l'heure on ne parle que de toi... peut-être y gagnerais-tu en montrant à ton interlocuteur que tu souhaites en apprendre plus sur lui ? Je dis ça mais bon...A vrai dire, je suis pas forcement la mieux placée pour parler des rapports humains."

Puis le sujet changea à nouveau pour revenir sur celui qui avait mis à mal l'assurance de la jeune femme jusqu'à ce qu'elle s'estompe complètement et que cette dernière finisse par en perdre ses propres moyens. Visiblement le sujet d'Ikaar la mettait mal à l'aise ce qui avait le don d'amuser Djez' qui souriait à pleines dents en constatant l'embarras presque touchant de Kachina. Considérant cela, elle ne pu s’empêcher d'en remettre une couche.

-"Je ne vois pas bien le rapport entre le fait de n'avoir parler qu'une fois avec une personne et ne pas en pincer pour elle... N'as-tu jamais eu de relation avec un parfait inconnu ???"

Elle se leva soudainement de sa souche et entama un petit manège dans le dos de la danseuse, faisant glisser ses doigts sur ses épaules, les massa légèrement, puis remonta le long de son cou jusqu'à ses joues roses qu'elle prit un malin plaisir à caresser.

-"Le petit frisson du mystère, l'excitation et l'angoisse qui font frétiller ton ventre, l'appréhension lorsque tu sens ta raison t'abandonner, l'ivresse qui t'envahit lorsque retentit le son de sa voix, tes sens qui vacillent quand son parfum te parvient..."

A mesure qu'elle susurrait ces mots suaves à l'oreille de Kachina, Djez' poursuivait son petit jeu vicieux de caresses, passant ses mains au creux de son ventre et rapprochant son visage du cou de sa proie...

-"Sentir la chaleur embraser ton corps tout entier, retenir ton souffle pour ne pas le perdre lorsqu'enfin ses bras t'empoignent brusquement et te plaque sur la couche..."

Elle joignit le geste à la parole en passant ses bras autour de sa taille, et fit glisser ses lèvres sur sa nuque avant de remonter plus haut sur son cou offert. Elle passa succinctement le bout de sa langue humide sur la peau nue qui recouvrait sa jugulaire, souriante et comme en proie à une soif insatiable.

-"Et enfin te perdre dans les méandres du plaisir qui t'emporte vers..."

Brusquement, alors que rien ne le laissait présager, le petit jeu prit fin. La vampire stoppa net son récit et son sérieux retrouva pour se mettre sur ses gardes. Ses sens aiguisés avaient perçus quelque chose. Un son transporté par l'air, un bruissement de feuilles, le murmure d'un craquement de bois... cela ne pouvait-être un animal.


Solennellement et sur un ton à des lieues de celui employé plus tôt elle indiqua simplement

-"Quelqu'un approche".
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Re: Au gré du vent.

Message par Assiah le Ven 21 Nov - 21:39

Papillon... le surnom que la vampire lui avait attribué la rendait perplexe, pourquoi papillon? Pour la légèreté de ce bel insecte, pour sa beauté éphémère ou pour sa fragilité? Quoiqu'il en soi elle trouvait le surnom approprié à ce que la belle Cainite savait d'elle. Bien que la jeune femme aurait préféré un animal plus noble... la licorne par exemple. La vampire, quant à elle, faisait penser à une panthère. Aussi belle que sauvage. Aussi imprévisible que dangereuse.

Au grand dam de la petite danseuse, Djez' semblait prendre un malin plaisir à la tourmenter au sujet d'Ikaar. Elle ne pouvait lui expliquer qu'elle n'avait jamais eu de relation tout court, que ce soit avec un parfait inconnu ou avec une personne très proche. Quelque chose lui disait que la belle ténébreuse ne pourrait comprendre. De plus, Kachina ne voulait pas avoir à s'expliquer du pourquoi du comment. Ce choix lui appartenait après tout et elle n'avait pas à le justifier.

Je t'accorde que "le patron" comme tu l'appelles est un homme plein de charmes mais jusque là je n'ai pu avoir le privilège de juger ses autres qualités... et non des moindres d'ailleurs. Il a l'air fort sévère et c'est plutôt ça qui m'a fait perdre mes moyens face à lui... surtout après ce que j'avais fait. Non mais quelle gourde!

Encore une fois la jeune femme n'avait pu tenir en laisse ses émotions et elle arrêta là sa diatribe de peur de se laisser emporter et d'en dire plus qu'elle n'aurait voulu. Si elle avait pu prédire ce que la femme à la peau laiteuse s'apprêtait à faire, elle aurait continuer à parler, à parler et à parler encore juste pour l'éviter. Malheureusement pour Kachina, elle ne possédait pas le don de voir l'avenir.

la somptueuse créature s'approcha de sa nouvelle proie, elle tourna autour l'effleurant en une caresse voluptueuse. Sa voix s'était faite voluptueuse tandis qu'elle lui susurrait à l'oreille des phrases qui choquaient la sensibilité de la petite danseuse. Elle se raidit sous les doigts agiles de la Caïnite. Un frisson glacé la parcourut tandis qu'une moue dubitative ourlait ses lèvres. Que faisait donc Djez'?

Elle aurait voulu pouvoir crier, se défaire de cette caresse abjecte et gifler la vampire de toutes ses forces mais elle ne put s'y résoudre. La naïve petite fille qu'elle était encore recula de quelques pas pour se soustraire à ce contact. Bercée par les récits de preux chevaliers à la cuirasse étincelante et d'ardents amants, elle n'imaginait pas qu'on puisse se complaire à papillonner d'un être à l'autre. Pour elle, il n'existait qu'un homme capable de la faire vibrer et certainement pas une femme.

Kachina s'apprêtait à mettre fin à cette mascarade d'une phrase claire mais son bourreau arrêta là le supplice. Passant d'une émotion à l'autre, la vampire s'arrêta net. Son attention focalisée ailleurs désormais. Tous les sens aux aguets, sa voix devenue calme et solennelle, Djez' informa la jeune femme qu'elles ne seraient bientôt plus seules.

Trop bouleversée par ce qui venait de se produire, la petite danseuse n'esquissa pas le moindre geste. Dans ses yeux se lisaient l'incompréhension la plus totale. Elle loua la providence d'être venue lui donner un coup de pouce. Grâce à ce petit intermède, elle n'aurait pas à vexer la Caïnite. Ses traits se détendirent quelque peu et elle se retint de ne pas pousser un long soupir de soulagement de justesse. Ses bras, qu'elle avait gardé jusque là tout raides le long de son corps retrouvèrent un peu de leur souplesse. La jolie brunette tendit l'oreille et perçut elle aussi un bruit furtif dans les fourrés... un bruit de pas qui se rapprochaient d'elles.

Les chevaux étaient plus nerveux, elle le sentait maintenant que ses sens avaient repris leur acuité. Ils avaient sans doute senti l'arrivant bien avant qu'elles deux ne l'aient entendu.
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Re: Au gré du vent.

Message par Mortelune le Lun 24 Nov - 12:03

Le visage de Djez' était tendu, sa mâchoire crispée laissait paraître la contraction de ses muscles temporaux. Son corps, pour sa part, malgré les apparences, affichait une certaine nonchalance, comme si, quoi qu'il puisse surgir de ces fourrés, elle en ferait son affaire. 

Elle doutait qu'il ne s'agisse d'un Caravanier. Si cela avait été le cas, il aurait déjà signalé sa présence d'une façon ou d'une autre, un sifflement, une annonce, or là, rien de tout cela. Machinalement, la vampire se positionna devant la petite danseuse, entre elle et la partie plus dense des bois dont provenait le bruit de pas. L'instinct protecteur vis à vis des autres nomades dont souvent on affublait Djez' n’était pas feint. Malgré son tempérament et ses manières peu conventionnelles, elle mettait un véritable point d'honneur à assurer son rôle au sein de la communauté. 

Bientôt les deux jeunes femmes que tout opposait furent fixées au sujet de la nature de leur visiteur discret.

Un soupir de soulagement s'extirpa très vite de la bouche de Djezebel lorsque celle-ci reconnue la silhouette brinquebalante de La Marionnette. Après le soulagement vint la colère, les sourcils de la vampire se froncèrent de rage et elle ne put retenir une tirade quelque peu tranchante à l'endroit de la nouvelle venue.

-"Saloperie de pantin ! Merde, tu nous as fichu la frousse, tas d'bois ! La prochaine fois signale toi bordel !" maugréa Djez face à La Marionette.

Celle-ci resta stoïque, immobile et silencieuse, fixant la Caïnite de ses orbites vides sculptées sur son étrange et inexpressif visage. De tous les membres de La Caravane de Nulle Part, La Marionnette était souvent considérée à raison, comme le plus étrange, tout n'était que mystère autour d'elle. Jamais n'avait elle prononcé le moindre mot. Dans ce cadre, tout le monde y allait de son petit ragot et de son hypothèse quant à son histoire, ses origines... Au demeurant, tout le monde s’était plus ou moins mis d'accord pour dire qu'elle était pas humaine et que son existence était probablement liée à une malédiction, ou un sortilège puissant. 

Toujours est il que le pantin, à la silhouette fine et chétive s'approcha finalement de Kachina, pour s’arrêter à nouveau à moins d'un mètre d'elle. Il l'observa un moment, penchant sa tête de bois sur le côté comme pour mieux apprécier chaque détail de la jeune Atlante. Après une minute contemplative qui sembla durer une éternité, La Marionnette sembla satisfaite et s'inclina face à la danseuse avec l'élégance d'un noble de la haute société, terminant son salut par une révérence parfaitement exécutée.

-"Ou est Yazzren ? Vous n’êtes pas sensés patrouiller ensemble avant le repas ?" demanda soudainement Djez' au pantin qui stoppa net ses manœuvres courtoises auprès de Kachina.

Celui-ci se tourna vers la vampire et haussa les épaules avec exagération pour signifier son incapacité à répondre à cette question. Puis l’énigmatique squelette de bois animé se tourna à nouveau vers Kachina pour reprendre le fil de sa démonstration. Visiblement, La Marionnette avait bien saisit l'amour que l'Altante portait à la danse, sa passion profonde, car elle entreprit soudainement de reproduire à l'identique les premiers pas qu'avait effectués la jeune femme lors de la chorégraphie qu'elle avait proposée la nuit passée aux campeurs.

Certes la reproduction souffrait du manque de charisme de son faussaire, mais malgré tout, elle affichait une maîtrise technique assez ahurissante. Pointes, saut chassés, écarts, tout s’enchaînait à la perfection si ce n'était l'absence de toute expression sur le masque de bois de l'apprenti danseur.

Face à cet improbable spectacle, Djez' soupira et ne put s’empêcher de commenter pour Kachina

-"C'est son truc à lui... La reproduction. Ça l'amuse. Un jour il a même chassé avec Lune et a failli revenir avec plus de gibier que l'Elfe. Je peux te dire qu'on en aurait entendu parler pendant des semaines vu son caractère de chouineuse... Bon, faut reconnaître qu'il se débrouille pas mal le pantin, mais ca manque de... hmmm... d'instinct, de classe, de créativité... d'humanité."

Face à cette sévère critique La Marionnette s'interrompit. Les épaules basses, visiblement affectée par cet amer constat, elle quitta sur le champs la petite clairière dans laquelle avait été installé l'enclos et s'enfonça à nouveau dans les bois, en direction du campement. Au même moment, surgissant à son tour de nulle part, apparut Yazzren, la guerrière drow, l'air visiblement excédée... Son visage fermé d'Elfe Noire arborait une mine sinistre, comme à son habitude finalement. Elle s'approcha d'un pas lourd et décidé, en déhanchant sa silhouette parfaitement ajustée dans une combinaison de cuir sombre clouté dont la noirceur tranchait avec une longue cape rouge écarlate lui couvrant une partie des épaules. Elle tenait dans sa main droite son arme de prédilection, un long sabre effilé dont la lame suintait de sang verdâtre. Dans son autre main, les têtes fraîchement tranchées de deux gobelins qui avaient eu le malheur de croiser le chemin de sa patrouille.

Au premier abords, elle semblait peu commode. Et c'était peu dire qu'elle l'était. La Drow avait pourtant tant d'atouts à mettre en exergue. Un joli minois, un physique proche de la perfection, de longs et fins cheveux soyeux d'une blancheur immaculés. Mais la dureté des Elfes Noirs et leur manque de sociabilité de l'avait pas épargné, même si, depuis son arrivée dans la Caravane, elle essayait de mettre un peu d'eau dans son vin.

Elle salua Djezebel d'un furtif geste du menton et adressa un bref regard à Kachina accompagné d'un sourire crispé qui décrivait à lui seul la détresse de la Drow lorsqu'il s'agissait de se montrer un tant soit peu polie.

-"Le Pantin m'a encore faussé compagnie. Je vais finir par le foutre au feu. Non seulement c'est stupide, mais ça met en péril la sécurité du périmètre. Je suppose qu'il est venu ici, j'ai suivi ses traces jusqu'à l'enclos"
-"Ouai... il est passé par là, rassure-toi. Il nous a fait un petit numéro dont il a le secret et s'est tiré en direction du camp. Pas de quoi écrire à la famille hein..." commenta Dejz d'un air détaché.
-"Je ne vois pas ce que ça a de rassurant. Je ne peux pas avoir confiance dans mon binôme de patrouille et je devrais m'en contenter ? Je pense que tu oublies que je ne suis pas une fervente admiratrice de la désinvolture qui caractérise les tiens, Djez'. Un jour c'est précisément ce genre de comportement qui nous portera préjudice. Je ferai un rapport à Ikaar, et j'espère qu'il sanctionnera sévèrement La Marionnette, pour l'exemple."

La Vampire ne répondit rien à cette diatribe acide dont elle faisait l'objet mais toisa la Drow d'un regard noir qui en disait long.

Yazzren sembla satisfaite d'avoir ainsi cloué le bec de son interlocutrice et se tourna alors vers celle qui la fixait depuis un moment, Kachina. Machinalement et sans réfléchir et lui demanda sur un ton sec et peu amical

-"Oui ? Tu as peut-être un commentaire à faire ?"
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Re: Au gré du vent.

Message par Assiah le Lun 24 Nov - 21:57

Finalement, le visiteur fantôme se révéla, sortant du sous bois il approcha silencieusement des deux jeunes femmes. L'aura qu'il dégageait s'ourlait d'un voile brumeux de mystère encore accentué par le silence éternel de l'être le plus bizarre de la caravane. Silhouette dégingandée à la démarche dansante, l'étrange personnage de bois fascinait Kachina. Elle n'avait prêté qu'une oreille distraite aux différentes théories qui circulaient au sein des itinérants sur "La Marionnette". Maintenant qu'elle l'avait en face d'elle, elle s'étonnait qu'un tel être puisse se trouver en vie.

La brunette profita du moment pour étudier le pantin avec la même curiosité qu'il affichait pour elle. Se demandant s'il avait un nom plutôt que ce sobriquet quelque peu ironique qu'était "La Marionnette". Il y avait dans ce surnom un dédain qu'elle n'appréciait pas.

Kachina apprécia en connaisseuse éclairée la petite courbette pleine de grâce du pantin. Cela lui rappelait des jours pas si lointains et qui pourtant semblaient remontés à des siècles. Ces jours où tout le monde courbait l'échine devant la princesse froide et hautaine qu'elle était. Mais, l'elfe sûre d'elle et méprisante n'était plus. Aujourd'hui, Cynfelyn n'était plus que Kachina, la petite danseuse de la caravane. Sa personnalité toute entière avait changé après les événements qui avaient chamboulés sa petite vie paisible de princesse.

Le petite danseuse répondit d'une révérence aussi fluide et gracieuse que son homologue. Avec un sourire charmant, elle souleva une longue robe imaginaire plia une jambe avec légèreté et baissa délicatement le dos en une courbe élégante. Ses cheveux sombres suivirent ses mouvements encadrant son visage d'un halo auburn. Leur présentation respective fut écourtée par l'ombrageuse vampire visiblement en colère contre le pantin. Kachina se garda bien d'interférer en faveur de l'un ou de l'autre, elle n'était pas encore assez au fait des us et coutumes de la caravane pour se permettre une remarque sur les attributions de chacun des membres.

C'est alors que "La Marionnette" commença sa représentation. La brunette ne cacha pas sa surprise face à cette reproduction sans failles de son talent. Il était magnifique il palliait la grâce angélique de la jeune femme par une technique nette, sans bavure. Devant tant de talent d'un être dont elle n'aurait soupçonné une si grande facilité de mouvements, l'Atlante battit des mains, excitée comme une enfant.

Les petits commentaires de Djez' révoltèrent la jeune fille. Il ne pouvait certes pas faire transparaître d'émotion sur son visage de bois mais par ce spectacle improvisé, elle voulut croire qu'il lui rendait hommage et lui souhaitait la bienvenue. Avec sa ferveur habituelle, la petite princesse d'autrefois défendit la hauteur de la prestation d'un ton où perçait toute son indignation.

Djez'! Je l'ai trouvé parfait. Il a donné à ma danse sa touche personnelle et c'était véritablement incroyable.

La brunette voulut féliciter le pantin pour sa prestation, le remercier pour ce témoignage de son talent et lui dire que c'était de loin le plus bel accueil qu'elle ait reçu au sein de la caravane. Chagrinée devant l'air abattu de "La Marionnette", elle n'eut pas le temps de le rattraper que déjà il avait quitter les lieux sans demander son reste. Kachina fit quelques pas pour le suivre mais une autre personne apparut alors dans la clairière, près des chevaux.

L'elfe noire fulminait. L'épée à la main encore dégoulinante du sang de ses ennemis, Yazzren s'approchait à pas rageur. Les paroles qu'elle prononça étaient cinglantes comme le claquement d'un fouet. Elle leur parlait sans aménité d'un ton de provocation constante. L'Atlante devait avoir le même regard que sa comparse Caïnite. Ces deux femmes rivalisaient en beauté et, réflexion faite, Kachina trouvait que toutes les femmes de la caravane étaient des beautés en puissance.

Etait-ce le fait qu'on avait fait allusion au ténébreux? Sans qu'elle puisse l'empêcher son esprit s'envola directement vers le peu volubile Ikaar. Il n'avait que l'embarras du choix finalement et elle ne faisait sans doute pas le poids... pas sous cette forme en tout cas. Comme ses pensées prenaient un cours tout à fait inopportun, la voix cinglante de Yazzren la ramena dans la clairière des chevaux. Gênée la jeune femme se rendit compte qu'elle n'avait cessé de fixer l'elfe noire. Malgré tout, la gifle verbale qu'elle reçut la fit réagir au quart de tour.

As-tu vraiment confiance en quelqu'un? Je ne m'étonne pas que "La Marionnette" préfère te fausser compagnie si tu es aussi agréable à vivre avec lui. Tu parles de binôme mais tu n'as pas l'air d'une femme qui accepte de travailler avec un équipier

Tout en parlant la petite danseuse gardait une voix calme et pondérée. Ses mains restaient le long de son corps, immobiles mais prêtes à dégainer cette arme sortie du néant qui ne la quittait jamais. Dans ses yeux on pouvait lire une farouche détermination à ne pas se laisser impressionner par les grands airs de la diva des lames.

En prononçant le surnom du pantin de bois, il lui vint à l'esprit qu'elle aurait aimé lui trouver un nom, un vrai nom qui "l'humanise" un peu auprès des gens qui le croiseraient. Pourquoi personne n'avait essayé de lui en donner un? On l'avait bien rebaptisée elle alors pourquoi pas cet étrange personnage. Elle se rappela le pantin, sa danse parfaite, ses épaules qui s'affaissaient face à la critique de Djez'. Il méritait un nom à lui.
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Re: Au gré du vent.

Message par Mortelune le Mar 25 Nov - 14:14

Interloquée, Yazzren ne put qu'ouvrir grands les yeux en réplique à la réponse tout en contenance de Kachina. Une chose est sûre, l'elfe noire ne s'attendait pas à une telle répartie de la part de ce petit bout de femme qui, dans ses souvenirs, passait plus de temps à regarder ses pieds par timidité qu'à se mettre en avant. Il faut croire que le temps avait fait son effet. Peut-être qu'après tout, la petite danseuse n’était pas si timide et introvertie que cela. Peut-être qu'au fil des jours et des saisons, son tempérament se révélerait aux yeux de tous.

Une fois l'effet de surprise passé, la Drow ne manqua pas de répliquer, mais de façon plus mesurée que l'on aurait pu s'y attendre de sa part.

-"Kachina, ma douce, je prendrai en considération tes conseils et tes analyses psychologiques à l'emporte pièce lorsque tu auras toi même accusé une expérience militaire similaire à la mienne. Tu apprendras peut-être un jour que, dans ce domaine, la confiance ne se donne pas aveuglément. Elle se mérite. Comment partir en guerre sereine si à tout moment, la personne sensée couvrir ton dos se défausse ? Que je me montre plus agréable envers La Marionnette ? Il faut vraiment avoir passé sa vie dans une tour d'ivoire et ne rien entendre à la vie d'une armée pour avancer de telles sottises. Mais je ne t'en veux pas. L'ignorance fait parfois dire des âneries. Le tout étant de le reconnaître après coup".

Le visage marqué de l'elfe toisa d'un air supérieur la douce figure de Kachina. La Drow avait été blessée dans son amour propre, elle qui, habituellement ne souffrait d'aucune remise en question pour tout ce qui pouvait concerner l'art de la guerre. Elle avait gérée une couvée Drow d'importance, elle était même sensée en devenir la Matriarche si sa propre sœur ne l'avait pas trahie... Qu'on ne vienne pas lui parler de confiance et de la meilleure conduite à adopter pour obtenir l'adhésion de ses troupes... 

Sur ces entrefaites, la guerrière tourna les talons sans demander son reste ni attendre de réplique. Vexée, probablement en raison des vérités contenues dans le discours de l'Atlante, elle préféra s'isoler à son tour.

De son côté, Djez', qui n'avait pas perdu une miette du spectacle offert à son attention, souriait béatement, épatée par l'insolence que venait de manifester son petit Papillon envers la très castratrice et imposante Yazzren.

-"Hé bien, si je m'attendais à ça venant de toi, Papillon ! Ou, devrais-je plutôt t'appeler Guêpe au final, tant tu te plais à piquer au vif tes interlocuteurs ? Quoi qu'il en soit, ne t'en fais pas pour la suite. La Noireaude se calmera vite. Elle est comme ça, c'est une Drow. Elle monte rapidement dans les tours et redescend aussi sec. Le tout est de le savoir... Mais visiblement toi, tu as beaucoup à apprendre sur la sociologie des races présentes dans la Caravane. On dirait que tu n'as pas eu beaucoup l'occasion de voyager étant jeune, je me trompe ? Je pense que je ne vais rien t'apprendre mais, même ici, au sein de notre communauté, les spécificité ethniques ont de l'importance. Bien que chacun s'efforce de comprendre l'autre et d’accepter ses différences, la connaissance d'autrui implique le respect. Remettre en cause une élite Drow, comme tu viens de le faire, même sur des fondements faisant sens, t'aurais probablement coûté la vie dans un autre contexte, hors de la Caravane de Nulle Part."

La vampire chercha le regard de Kachina au travers d'un rideau d'obscurité qui commençait à se faire de plus en plus opaque.

-"Finalement cela rejoint un peu ce que je te racontais tout à l'heure. Sors de ton cocon. Intéresse toi aux autres et heu.. ah oui... fait toi briefer en amont... c'est préférable vu ton passif. Tu éviteras bien des impairs diplomatiques. Ikaar pourra te rencarder sur le sujet... ou même le vieux Krabulg, il me semble qu'il t'ai à la bonne. Mais son discours sera probablement un peu moins consensuel que celui du Patron."

Passé ce petit point emprunt de conseils amicaux et de bon sens, la belle Djez' se leva d'un trait et, après avoir baillé à s'en décrocher la mâchoire, invita Kachina à la suivre

-"Allez viens, - lui dit-elle - le repas va être servi sous peu".

Les deux femmes arrivèrent quelques minutes plus tard aux abords de la clairière au cœur de laquelle le camp s'était établi. Kachina se rendit vite compte de l'immense travail qui avait été accompli en l'espace du temps consacré à ses diverses interactions avec les quelques Caravaniers qu'elle avait croisés et à son passage à l'enclos pour le soin des bêtes.

La beauté apportée au lieu semblait comme surgie d'un rêve. Des guirlandes de tissus et des lampions rougeâtres avaient été installés un peu partout, sur les roulottes, aux branches des arbres, au toit de la tonnelle et à divers autres endroits, donnant à la scène un air surréel. Oz', la Graine de Sylvareth avait fait surgir des bois un groupe de lucioles roses dont elle avait répartis les spécimens aux quatre coins du campement, renforçant encore plus l'impression conviviale qui se dégageait du tableau. 

La plupart des compagnons était rassemblés autour d'une très large et très usée table de bois. Sur ce meuble massif, étaient déposés les premiers plats chauds préparés par Nakoth qui s'activait autour de marmites géantes en ébullition. A côté de celles-ci, avaient été disposées de grosses pierres de laves sur lesquelles grillaient de belles pièces de viandes fraîchement découpés par Krabulg et Luna revenus un peu plus tôt de la chasse. Les deux chasseurs étaient côte à côte, attablés, se cherchant mutuellement, mais trinquant à chaque fois que l'occasion se présentait. Shana, l'Yteo, gracieuse et féline déambulait entre les caravaniers de sa démarche aérienne et fluide pour resservir en vin les convives dont les conversations commençaient à se faire bruyantes. Tout en considération, elle ne manquait pas d'adresser à chacun un petit mot agréable ou un clin d’œil complice. En bout de table, Lø les yeux mi-clos derrière ses petites lunettes, observait d'un air amusé Le Soyeux qui tentait d'impressionner Liam par quelques sorts pyrotechniques alors qu'il lui contait l'une de ses rencontres face à un dragon. Par mégarde et à la surprise de tous, le mage venait de mettre le feu à la main droite de La Marionnette qui assistait à la scène depuis les hauteurs de la tonnelle sur laquelle elle était allongée.

Le début d'incendie fut vite maîtrisé par Myal dont la petite taille lui permettait prendre son repas installée directement sur la table. Elle empoigna prestement une cruche d'eau à peine plus petite qu'elle et en projeta le contenu sur le pantin enflammé. S'en suivit une franche crise de fous rires qui se propagea à la tablée toute entière. Même Yazzren, un peu en retrait, qui jouait aux dames à avec Roi Izmir, esquissa un sourire amusé face au comique de la situation. Elle retrouva vite son sérieux néanmoins, puisque toute sa concentration était requise pour rivaliser de malice face à l'illustre homme lion qui ne manquait pas d'ingéniosité en la matière. Il n'était pas rare que leurs parties s’éternisent, parfois jusqu'à l'aube tant les deux stratèges avaient du mal à se départager.

Tour à tour les derniers nomades affairés rejoignaient la table. Osmeth, qui avait finalisé l'éclairage à l'aide de ses lucioles empoigna une mandoline sur son passage avant de s'installer et entonna un air elfique aux consonances mélancoliques. Shana laissa quant-à-elle les convives se charger de leur propre service et pris place aux côtés d'Izmir, dont on soupçonnait que les charmes ne la laissait pas indifférente. Enfin Nakoth saupoudra une dernière fois sa marmite d'un mélange d'épice de sa confection, faisant se répandre alors au dessus de la compagnie, une agréable odeur de cumin et de carottes. Il s'installa confortablement sur une chaise matelassée, quoi qu'un peu défoncée par endroits, et prit part à la joute verbale qui se tenait entre Lune et Krabulg, déjà passablement éméchés tous les deux. L'une était trahie par ses cheveux blond en bataille et ses pommettes rouges écrevisses et l'autre par le son de sa voix qui se faisait de plus en plus caverneux...

Et au milieu de l'assemblée, le regard jonglant d'un centre d’intérêt à un autre, il se trouvait là, Ikaar. Le buste droit, les yeux pétillants, adressant un sourire à l'un et glissant un mot dans l'oreille de l'autre, alternant entre sujets légers et concertations d'importance avec une aisance manifeste. Leader malgré lui, il avait toujours eut le respect de ses pairs sans réellement avoir eu besoin d’asseoir son autorité d'une quelconque façon. Il s'y était d'ailleurs toujours refusé, prétextant que sa voix ne portait pas plus loin que celle des autres. L'humilité était une vertu cardinale au Pays du Thé, et lui en était l'incarnation. Son visage illuminé, tranchait avec l'austérité de sa tenue, sombre et plus fonctionnelle qu'esthétique. Pourtant, au milieu de ce tableau coloré et vivant, il n'était pas peu dire qu'il attirait l’œil. Sa prestance, le son de sa voix, le choix de ses mots, l'expression de son visage, tout le distinguait.

Il accueillit la venue de Djez' avec une joie non dissimulée. Celle-ci s'empressa de prendre place à ses côtés et chuchota longuement à son oreille non sans lui avoir passé les bras autour du cou au préalable. Alors que la vampire s'adressait discrètement à lui, le regard d'Ikaar regard chercha celui de Kachina et le fixa un moment. Un sourire se dessina sur ses lèvres puis un rire s'en extirpa.

L'instant d'après il fit signe à la danseuse de prendre place face à lui. Une chaise avait été laissée libre, volontairement ou pas, entre Shana et Lune. 

Alors qu'elle s'installait, Ikaar lui indiqua alors

-"Ravi que tu sois toujours parmi nous... et... désolé pour tout à l'heure. Je.. ne sais pas ce ...J'ai du mal à... Bref passons. Djez' ma rapporté ton talent pour ce qui est du soin des animaux ! Je pense que nous venons tout juste de te trouver tes fonctions officielles au sein de la Caravane !!! Nous allons donc trinquer à cela"

Il leva donc son verre bien haut et entonna l'adage de leur communauté, reprit ensuite en chœur par l'ensemble des Caravaniers.

-"Et ils prirent ensemble, un chemin imaginaire vers une cité qui n'existait pas".

Puis solennellement Ikaar se leva. A ce moment le bruit ambiant s'estompa. Chaque convive observa le silence. Plus aucun son autre que ceux provenant de la foret et de la faune locale ne se faisait entendre. Le guerrier aux cheveux blancs s'adressa alors directement à Kachina.

-"Voila maintenant deux semaines jour pour jour que Kachina nous a été proposée par le Destin. Je remercie chacun d'entre vous pour l'accueil qui lui a été offert et je la remercie également pour les efforts d'intégration qu'elle a pu mettre en oeuvre. Comme vous le savez, la tradition séculaire de notre entité veut qu'un point soit fait avec un nouvel arrivant à l'issue de ce délais. Ainsi, chacun ici sera amené à s'exprimer en faveur, ou en défaveur de son acceptation définitive au sein de la Caravane de Nulle Part. Kachina sera également invitée à exprimer son ressentit et son souhait à ce sujet."

Ikaar marqua une pause et adressa un sourire qui se voulait rassurant à l'attention de l'Atlante qu'il devinait surprise et tendue.

-"Vous connaissez la procédure... Tour à tour, chacun s'exprime, expose ses arguments et les raisons de son vote. En cas de décision favorable, comme l'exige la coutume, un petit cadeau de bienvenue sera remis par le votant à l’intéressé... A présent, s'il n'y a pas de question, nous allons démarrer le Conseil."
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Re: Au gré du vent.

Message par Assiah le Mer 26 Nov - 15:56

Malgré la belle diatribe acide de Yazrren, l'Atlante restait persuadée de ce qu'elle avait avancé. La propension de la Drow à tout ramener à la guerre et au combat la laissa perplexe. Sa remarque ne visait pas seulement ce point. Si elle avait remarqué qu'il existait certaines affinités entre les membres de la caravane, il n'avait pas échappé à son regard non plus que l'elfe noire n'avait construit de liens avec personne. La petite danseuse ne pouvait se targuer d'une grande expérience militaire, elle avait effectivement passé ses 25 premières années dans un cocon familial rassurant. Pourtant, Kachina ne comprenait pas bien le rapport qu'il pouvait y avoir entre l'armée et le fait d'être désagréable avec ses coéquipiers.

Un "supérieur" devait-il toujours traiter ses subalternes avec froideur? La princesse qu'elle était l'avait été et, franchement si elle avait pu revenir en arrière, sans doute que l'elfe hautaine qu'elle était naguère aurait été plus facile à vivre et plus compréhensive avec ses semblables. Elle avait compris que la noblesse ne venait pas de ta naissance mais de la façon dont on se comporte. Comme faire partie des nantis donnait la responsabilité de servir d'exemple et non d'abaisser les autres.

Peut-être... elle fait elle aussi partie de la caravane il me semble et un des principes moraux et fondamentaux de votre compagnie est bien de respecter celui qui marche à ses côtés si je ne m'abuse. Ce n'est pas parce qu'un personnage est étrange et difficilement compréhensible qu'il faut le juger avec autant de froideur. Elle ne me connaît pas non plus et le ton qu'elle a employé aurait aussi très bien pu lui coûter sa tête si j'avais été quelqu'un d'autre. Je n'allais pas faire comme si de rien était et courber l'échine sous prétexte que, comme c'est une drow, elle a le droit d'être aussi cinglante. Je ne remettais absolument pas en cause ces capacités martiales et mon ton est resté poli et respectueux.

La jeune danseuse était dans le doute le plus complet, aurait-elle vraiment dû se taire face à la vindicative elfe noire. Se laisser jauger de la sorte? La drow avait quand même bien engagé les hostilités, son ton peu amène avait glacé les sangs de brunette. Un autre point chiffonnait la douce jeune femme, cela faisait maintenant deux fois que Djez' lui conseillait de sortir de son cocon, de s'intéresser aux autres. Ne serait-ce pas pris comme de l'impolitesse qu'elle leur pose les milliers de questions qui la travaillait sur chacun d'eux?

Cela fait deux fois que tu me conseilles d'aller vers les autres et de m'intéresser à eux. Je ne peux acquiescer à tes conseils plein de sagesse. J'ai conscience d'être restée dans mon coin depuis mon arrivée ici. Le passé n'est pas toujours aisé à enterrer et c'était un temps nécessaire à cette fin. Je te remercie d'avoir bien voulu me faire part de tes remarques et j'apprécie ta franchise. J'espère ne pas avoir été perçue comme égoïste cependant. Il est vrai que je ne m'y prenais pas de la bonne manière et que, si je dois rester, les membres devront m'apprécier pour ce que je suis réellement et pas ce que je m'efforçais d'être.

Ayant fini son petit discours, Kachina suivit la Caïnite. Elle s'aperçut que son estomac grondait et qu'elle avait faim. L'idée qu'un bon repas l'attendait lui fit hâter le pas. Elle fixait la nuque de Djez' le regard pensif s'abîmant dans des pensées contradictoires. La franchise de la vampire et sa confiance naturelle en elle-même plaisait à la petite danseuse. Elle formula mentalement le désir d'apprendre à connaître l'audacieuse jeune femme et devenir son amie ne lui semblait plus aussi absurde qu'il y a quelques instants à peine.

Kachina ouvrit de grands yeux émerveillés devant le spectacle féerique qui s'offrait à sa vue. Elle avait quitté une petite clairière agréable au demeurant pour retrouver un lieu rendu fabuleux par les talents de chaque membre de la caravane. L'organisation des itinérants prenait ici un sens nouveau à ses yeux. Chaque talent était mis à profit pour qu'en résulte le meilleur et elle en avait une illustration parfaite devant elle. C'était comme si elle voyait les choses avec un tout autre regard, neuf, plein d'une magie revenue à son esprit.

La petite brune admira la facilité avec laquelle Shana déambulait entre les membres souriant à l'un, plaisantant avec l'autre... pour un peu elle passait pour la maman de cette compagnie bigarrée, toujours attentive aux besoins de chacun. Le vieux mage bougon et ses tentatives aléatoires la firent sourire malgré elle et elle retint un soupire de soulagement lorsque Myal évita la catastrophe qui se préparait et enregistra le sourire de l'elfe noire face à la situation surprise de voir son faciès se transformer par ce simple étirement des lèvres. Son estomac se rappela à elle comme lui parvinrent les effluves du souper préparé par le chef démon dont elle avait déjà pu découvrir le talent. Ensuite, Kachina suivit le vol des lucioles placées judicieusement par l'experte Osmeth pour s'arrêter sur les deux personnages les plus bruyants de l'assemblée: les deux chasseurs avaient déjà commencé à fêter leur petite soirée improvisée. Une bouffée d'émotion l'étreignit, ferait-elle un jour partie de cette belle et grande famille.

Enfin son regard s'arrêta sur l'homme qui se distinguait malgré lui de cette masse grouillante et joyeuse. Ikaar. Il semblait réellement à l'aise autour des siens, c'était comme s'il était exactement là où il devrait être. Il se dégageait de lui une aura forte et rassurante.

Le visage du beau ténébreux s'illumina à l'approche de Djez', la vampire enlaça son "patron" d'un geste plein de volupté et se pencha lascivement à son oreille pour lui murmurer quelques phrases. Kachina détourna son regard tant pour se soustraire à ce spectacle que pour calmer l'angoisse qui s'emparait d'elle à ce moment. Que pouvait bien lui dire la vampire? Nul doute qu'elle lui parlait de ses frasques près des chevaux et la petite danseuse appréhendait la réaction du leader choisi des caravaniers.

Son rire chanta alors à ses oreilles. C'était la première fois qu'elle l'entendait. Il caressait les tympans d'une douceur impressionnante. Rassurée la jeune femme osa un coup d'oeil en direction du couple toujours enlacé pour se retrouver piégée dans les yeux d'Ikaar. Décrire toutes les émotions qui chamboulèrent son être alors est vain. Comme une automate, elle marcha vers la place que le beau ténébreux lui avait montré de la main.

Encore une fois il perdit ses mots face à elle et elle se sentit démunie. Est-ce qu'il lui en voulait encore pour son geste inconsidéré. Elle avait l'impression d'avoir violé l'intimité du jeune homme par ce simple excès de joie et s'en trouvait toujours fort désolée. Il ne lui vint pas à l'esprit que, s'il ne trouvait pas ses mots de la sorte, c'est qu'il n'avait sans doute pas l'habitude de s'excuser ou encore qu'il éprouvait le même sentiment qui bloquait son esprit face à elle.

Heureusement, Ikaar reprit contenance très vite en même temps que son rôle de chef et lui souhaita la bienvenue dans la caravane. Kachina eut un sourire timide quand il lui attribua à mi-mots la tâche de s'occuper des animaux de la caravane. Enfin elle avait un rôle au sein de la compagnie. Elle s'en trouvait soulagée et elle trinqua de bonne grâce avec le chœur de voix qui reprenaient avec plus ou moins de ferveur l'adage de la caravane.

Merci souffla-t-elle dans un murmure avant de boire une grande gorgée du liquide à la fois doux et piquant que contenait son verre.

Il se leva, imposant par sa prestance. Il n'eut pas un mot à dire et le silence régna soudain en maître autour de la table dressée. Elle leva la tête pour le regarder impressionnée par cet homme plus que jamais. En-dessous de la table, ses jambes battait nerveusement une mesure qu'elle seule entendait. Tandis que son avenir se jouait au sein de la caravane, elle sentait une solitude peser sur elle. Là elle regrettait de ne pas être allée parler à chacun des membres. Elle ne serait sans doute pas acceptée et elle en conçut une vivre douleur. Les yeux plein d'un espoir désespéré, la petite danseuse attendait le verdict de chacun des convives.
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Re: Au gré du vent.

Message par Mortelune le Jeu 27 Nov - 17:42

Tout en restant un tantinet conviviale, l'ambiance qui régnait autour de la table retomba légèrement après l'annonce d'Ikaar. Le bruit des grillons et les hululement des chouettes perçaient la nuit avec plus de facilité à présent que la plupart des voix s'étaient tues.

Les caravaniers se regardaient, les uns les autres, puis inévitablement pointaient leurs yeux vers Kachina, afin de noter ses réactions. Pour autant les mines n'étaient pas sinistres, bien au contraire et se voulaient même plutôt enjouées et rassurantes. Certains nomades avaient perçus non sans mal les stigmates de l'appréhension sur le visage de la petite brunette et ils l'avaient vu littéralement fondre sur place au fil du discours du guerrier sombre, comme si elle craignait qu'on ne la décapite à l'issue de celui-ci.

Entre temps Ikaar s’était rassis, et croqua à pleine dents dans une pomme verte bien juteuse en adressant un clin d’œil à la danseuse qu'il devinait sous le coup de l'émotion. Djez', à nouveau la tête posée sur l’épaule de son caravanier préféré n'en manqua pas une miette et joua une jalousie feinte, rugissant telle une lionne et mimant un coup griffe vengeur sur le torse de sa proie. Elle ne manqua pas d'adresser un bisou à distance à la frêle jeune femme qui se décomposait à vue d’œil.

Après un long moment de silence, où chacun façonnait sa réflexion et ses arguments, c'est l'Orc Krabulg qui finalement s’élança en premier. Il se leva et, bien que vieillissant, pu faire profiter à chacun de sa stature impressionnante et de sa prestance. Sa voix caverneuse amplifiée par le silence nocturne résonna alors de ces mots.

-"Je suis pour son séjour parmi nous ! Dans un sens, vu que c'est moi qui l'ai dénichée, j'en suis un peu le propriétaire... et je compte bien en tirer un bon prix lorsqu'on croisera un marchand d'esclaves... Bon... ou alors sinon on la garde pour nous... Il parait qu'elle s'occupe bien des animaux."

Fier de sa blague, le robuste rôdeur se dirigea alors vers sa "trouvaille" et lui tendit son cadeau de bienvenue. Il s'agissait d'un magnifique gilet de cuir robuste, merveilleusement tanné, dont l'encolure était couverte d'une douce parure de plumes d'aigles blancs. Le vêtement aussi chaud qu'élégant comportait également quelques poches et compartiments permettant d'y déposer quelques accessoires de petite taille... Il ne faisait nul doute que le gilet avait été confectionné par l'Orc lui même, dont le talent de travailleur du cuir n'était plus à prouver. 

Lune, toujours dans le sillage de Krabulg pris en main la suite du Conseil. L'elfe au visage juvénile et aux charmes purs se prononça également en faveur de l'intégration de l'Atlante. 

-"Les raisons sont évidentes - ajouta-t-elle - J'aime sa simplicité, son naturel. Elle semble honnête,droite et véhicule un besoin d'aider partout où elle passe. Malgré sa maladresse, que je mettrai sur le compte de sa timidité, je suis certaine qu'elle peut nous apporter beaucoup." 

Lune conclut sa déclaration par un sourire illuminant son visage alors qu'elle remit à Kachina une broche dorée représentant un papillon en vol. Alors qu'elle lui remettait le bijou qui lui aussi, semblait avoir été confectionné par ses soins, elle glissa alors un mot dans l'oreille de la jeune femme... 

-"Djez' et moi sommes d'accord pour dire que cet emblème te sied particulièrement bien" ... puis déposa un baiser sur sa joue rose.

Myal, postée sur son fidèle Poki slaloma sur la table entre les bouteilles et les verres pour parvenir jusque devant Kachina.

-"Je rejoins mes deux camarades chasseurs. Je n'ai rien à redire quant à son intégration. Même s'il est de plus en plus compliqué d'assurer la sécurité du camp et qu'augmenter le nombre de caravaniers n'arrangera rien à cet état de fait, je ne peux me résoudre à la laisser sur le bord du chemin. Je sais que certains la pense trop en retrait, trop faible ou pas faite pour la vie de nomade, mais je crois qu'ils ont tort. Ce qui compte ce n'est pas les capacités inées, c'est les efforts que l'on est prêt à faire pour les développer. Et je pense qu'elle est prête à en faire beaucoup pour nous. C'est tout ce que j'avais à dire".

On entendit alors quelques murmures autour de la table. Certains commentaient les dires du petit Lutin sans qu'il soit possible de savoir s'ils acquiesçaient ou non sa vision des choses. Dans tous les cas, le sujet de Kachina semblait attiser les débats. Alors que Myal remettait un carnet à dessin (presque plus grand qu'elle) à la petite danseuse, en lui précisant que parfois, dessiner ou écrire pouvait faire le plus grand bien, Yazzren se leva subitement et coupa court au bourdonnement des conversations.

-"Je me prononce en défaveur de son séjour dans la Caravane. Je respecte les avis de notre équipe d’éclaireurs, mais... nous ne pouvons plus nous permettre d'accueillir n'importe qui parmi nous. Comme l'a dit Myal, nous sommes la cible de plus en plus de menaces. Notre communauté n'a jamais été si peu nombreuse et a été réduite au strict minimum depuis les derniers assauts. Nous avons réussit à constituer un noyau dur de membres efficaces et fonctionnels. Je suis désolé, Kachina - dit elle, visiblement sincère en regardant l'Atlante avec une certaine peine - mais les temps ont changé. Nous devons penser à nous avant de penser aux autres".

Là encore, le brouhaha s’éleva dans l'air parfumé de la clairière.

-"Elle a raison - trancha alors Roi Izmir, faisant taire à son tour les caravaniers - Yazzren dit vrai, mes amis. Les temps sont durs et les routes sont dangereuses. Nous avons perdus beaucoup des nôtres dernièrement, certains sont morts et d'autres.... ont préféré prendre un chemin.. différent"

Un murmure se rependit, plus véhément cette fois, alors que Roi Izmir faisait référence au départ de certains anciens Caravaniers. Visiblement ce souvenir était plutôt déplaisant dans la mémoire collective de la petite communauté de nomades. Le visage d'Ikaar se ferma tout à coup et ses yeux se firent plus sombres qu'à l'accoutumée

-"S'il vous plait... s'il vous plait. Paix, frères. - tenta de calmer le noble homme-lion - Je disais donc que les menaces sont nombreuses et les risques bien réels. Mais si même nous, nous sentons menacés, si même nous, avons peur pour nos vies... Qu'en serait-il pour une femme seule que nous laisserions livrée à elle même ? Combien de temps pensez-vous qu'elle survivra ? Vous êtes-vous seulement posé la question ? Y avez-vous seulement réfléchi, vous qui vous targuez de défendre un certain idéal, une idéel particulière de l'honneur ? Pour ma part, je ne pourrais plus observer jamais mon reflet dans l'eau si je devais abandonner Kachina à un sort que nous connaissons tous. Vous même savez que les Caravaniers sont des cibles de choix... et encore plus ses anciens membres isolés. Voila pourquoi je demande à ce qu'elle nous soit intégrée. Et pour ce qui est de sa sécurité, Yazzren... s'il s'avère qu'elle soit véritablement trop faible pour prendre soin d'elle même, je m'en chargerai personnellement. Ainsi parle Roi Izmir."

Le Lion, sublime et valeureux frappa alors vigoureusement sa poitrine de son poing comme pour signifier sa force et l'engagement qu'il venait de prendre. Il remit ensuite solennellement à Kachina un recueil de prière dans une langue qui lui était inconnue mais qu'elle devinait être celle du peuple du guerrier à la crinière blanche. L'ouvrage était en lui même, simplement magnifique, la reliure était couverte de dorures fines, tout comme les bords de chaque page. A l’intérieur, de nombreuses gravures colorées donnaient vie aux textes pour le moment indéchiffrables à la danseuse.

Par la suite Osmeth se prononça en faveur de l'Atlante et lui offrit une petite besace de voyage faite de feuilles et de lianes délicatement tressées et rehaussées de symboles propres aux Graines de Sylvareth. Elle expliqua, dans un commun qui ressemblait fort aux gazouillis d'un oiseau, qu'elle appréciait la jeune femme et qu'elle avait ressenti en elle un lien fort envers les esprits de la nature et notamment les animaux.

Shana et Liam acceptèrent successivement la venue de Kachina, sans réserve aucune et avec une grande joie. La belle Ytéo lui offrit un nécessaire de premiers soins contenu dans une petite caissette de bois sculptée et le jeune mage tendit timidement un petit cristal luminescent qui s'éclairait magiquement en présence d'obscurité... une sorte de veilleuse magique, si l'on peut dire.

Ibn’Rahaad, Le Soyeux fit quelque peu retomber l'enthousiasme de la nouvelle venue dans la communauté lorsqu'il prit la parole. 


-"Mon point de vue diverge de ceux énoncés plus avant. Je me prononce en défaveur du séjour de la jeune femme. Pas ou peu d'implication, faiblesse manifeste, aucun don particulier. Ses pas de danse sont certes élégants mais n'auront pas suffit à me convaincre de son intérêt à être intégrée à notre communauté. En d'autres temps j'aurais été plus magnanime et ouvert d'esprit. Mais... plus aujourd'hui. Désolé, jeune femme" termina-t-il en s'adressant directement à la victime de son jugement sévère. Malgré tout, il n'y avait dans son regard aucune colère ni rancœur. Pas plus que chez les autres caravaniers s’étant prononcés contre Kachina. Chacun exprimait son avis en son âme et conscience en essayant de faire fit de toute subjectivité.

Il restait encore beaucoup de Caravanier à se prononcer. Alors, comme pour redonner espoir à celle qui devait désespérer de connaitre le verdict final, La Marionnette descendit de son perchoir de fortune et lui remit son cadeau de bienvenue dans le plus grand silence. Lentement et sans un mot il ouvrit la boite dans laquelle il avait glissé son présent et en extirpa un pantin de bois, dont les membres étaient guidés par de fin fils de lin. Alors, La Marionnette exécuta un étrange mouvement de la main droite devant son jouet alors qu'il le tenait pendu, de la gauche. L'objet sembla soudainement s'entourer d'un nuage de vapeur noir parsemé de minuscules étoiles scintillantes. Lorsqu'enfin cette étrange brume opaque se dissipa, Kachina put enfin observer le cadeau de l'étrange personnage. Sous ses yeux se tenait une réplique d'elle-même, d'environ trente centimètres de haut, en bois, illustrant parfaitement chaque détail du physique de l'Atlante, de la couleur de ses cheveux au grain de sa peau en passant par la forme de ses hanches et les contours de ses lèvres. Mais ce n’était pas fini, La Marionnette claqua alors deux de ses doigts rigides et le jouet se mit alors à danser tout seul, comme dirigé par des mains invisibles.

Une fois son présent remis, le mystérieux et inexpressif homme de bois exécuta l'une de ses habituelles révérences et retrouva la toile de sa tonnelle.
Le jouet continua sa représentation pendant quelques secondes jusqu'à l’exécution complète de sa chorégraphie puis, la minuscule réplique de Kachina entrouvrit elle même le couvercle de sa boite pour se glisser dedans.

Passé cet intermède magique et onirique, c'est Nakoth qui fut le prochain Caravanier à se prononcer. La concernant il n'eut que quelques mots à son endroit. 

-"Elle est fraîche comme la ciboulette et pétillante telle l'eau de Shendralar. Sa vision me mets en appétit à l'instar d'un bon civet de lapin. Sauf son respect, je goutterai volontiers la douceur de sa peau en dessert à chaque repas. Son départ emplirait mon cœur de l'amertume d'un racine de gentiane et je deviendrai acide tel le citron... Sa présence est la moutarde qui viendra lier la vinaigrette de notre communauté."

Sur ces paroles dont certains cherchèrent longtemps le sens profond, le Démon Gourmet remit à la muse qui venait de lui inspirer cette petite poésie culinaire, une écuelle et un bol gravés à son nom. Vint ensuite le tour de Dame Djezebel de Beaulieu de s'exprimer. A cette occasion, elle consentit enfin à libérer Ikaar de son entrave, ce que ce dernier sembla accueillir avec un certain soulagement alors qu'il massait son cou endolori. La jeune et sophistiquée buveuse de sang sembla ensuite longuement chercher ses mots, levant les yeux vers le ciel, comme en proie à un doute. Après un long soupir elle consentit finalement à exprimer son choix, en prenant en otage le regard de Kachina.

-"Ma première intention a été de t'exclure de notre communauté. Je ne te croyais pas sincère, pas toi même, comme si tu nous cachais quelque chose. J'avais du mal à voir le destin ou le hasard derrière les raisons de ta venue. Tout était clair dans mon esprit jusqu'à tout récemment encore. Et puis nous avons discuté, un peu. Et puis le ton est monté, aussi. Ajouté à cela, d'autres événements survenus entre temps m'ont permis de revoir quelque peu mon jugement. Tu m'as semblé pleine de convictions. Avec une certaine idée de l'honneur et du respect. Des valeurs qui me sont importantes, quoi qu'en pensent certains ici. Alors je suis prête à te laisser une chance. Mais rien qu'une. Ne triche pas."

La vampire toujours dans une grâce extrême se rapprocha de Kachina. Elle plia alors les genoux pour que son visage soit à hauteur du sien, elle qui était toujours assise telle une accusée lors d'un procès, et décrocha les deux perles marines qui ornaient ses oreilles blanches et lisses. Ces deux billes nacrées et pures, chaussées sur deux montants en or massif étaient, à n'en pas douter, d'une très grande valeur et l'oeuvre d'un orfèvre réputé. Kachina savait que Djez' était issue d'une famille noble et fortunée de Clantor, mais même dans cette caste, un tel présent n'était certainement pas courant.

A la grande surprise de la jeune femme, c'est Ikaar qui poursuivit le conseil par son vote. Il laissa alors courir sa voix ferme mais agréable au gré de la brise qui se faisait de plus en plus fraîche au cœur de la foret.

-"Par respect pour notre Doyen, Lø, je le laisserai clore le Conseil. Mon vote est favorable à l'accueil de Kachina. Je n'en dirait guère plus si ce n'est que j'ai bien noté les arguments des uns et des autres. Chacun a sa vision des choses et il nous appartient à présent de respecter ces points de vue quels qu'ils soient, même si certains ne sont pas en accord avec nos convictions propres. Ce sont aussi ces moments qui favorisent notre cohésion et font notre force. Je dirai pour ma part que Kachina possède un grand nombre de qualités. Indéniables. Intéressantes aussi. Mais que mal encadrées ou mal maîtrisées elle peuvent aussi se révéler être d'importants défauts. La fraîcheur peut devenir insouciance, la jeunesse peut devenir naïveté, la fragilité peut devenir faiblesse. Mais j'ai foi en elle. Elle saura travailler en conséquence et parfaire tout cela. Elle apprendra également à mieux nous connaitre, et nous de la même façon en retour, nous efforcerons nous de mieux la comprendre... comme tous les caravaniers l'ont fait pour nous à l’époque de nos intégrations respectives. A présent, Kachina, Papillon, Mystérieuse Danseuse venue d'une contrée dont nous ignorons tout, voici mon cadeau."

Au signal d'Ikaar, Oz' invoqua les esprits de la nature et déplaça un large rideau de feuillages et de lierres en retrait de la tablée que la petite brunette n'avait pas remarqué jusqu'à lors. Derrière ce mur végétal se trouvait le présent du "Patron" qui se révéla être... un roulotte. Mais pas n'importe laquelle, celle de Kachina, puisque celle-ci portait son nom gravé sur sa porte et avait été décorée en conséquence, en fonction de son caractère et ses passions. Visiblement, un tel travail avait du demander plusieurs jours de préparation, au bas mot. Il était donc clair qu'Ikaar avait du sonder les intentions des votants en amont afin de savoir si la construction d'une roulotte se justifiait ou non. Au final et considérant cela, le Conseil n’était rien de plus plus qu'une sorte de cérémonie d'intronisation... Stressante certes, mais finalement pas si déplaisante que ça pour l'Atlante qui détaillait l'apparence de son cadeau.

Alors, elle sentit la main large et chaude de Lø et se laissa bercer par son aura protectrice et son regard bienveillant. Un large sourire traversait son visage de part en part et en prononçant quelques mots incompréhensibles, ce qui était fort rare au demeurant, il remit à son tour, clôturant ainsi la cérémonie d'accueil, son cadeau particulier.

La surprise ne se fit pas réellement sentir aux premiers instants, puisqu'il s'agissait visiblement d'une carte, enroulée sur elle-même. Quoi de plus classique venant d'un cartographe ? Mais il y a fort à parier que le cœur de la danseuse battrait la chamade lorsqu'elle prendrait connaissance de son objet, puisqu'il s'agissait d'une reproduction du continent Atlante.

Avant que Kachina n'ait pu interpeller le vieux sage, Ikaar ordonna la début des festivités. Pétards et feu d'artifices magiques entamèrent la soirée, la musique se mit à battre son plein, les caravaniers reprirent pour certains leurs repas tandis que d'autres s'agitèrent et se levèrent pour danser follement. Au milieu de ce joyeux chaos, la jeune femme perdit Lø de vue... 
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Re: Au gré du vent.

Message par Assiah le Ven 28 Nov - 22:29

Leurs yeux étaient rivés sur elle, elle pouvait sentir le picotement de leur regard tantôt compatissant, tantôt rassurant. Elle avait été l’actrice principale de la grande pièce de la vie durant deux décennies mais elle n’arrivait pas à retrouver le plaisir qu’elle avait à être le centre de tous les intérêts autrefois. La petite danseuse se faisait l’impression d’être une enfant attendant le bon vouloir des adultes.

Le clin d’œil complice que leur chef lui adressa lui fit retrouver un semblant de courage. Quoiqu’il se passe dorénavant son sort ne lui appartenait plus. Elle ne pouvait qu’attendre le verdict en priant qu’il soit favorable. Elle eut un regard teinté de reproche vis-à-vis de Djez’ qui semblait s’amuser de jouer avec ses nerfs mis à rude épreuve. Elle aurait voulu se forcer à sourire pour cacher sa détresse, à fanfaronner bravement devant l’assemblée mais ça n’aurait pas été elle.

Krabulg fut le premier à parler. Si l’aura qui se dégageait de lui n’avait pas la même prestance que son chef, il n’en restait pas moins un personnage à la carrure impressionnante. Sa blague maladroite eut le bon goût de réussir à faire naître une esquisse de sourire sur les lèvres de la brunette. Elle respectait et aimait le vieil Orc avec la même tendresse qu’elle aurait eue pour son propre père. Déjà, dans son cœur, il faisait partie de cette famille qu’elle recherchait. Elle tendit une main fine vers le vêtement qu’il lui tendit émerveillée qu’il se soit donné tant de mal pour elle.
Ses mains caressèrent la peau en suivant les aspérités du cuir pour s’éterniser sur les plumes dont elle éprouva la douceur. Ses yeux accrochèrent alors ceux de l’Orc comme elle se levait pour l’étreindre avec émotion. Elle voulut lui murmurer ses remerciements mais se ravisa : je te remercie pour ce magnifique présent, un travail digne des plus grands maîtres. Je n’ai jamais possédé de vêtements qui ait eu une si grande importance à mes yeux tant pour sa beauté que pour la personne qui me l’a offerte… merci pour tout.

L’Atlante tenta de faire passer dans ses yeux toutes la reconnaissance qu’elle avait envers lui avant d’aller se rasseoir pour la suite de son jugement.

Ce fut l’elfe aux allures avenantes qui prit le relais. Son visage s’illumina à mesure que Lune parlait, elle lui rendit un sourire franc qui s’élargit encore avec les quelques mots qu’elle glissa à son oreille. Dans son regard passa une lueur d’amusement, il semblait que son animal totem soit tout choisi lui aussi. Kachina prit le bijou qu’elle lui tendait avec précaution et admira la finesse des détails. Ensuite, elle  remercia chaleureusement la joyeuse elfe et lui rendit son baiser comme à une sœur.

Puis vint le tour de l’éclaireuse montée sur son fidèle Poki. Myal eut un discours plein de bon sens et une conclusion issu de ces observations. Aucun des efforts que la jeune danseuse avait déployés pour s’intégrer n’avait échappés à l’œil toujours vigilant du petit lutin. Kachina prit le carnet à dessins et le feuilleta avec curiosité. Elle ignorait que Myal eut des talents de dessinatrice. Les croquis esquissés sur les feuilles reflétaient  du sens de l’observation de l’artiste en herbe.

L’intervention et surtout les paroles de Myal devaient laisser un vent de murmures dans leur sillage. Soit qu’on reprenait pour elle, soit qu’on trouvait des arguments contre. Dans le brouhaha ambiant il était difficile de distinguer ce qui se disait. Kachina essaya bien de happer quelques paroles mais en vain.

D’un bond la drow fut debout, mettant fin aux discussions de sa voix forte. L’Atlante se sentit piquée au vif par les dires de la femme à la peau d’ébène. Elle n’était pas n’importe qui avait-elle envie de hurler à l’assemblée réunie. La petite danseuse prit son regard concupiscent pour un affront. Les récentes divergences qui avaient secoué les deux femmes étaient encore présentes dans son esprit. Ainsi elle la croyait incapable de se faire une place utile dans la caravane. Elle lui prouverait le contraire. La colère grondait en elle, volcan prêt à entrer en irruption. La brunette eut le bon sens de ne pas laisser exploser son ressenti. Elle réussit même l’exploit de ne rien laisser paraître de ses sentiments pour afficher une mine encore plus désolée que la drow.

L’Atlante blêmit cependant lorsque Roi Izmir s’interposa face aux murmures qui avaient repris de plus belle. La petite clairière prenait des airs de tribunal et l’accusée se sentait acculée au pied du mur. Un instant son regard chercha du secours auprès du juge suprême de cette cour improbable. La vampire gardait ses bras jalousement noués autour du cou du beau ténébreux. Un éclair sombre était apparu dans les yeux de ce dernier tandis que ses lèvres se pinçaient dans un rictus de rage contenue. De quoi pouvait donc bien parlé l’honorable guerrier ? Quels événements avaient déclenchés tant de méfiance chez les caravaniers ? Soudainement la jeune femme prit conscience que ce n’était pas contre elle qu’ils en avaient. Le souvenir des menaces de Djez’ résonnait encore à ses oreilles. Il prenait ici un autre sens. Pourquoi Keb l’avait-il laissé ici si ce n’est pour la mettre en sécurité ? Mais le serait-elle vraiment parmi les itinérants ?

La suite devait lui donner une réponse au moins à cette dernière question. Izmir faisait honneur à sa réputation. Il parla d’honneur, de conscience, de courage et d’entraide. Ces paroles se répercutèrent jusqu’au cœur de la belle Atlante. Elle sentit vibrer une corde longtemps refoulée. Le Roi agissait comme le plus noble être qui soit se portant lui-même garant de la sécurité d’une jeune fille dont il ignorait presque tout. Tant d’attachement au code de l’honneur qu’il s’était fixé émut Kachina qui sentit ses yeux se mouiller. Si les larmes ne coulèrent pas, elles noyèrent ses yeux.

Pour la deuxième depuis le début de la cérémonie, elle se leva. Cette fois elle n’étreignit pas l’honorable guerrier qui lui faisait face. Elle marquait son respect pour le courage dont il faisait preuve. Les mots lui manquaient pour décrire ce qu’elle ressentait en ce moment. Elle se contenta donc de poser un genou en terre en une révérence solennelle, promesse de se montrer digne du présent qu’il lui faisait ici. Elle ne se releva pas avant d’avoir pris le livre splendide qu’il lui tendait.

Vint ensuite Oz dont elle apprécia le cadeau finement ouvragé, elle espérait que la graine de Sylvareth lui apprendrait à sublimer ses pouvoirs et à les utiliser à bon escient. Elle se promit de lui demander conseil dès que l’occasion se présenterait.

L’accueil chaleureux de Liam et Shana lui réchauffa le cœur. Elle sourit à l’enfant émerveillée par sa trouvaille et remercia gentiment la Ytéo pour son présent à l’utilité avérée. Là aussi elle aurait quelques conseils à prendre car elle se révélait être une piètre infirmière.

La sentence sévère du vieux mage fut difficile à entendre pour la jeune idéaliste. Il la prenait pour une pauvre âme sans défense, une poupée juste bonne à danser pour amuser la galerie. Elle aurait pu faire ici une démonstration de ces autres talents, pourtant quelque chose la retint. Ils seraient bien assez tôt divulgués à la communauté si comme elle l’avait compris la caravane faisait l’objet d’attaques fréquentes. Pour le reste elle ne pouvait le blâmer elle était consciente de la part de vérité que recelaient ces paroles froides.

« La Marionnette » sauta alors souplement au sol. Ses os de bois cliquetèrent légèrement quand il toucha terre. De sa démarche de pantin il s’approcha d’elle toujours aussi silencieux. Kachina ouvrit de grands yeux ronds tandis qu’il exhibait son singulier présent. La justesse des détails, la perfection de l’imitation tout était un enchantement à ses yeux. Il avait éveillée en elle l’enfant qu’elle avait été jadis. Retrouvant l’émerveillement propre à cette période bénie où tout est tellement simple, ma jeune femme battit silencieusement des mains pour remercier l’énigmatique mais si attachant personnage. Plus elle le côtoyait, plus elle avait envie de le connaître.

La répartie pleine de lyrisme du démon eut le bon ton de faire sourire la petite danseuse. Ces paroles la charmèrent aussi sûrement que les mets succulents qu’il proposait aux caravaniers. Bien qu’il fût un démon, elle n’arrivait pas à le percevoir comme un ennemi potentiel ni à se méfier de lui. Elle accepta avec plaisir le bol et la cuillère qu’il lui tendait. Un jour, elle lui suggérerait de faire un plat qui porterait son nom avec tous les ingrédients qu’il avait cités. Elle était sûre que le défi amuserait le démon.

Ce fut au tour de Djez’. Sans qu’elle s’en rende compte, l’Atlante s’était tendue instinctivement. Si elle appréciait de plus en plus la vampire, elle ne pouvait se défaire d’une certaine pointe de jalousie en la voyant si proche « du patron ».

La sublime buveuse de sang n’y pouvait certes rien mais elle ne pouvait se mesurer à elle. La lutte pour l’homme aux cheveux d’argent était perdue d’avance et Kachina ne voulait pas se lancer dans un combat vain, fut-il une joute amicale entre les deux femmes. Son esprit avait d’autres préoccupations d’ailleurs se persuada-t-elle.
Les paroles de la Caïnite reléguèrent ces petites pensées futiles au second plan. Kachina aurait voulu prendre la belle à part et lui raconter le peu qu’elle savait de son histoire mais elle ne le pouvait. L’anonymat restait sans nul doute sa plus grande protection. Cela ne remettait pas en cause la sincérité de son engagement envers les caravaniers. Elle avait conscience qu’elle les mettrait peut-être bien plus en danger si elle parlait. Quand elle verrait Keb réapparaître, elle quitterait au plus vite la compagnie pour ne pas que ses ennemis s’en prennent à ses membres. La dernière fois ils avaient mis plusieurs années avant de la retrouver. Elle espérait qu’il en serait de même.

La vampire dut refermer les mains de l’Atlante sur les boucles magnifiques qu’elle lui offrait. Incrédule la petite danseuse chercha le regard de la Caïnite qui lui fit un de ses célèbres clin d’œil avant de se retourner pour revenir d’une démarche provocante vers sa proie préférée.

Ikaar prit ensuite la parole. Sa voix avait toujours le même effet sur la jeune ingénue. Hypnotisée par l’homme aux cheveux d’argent elle écouta ses paroles sans rien laisser paraître de son trouble. La sagesse et le choix de ses mots forçaient le respect. On sentait sa volonté de tenir compte de l’avis de chacun. S’il y a quelqu’un que la brunette ne voulait pas décevoir, c’était bien lui. Lui aussi l’appela papillon, dans sa bouche le mot sonnait comme un petit surnom affectueux. Heureusement, le cadeau lui donna l’occasion de se concentrer sur autre chose ce qui l’empêcha de rougir devant toute l’assemblée.

Incroyable, une simplicité mêlée d’un travail magnifique, le rideau révéla une roulotte où l’homme avait su trouver et illustrer la personnalité de la jeune femme. Une petite balustrade de bois entourait un patio minuscule. La porte représentait le corps d’un magnifique papillon dont les ailes teintées de violet s’étendaient de chaque côté en rideau de soie fine. Au bout de chacune des deux antennes une petite veilleuse dispensait une lumière tamisée pour les visiteurs. Son nom apparaissait en lettres argentées attestant de la propriétaire de cette merveille. La roulotte était peinte dans un vert sombre où des entrelacs argentés apparaissaient et disparaissaient au gré des mouvements de l’observateur. Le toit noir et arrondi protégeait de la pluie.

Toute la tension avait quitté la belle danseuse qui resplendissait de bonheur. Le dernier des votant mais non le moindre se rappela alors à son esprit débordant de joie. Lo lui faisait face un sourire presqu’aussi heureux qu’elle sur son visage ridé. A sa grande surprise, Kachina sut ce que voulait dire le baragouinnement  sans queue ni tête du vieillard. Elle baissa le regard sur la carte qu’il lui avait offerte avant de disparaître comme une ombre.

La petite danseuse n’eut pas le loisir d’inspecter plus avant son dernier présent. Félicitée de toute part par la plupart des membres de la caravane, elle voulut exprimer sa gratitude et partager son bonheur d’être parmi eux. Mais, avant, il y a une chose qu’elle voulait faire. Toute timidité disparue, balayée par la magie de l’instant, la petite danseuse fut en quelques bonds devant celui que tous considéraient comme le patron. Son regard chercha le sien comme elle s’agenouilla devant lui. Elle dit alors d’une voix haute et claire :

Aujourd’hui, je prête serment d’allégeance envers la caravane en la personne de son chef mais aussi envers tous les membres qui la composent. Je vous serai toujours redevable de m’avoir accueillie avec tant de simplicité et de désintéressement. Le temps que je passerai ici je tenterai de respecter au mieux les idéaux de la caravane et de me montrer digne de la confiance que vous m’avez tous accordée ce soir. Je ne sais pas comment exprimer ma gratitude par des mots et j’espère pouvoir le faire au quotidien dans mes gestes.

Quand elle eut fini, elle se releva consciente d’avoir encore laissé parler sa fougue. La sincérité de ces paroles donnait de la force à son discours quelque peu théâtral mais après tout, la cérémonie elle-même n’était-elle pas une jolie mise en scène ?

Elle attendit que l’attention en fut plus portée sur elle pour enfin découvrir la carte que lui avait offerte Lo. La jeune femme faillit lâcher le morceau de parchemin lorsqu’elle comprit ce qu’il représentait. Elle parcourut avidement chaque centimètre du dessin cherchant à visualiser le pays qui l’avait vue naître et qui n’était plus désormais qu’un souvenir diffus dans les mémoires.

Il fallait qu’elle parle avec le vieillard. Trop de questions se bousculaient dans sa tête. Elle le chercha des yeux dans la foule des caravaniers mais il avait disparu à son regard. Obnubilée par ses pensées, la petite danseuse replia à la hâte la carte à la valeur inestimable pour elle et la rangea contre son cœur
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Re: Au gré du vent.

Message par Mortelune le Lun 1 Déc - 22:32

La gratitude de Kachina à l'endroit d'Ikaar le toucha énormément. Au moins autant qu'elle ne le gêna. Dès l'instant ou il comprit qu'elle allait s'agenouiller devant lui il aurait souhaité qu'elle s'abstienne, il aurait souhaité la retenir, il aurait souhaité se trouver à des centaines de lieues à l'écart de l'endroit précis où il se trouvait alors. Le regard fuyant et saccadé, ses yeux semblaient fureter, sautant d'un point à un autre, s'attardant sur le moindre détail insignifiant. Tout ce qui lui permettrait de ne pas croiser le regard reconnaissant de la danseuse.

Jamais lui ne s'était-il considéré comme le chef de la Caravane et la moindre allusion à cette hypothèse le rendait fou tant il refusait d'être vu ainsi. Il avait trop de respect pour la communauté, ses membres et ses fondateurs pour se laisser aller à tant de complaisance et de vanité. Cet instant ne lui convenait pas. Il était mal à l'aise. Comme bien souvent. Dans bien des situations.

Il avait pourtant bien conscience de prendre les choses un peu trop à cœur, mais ainsi était-il fait. Ainsi avait-il été élevé, instruit, formaté. Son histoire particulière n'avait pas aidé à le rendre plus détendu, moins formel, bien au contraire. Tout son passé le poussait à l'humilité, faire profil bas. Car lorsqu'il révélait un peu trop sa personnalité, lorsqu'il s'abandonnait à laisser libre court à ses émotions, lorsque sa conscience l'emportait sur sa raison, alors les choses se compliquaient. 


Toujours.


Des gens mourraient. 


Souvent.


D'autres s'enfuyaient, prenaient peur devant la libération d'un millénaire de frustrations contenues et enfouies qui soudainement pouvaient jouir de quelques secondes de liberté pour se défouler. L'expression de puissance unie à une fureur peu concevable... Qu'il maîtrisait toutefois, mais dont le ressenti vu d'un œil externe n'inspirait qu'à expression de l'effroi dans sa plus simple et pure conception.

Mieux valait-il garder tout ceci sous cloche. Bien à l'abris, là, au creux de son ventre. Pas comme cette dernière fois... non pas comme cette fois là. La communauté en avait trop souffert. Elle parvenait tout juste à reprendre le dessus. Il ne fallait pas tout gâcher à nouveau. Il s'était laissé aller à la fierté. Cette fierté avait altérée son jugement et sa capacité d'écoute, l'avait rendu trop sur de lui, trop obtus. Il s'était gardé des conseils et avait refusé les compromis proposés. Cela n'arriverait plus.

Fort heureusement ceux qui étaient resté avaient confiance en lui, malgré ses démons... et c'était le cas de dire. Il ferait donc honneur à cette confiance... autant que possible.


D'un geste hésitant du bras, il se gratta la tête frénétiquement, laissant libre court à l'expression de son malaise et intima le début des festivités. Le bruit, l'agitation, la musique l'aideraient à reprendre le dessus. Il savait tout ceci stupide, extrêmement exagéré au vu de la simple et noble démarche de Kachina. Mais plus qu'à tout autre, ses émotions et leurs conséquences le terrifiaient. Car lui seul au final  savait réellement ce à quoi elles pouvaient le pousser. Colère, envie, orgueil, bien évidement les péchés originels pour lui prenaient tout leur sens, mais pas seulement car même les vertus cardinales le condamnaient.

Ainsi en était il à bannir le ressenti du moindre sentiment par peur des conséquences. Ainsi Ikaar vivait il sans vraiment vivre. Malgré les apparences, les joies, les peines, les petits plaisirs de la vie comme ses petits tracas, plus rien n'avait de saveur, plus rien n'avait de prise sur lui. Libre pour certains, peut-être, mais à coup sur prisonnier ne plus avoir le droit de ressentir. Comme un cerf-volant dont le fil qui le raccrochait à la terre ferme se serait brisé et qui contemplerait le monde de haut sans avoir la possibilité d'en apprécier les détails infimes.

Il observa Kachina avec une détresse indicible, presque inexplicable, qui semblait vouloir lui crier, "Je suis désolé ! Pardonne moi !", quand sa bouche demeurait désespérément muette.

Sa main blanche qu'il tendit vers la danseuse tremblait légèrement, comme s'il était fiévreux. Il prit alors la main de la jeune et jolie Atlante dans la sienne. Son contact était chaud et réconfortant alors que sa propre main était froide et rêche, à l'image de son détenteur. D'un geste du bras, doux et prévenant au possible, il l'invita à se relever. Ses sourcils marquant une tristesse en contradiction totale avec l'instant, il se força à sourire et la remercia de façon presque inaudible si bien que Kachina eut elle même du mal à l'entendre.

Perdu dans un cercle vicieux, honteux de sa propre honte, incapable d'en parler ni de l'expliquer, Ikaar lui tint alors quelques mots.

-"Cette soirée est pour toi, profites en bien. Demain nous lèverons le camps en fin de matinée. Puis nous nous dirigerons vers l'Océan de Sable, que nous traverserons jusqu'à El Hazeem, l'ancienne cité des Dragons de Bronze, disparus aujourd'hui. D'ici là, puisses-tu t'épanouir. Et surtout garde à l'esprit que le temps apporte toujours réponses aux questions que l'on se pose".

Il lâcha ensuite soudainement la main de la danseuse, qui retomba brutalement contre sa cuisse. Le guerrier s'en tourna alors vers l'ombre qu'il affectionnait particulièrement, disparaissant du champs de vision de Kachina alors qu'il prenait la direction de sa roulotte.

Peut-être la danseuse s’apprêtait-elle alors à le poursuivre. Nul ne le saura jamais car à cet instant, une autre main s’empara de la sienne comme pour refréner son éventuel désir de rejoindre cet étrange individu qui venait de la laisser là, seule et probablement en proie à des pléiades de doutes et d’interrogations.

Cette main, évidement, était celle de Djez. Fraîche et douce comme la peau d'une enfant.

Le regard grave, inhabituel chez la vampire transperça celui de Kachina. Son petit air mutin et détaché avait disparu. Plus une once d'amusement ne transparaissait du fond de ses pupilles. Sans mot dire elle se contenta de secouer la tête de gauche à droite. Puis, alors qu'elle se mit à observer la direction dans laquelle Ikaar venait de disparaître elle chuchota finalement :

-"Pour le bien de tous, non. Papillon. Si tu tiens un tant soit peu à ceux à qui tu viens te déclarer ton allégeance et ton amour... Laisse le. Tu ne peux rien pour lui. Ni moi. Ni ce soir, ni demain soir, ni aucun autre soir de cette vie de merde. Tu n'y peux rien. C'est ainsi."

Elle sera alors sa main fort dans la sienne comme pour qu'elle comprenne à qu'elle point elle même souffrait de cette situation. Comme pour lui faire comprendre qu'elle même avait tenté maintes fois l'impossible en vain. Comme pour lui faire comprendre la peine qui la rongeait et se rependait en elle comme une nécrose sans remède.

-"La seule chose que tu puisses faire, c'est l'accepter."
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Re: Au gré du vent.

Message par Assiah le Lun 22 Déc - 21:41

Autour d'elle le silence était maintenant oppressant.Sur les visages qui l'entouraient, la fougueuse jeune femme aurait pu voir un panel d'émotions mais elle ne voulait pas regarder. Si Kachina comprit que son trop grand zèle lui avait fait commettre une bévue, elle ne savait pas en revanche quelle était la nature de celle-ci. Elle avait senti la détresse de l'homme à la chevelure argentée et son mal-être était palpable. Kachina n'osait pas relever la tête pour regarder autour d'elle et affronter une nouvelle fois les regards de l'assemblée pour qui emplit de pitié, pour d'autres complètement ahuris et pour d'autres encore carrément hostiles. 

Quand il lança le début des festivités d'un signe de la main, l'atmosphère retrouva fort heureusement un caractère bon enfant et l'incident fut momentanément oublié. Ikaar prit alors la main de l'infortunée jeune femme,pour la relever. La petite danseuse se concentra sur le contact de sa main froide dans la sienne pour oublier le regard qu'il lui jetait à cet instant. La douche glacée de ses paroles fit frissonner la jeune femme jusqu'aux tréfonds de son être. La tête basse elle avait du mal à ne pas afficher la déception que lui procurait la réponse froide du chef de la caravane. Elle laissa son bras retomber le long de son corps, inerte et releva la tête pour voir l'homme aux cheveux d'argent lui tourner le dos et fuir les festivités... ses festivités. 

La belle danseuse avait un goût amer dans la bouche, dans son esprit toutes ses pensées s'effilochaient sous l'effet d'un brouillard diffus. Ne méritait-elle pas autre chose que ce dédain soudain? Qui était-il pour l'appeler ainsi à ses côtés pour disparaître quelques instants après sans autre forme de procès. Voilà que la scène s'était rejouée. Cela faisait deux fois qu'il tournait les talons, son devoir accompli, il fuyait sa présence. 

Un autre contact la fit sursauter tandis qu'elle ressassait des pensées désagréables. Son regard effleura à peine le visage de la vampire qui venait importuné ainsi le fil de ses réflexions. Elle aussi avait envie, avait besoin, d'être seule. Elle n'avait aucune envie de s'entendre dire ce qu'elle devrait faire ou pas. Quelle attitude elle devait adopter pour complaire à tout ce beau monde... 

Son visage exprima d'abord la révolte et elle essaya de se dégager de la poigne douce mais ferme de la CaÏnite sans pour autant y parvenir. Dans ses yeux mordorés de paillettes dorées brillait une lueur de défi. La femme éconduite était prête à répondre vertement au pseudo conseils qui n'allait pas manquer de suivre. Les paroles de Djez' devait cependant la laisser dans un abîme de réflexion. Déconcertée, la petite danseuse ressentit l'émoi de la vampire, sa colère contenue face à l'injustice de la situation, son désarroi également. Kachina ne dit rien, une boule s'était formée qui l'empêchait de prononcer le moindre mot. Elle se contenta de hocher la tête et de serrer la main qui lui offrait le secours qu'elle attendait en ce moment, une amie, unie dans la même peine, pour le même homme. 

Au bout de quelques minutes, les deux femmes se séparèrent. Les paroles étaient devenues superflues en cet instant et Kachina se mêla à la fête. Elle but plus que de raison, l'alcool aidant elle retrouva une joie inconsciente, aidée par son optimisme naturel l'atlante retrouva une perle d'espoir. Si elle ne faisait pas l'unanimité de cette troupe, il y avait ici des personnes qui étaient réellement heureuses de l'accueillir comme l'une des leurs.  Elle accompagna Lune et Krabulg dans leur défi amical du meilleur buveur. Grâce à leur conversation légère et aux effluves de l'alcool elle retrouva vite sa joie de vivre et ses éclats de rire se mêlèrent bientôt à ceux de la joyeuse compagnie.

Tard dans la nuit, elle retrouva tant bien que mal le chemin de sa roulotte. Son esprit embrumé par l'alcool percevait qu'il ne fallait pas abandonner. Celle qui pédalait sur le vélo dans un coin de son cerveau et qui ne lui ressemblait pour le moment pas lui murmurait des phrases sans queue ni tête. Une histoire rocambolesque où il était question de se battre un peu, de faire preuve de patience et de ténacité pour obtenir ce que l'on voulait. Personne ne pouvait rester éternellement le fantôme de sa vie. La joyeuse drille s'écroula sur son lit sans faire attention à l'aménagement intérieur du présent qui faisait officiellement d'elle une itinérante.

L'observateur intéressé aurait pu voir la démarche hésitante de la petite danseuse. S'il l'avait suivie, son sourire amusé se serait élargi devant le spectacle inopiné qu'elle donnait encore. Les gestes moins habiles, elle entreprenait une danse étrange, aux mouvements saccadés dans l'espoir de pouvoir s'extirper de ses vêtements récalcitrants. Ainsi elle tourna en rond en sautant sur place pendant quelques interminables secondes dans un équilibre précaire qu'elle manquât perdre de nombreuses fois avant d'extirper de ses pieds ses chaussures. Vaincue par la fatigue et le travail colossal que lui demanderait le reste de ses vêtements, elle renonça pour s'écrouler sur son lit. A peine eut elle toucher l'oreiller que le pays des rêves l'appelait déjà à lui.
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Re: Au gré du vent.

Message par Mortelune le Jeu 8 Jan - 15:53

La fête avait battu son plein jusque tôt dans la matinée. Lorsque les premières lueurs de l'aube pointèrent le bout de leur nez, les derniers drilles encore debout songèrent soudain à se traîner tant bien que mal en direction de leurs appartements mobiles. On comptait parmi eux, Lune et Krabulg, évidement, mais aussi la Marionnette sur qui la fatigue n'avait guère de prise et enfin Yazzren, qui s'était finalement jointe aux deux chasseurs et avait tenté de leur contester le titre de meilleur buveur de la Caravane.

C'était finalement Krabulg qui s'en était le mieux sorti. Ou le moins mal pouvait-on dire, puisqu'il coucha littéralement les deux elfes dans leurs lits respectifs avant de s'écrouler, à bout de force, et de s'endormir au milieu du chemin qui le ramenait à sa roulotte.

En cette nouvelle journée, un soleil rose commençait à déchirer la toile du ciel peinte d'un azur pastel. Ses rayons faisaient s'illuminer les gouttes de rosées matinales qui perlaient sur les feuilles des arbres, comme un million de petites lucioles translucides. Les premiers gazouillis d'oiseaux résonnaient au milieu de la clairière, portés par le souffle d'une légère brise printanière. La journée s’annonçait radieuse et baignée de lumière. Les senteurs florales présentes dans la clairière égaillaient les sens des compagnons déjà levés  et influaient positivement sur leur moral.

Le voyage vers l’Océan de Sable n'en sera que plus plaisant. C'est ce que pensa Ikaar, frais et dispo en cette heure matinale, qui commençait déjà à superviser les préparatifs du départ. Il fut très vite rejoint par les caravaniers les plus courageux, ou les moins fatigués. Comme lors de l'installation, chacun s’attelait à sa tâche avec entrain, et ce en dépit de l'heure tardive à laquelle la plupart s'était couchés.

La Caravane de Nulle Part ne restait jamais trop longtemps au même endroit. C’était déjà le cas à son origine, et ça l'était encore plus ces dernières années, pour tout un tas de raisons. La première étant une insécurité croissante hors des grandes villes, mais également, les récentes dissensions intestines qui avaient entraînées une scission au sein de la Caravane. Le danger était plus que jamais omniprésent.

Cela, Ikaar ne l'avait toujours pas digéré et il le ruminait depuis plusieurs mois maintenant. 


Il songeait également à l'accord qu'il avait conclu il y a quelques semaines avec ce voyageur qu'ils avaient escortés. L'inconnu s'était dit bien installé en El Hazeem, selon ses termes et en guise de remerciement pour les services rendus par les nomades, avait promis en retour de les acceuillir comme des princes si d'aventure leur route les menait jusqu'à la cité des sables. Peut-être même s'arrangerait-il pour leur donner l'occasion de monnayer leurs talents de saltimbanques et de vendre leurs productions sur des étals disponibles au plus grand marché de la ville.


Ikaar avait volontiers accepté la proposition du voyageur volubile. Plus par politesse que par avarice. Des promesses, on lui en avait fait plus souvent qu'à son tour et son expérience lui avait apprit à se méfier des bienfaiteurs philanthropes. Alors certes, la Caravane irait bien à El Hazeem, mais la prudence et la réserve seraient de mise.

Pensif, il déambulait au milieu du campement, s'affairant ça et là au démontage des installations éphémères qui avaient été disposées dans cette clairière accueillante. Le visage aussi enjoué que possible, quitte à faire bonne figure, il souriait à chaque caravanier qu'il croisait. Souvent, son geste était accompagné d'un clin d’œil ou d'un hochement de tête complice. Djez, quant à elle, lui déroba son habituel câlin qui, comme à chaque fois, le mit quelque peu mal à l'aise.

Sa réaction lui rappela alors celle qu'il avait tenu la veille au soir face à Kachina, la petite danseuse. Bien évidement, il pestait contre le rustre coincé qu'il avait incarné à cette occasion. Il brûlait intérieurement de pouvoir un jour contrôler ce genre de situations et d'émotions. Par ailleurs il imaginait avec une pointe d'appréhension la réaction qu'avait pu suscité son comportement auprès de la jeune femme. Elle devait le prendre pour un goujat ou un être sans considération pour les autres... Il lui faudrait probablement s'en inquiéter auprès d'elle, pensa-t-il alors qu'il s'informait de l'état des bêtes, à proximité de leur enclos.

Elles étaient en excellente santé à vrai dire. Visiblement, la toute nouvelle préposée aux soins des montures et bêtes de bât et de somme avait déjà fait usage de ses dons et c'était une bonne chose tant la route à venir allait être éprouvante pour elles. Alors que l'esprit du semi démon vagabondait, Ikaar fut soudain tiré de sa réflexion par la présence de Lø, et il allait sans dire que celle-ci se remarquait aisément. Après quelques échanges de signes et de gestes précis, Ikaar n'eut aucun mal à percevoir l'objet de sa sollicitation. Le vieux cartographe cherchait Kachina. L'objet même de ses propres pensées précédentes. Comme c'était étrange. Si discrète et pourtant déjà au centre de tant de considérations. Visiblement, la danseuse ne s'était pas montrée de la matinée. Lø semblait s'en inquiéter et manda Ikaar pour la retrouver et l'inviter à rejoindre le sage dans sa roulotte une fois la Caravane en route vers sa prochaine destination.

Ikaar s’exécuta dans l'instant. Soudain, il sentit une sorte de tension s'emparer de ses entrailles. Se pouvait-il qu'elle se soit enfuit ? Raaah quel âne, il aurait dû se montrer plus prévenant, plus protecteur avec elle. Son manque de manière l'avait très certainement fait fuir.

Arrivé sur le seuil de la roulotte de  l'Atlante, le guerrier aux cheveux d'argent frappa à la porte sèchement, par deux fois, du pommeau de son épée sombre, en accompagnant son geste d'un appel.

-"Kachina ? C'est Ikaar, es-tu là ?"

Pendant ce temps, les préparatifs du départ prenaient fin, d'ici une grosse heure, le convois serait prêt à partir. La plupart des bêtes avaient été attelées à leurs roulottes respectives. A l'exception bien sur de celles de l'Atlante et d'Ikaar, trop occupé jusqu'ici pour y avoir songé, mais aussi de celles du Soyeux et de Lø qui n'en possédaient pas. La première était mue par un destrier éthéré, une invocation obéissant à la volonté du petit mage, quant au Cartographe, ses appartements avaient été installés au cœur de la carapace d'une tortue géante... nul besoin donc de montures pour voyager lorsque sa "roulotte" dispose de membres tout à fait disposés à vous transporter sur de longues distances....
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Re: Au gré du vent.

Message par Assiah le Mer 14 Jan - 18:54

Dans la roulotte, tout était calme, les rayons du soleil perçaient difficilement les épais rideaux pour dispenser un peu de leur lumière. Dans cette pénombre, on pouvait distinguer une silhouette allongée sur le lit et si on tendait l’oreille, un léger ronflement était perceptible. Les bruits des préparatifs de départ, étouffés par les murs de bois, ne dérangeaient nullement la dormeuse tardive. 

Durant la nuit, la jeune femme endormie avait réussi à se glisser en-dessous des couvertures et avait ainsi profité de la chaleur qu'offrait le confortable édredon. Bercée dans cet océan de plumes, elle avait passé une nuit calme, sans le moindre cauchemar, juste le trou noir et bienfaisant de l'oubli.

Deux coups frappés à la porte dérangèrent la sérénité du lieu et le sommeil de la belle dormeuse. Ils se répercutèrent dans chaque recoin de la pièce, rebondirent sur les murs jusqu'aux oreilles de la belle endormie. Cette dernière bougea, tressauta, grommela et finit par émerger de son lourd sommeil. L'Atlante tendit l'oreille, une voix succéda au bruit sourd des cognements.

Son premier réflexe fut d'empoigner son oreiller pour en couvrir sa tête. Kachina espérait ainsi ne plus entendre ce bruit inopportun et, dans la foulée, se rendormir. Puis, les rouages de son cerveau grincèrent pour se remettre à tourner doucement puis de plus en plus vite. Alors la jeune femme prit conscience de cette voix... de ce qu'elle représentait et surtout de l'homme à qui elle appartenait, de son statut. Quelle heure pouvait-il bien être? Combien de temps avait-elle emprunté le chemin des rêves?

Toute envie de dormir perdue dans l'adrénaline de l'instant, la petite danseuse fut debout d'un bond. Ses yeux cherchaient nerveusement la porte tandis qu'elle se passait plusieurs fois la main dans les cheveux en une tentative vaine de les discipliner. C'était la catastrophe: elle portait encore les habits de la veille tout fripés par leur nuit et dégageant une odeur qui ne pouvait que témoigner des écarts de la veille. Ses cheveux devaient ressembler à un tas d'algues gluantes et elle sentait sur son visage les marques rouges de sa grasse matinée. Pour ce dernier détail, l'Atllante donna un coup de poing vengeur à l'oreiller. Ce geste complètement absurde eut la bonne heure de calmer sa panique naissante. 

Il avait eu tout loisir de lui parler hier mais il avait préféré la fuite, si ses souvenirs étaient bons, il n'était pas reparu de la soirée, préférant la solitude et la sécurité de sa roulotte à l'ambiance joyeuse de la fête. Aussi, se dit-elle, il pouvait attendre un peu qu'elle soit pour le moins plus présentable. Et s'il venait pour la sermonner de s'être réveillée si tard, il attendrait qu'elle se sente en mesure de l'affronter, dans une tenue acceptable dans laquelle elle ne se sentirait pas gênée.

Un jour il tournait les talons sans plus de cérémonie ni d'explications convaincantes, le lendemain il venait frapper à sa porte et la cherchait. C'était à n'y rien comprendre elle se demanda sérieusement s'il ne souffrait pas d'un tare psychologique. Après réflexion, Kachina se décida quand même à répondre à cet homme dont le comportement soulevait tant de questions. Sa voix calme lui parut en inéquation totale avec les sentiments contradictoires et violents qui s'emparaient d'elle. La petite danseuse loua intérieurement la porte opaque qui la protégeait du regard inquisiteur de l'homme aux cheveux de lune.

Oui je suis là. Je me permets de te demander quelques minutes supplémentaires, le temps que je trouve des vêtements. 

Elle espérait que l'éventualité qu'elle puisse être nue le dissuaderait d'entrer. Le reste fut une course rapide, un contre la montre où elle tentait de se déshabiller, de s'habiller, de mettre de l'ordre dans sa chevelure et de réfléchir à ce que lui voulait l'homme. Quelques minutes plus tard, elle ouvrit enfin la porte de sa modeste mais tellement jolie roulotte. 

Avec quelques pinces, elle avait relevé ses cheveux en un rapide chignon. Donnant l'impression que le décoiffé n'était qu'un effet de style voulu. Elle avait jugé qu'enfiler une robe lui prendrait moins de temps que de se battre avec un pantalon et une chemise. La brunette avait laissé ses pieds nus et n'avait pas pris le temps de mettre l'un ou l'autre bijou pour égayer sa tenue. 

Fidèle à son image insouciante, elle avait ouvert la porte en grand laissant libre cours au visiteur d'assouvir sa curiosité s'il avait d'aventure voulu inspecter l'intérieurs de sa roulotte. Pourtant, contrairement à son habituelle jovialité, Kachina ne sourit pas à l'homme qui se tenait face à elle. La petite danseuse se contenta de le saluer d'un hochement de tête et de le questionner sans plus de cérémonie, affichant une sérénité et un détachement qu'elle était loin d'éprouver. 

En effet, son coeur battait si fort dans sa poitrine qu'elle craignait qu'Ikaar ne l'entende. Toute son énergie était focalisée sur le son de sa voix qu'elle s'ingéniait à ne pas laisser trembler... de rage, de peur, de déception... de toute autre émotion.

Désolée, j'ai suivi ton conseil et il semblerait que j'ai un peu trop profité de cette soirée. Qu'est-ce que je peux faire pour toi?

Encore une fois elle était allée droit au but, tout en simplicité et en franchise. Ne cherchant à se trouver de fausses excuses pour cette matinée passée à dormir tandis que ses désormais compagnons de route s'attelaient aux tâches du départ imminent.
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Re: Au gré du vent.

Message par Mortelune le Jeu 15 Jan - 17:54

Ikaar attendit. Un moment qui lui sembla une éternité. Il était pourtant patient. N'avait-il pas passé une grande partie de son existence à endurer l’éternité infernale ?

Mais au final, l'Enfer lui semblait bien plus supportable. Les dangers, les souffrances, tout était connu et concret. Ici, tout n'était qu'incertitudes face à cette porte désespérément fermée dont il avait eut le loisir de détailler toutes les imperfections et les rainures. Il se languissait de voir enfin cette poignée s'incliner et lui permettre d'entrevoir les traits de l'atlante. A vrai dire, il ne savait pas vraiment pourquoi. Il la pensait fâchée, ou déçue, et il avait raison. Il était donc nécessaire de s’enquérir de son état. Mais là n'était pas l'objet de sa venue, même si l'un n'empêchait pas l'autre. La réponse, succincte et froide se fit enfin entendre et son contenu lui fit passer au travers de l'esprit quelques visions peu chastes du corps dénudé de la danseuse. 

Il chassa rapidement mais non sans mal ces élucubrations en secouant vigoureusement sa tête de gauche à droite. En dépit de cela, ce bref moment lui fit réaliser à quel point il était finalement passé à côté de la beauté manifeste de cette jeune femme depuis son arrivée dans la communauté. Cela lui sautait aux yeux à présent. Et il n'avait fallu que de quelques paroles suggestives pour attiser les flammèches d'un désir charnel. Oh certes, saurait-il se contenir et réprimer ces envies peu avouables, là n'était pas le sujet. Mais toutefois s'en voulait il de manquer de respect à son interlocutrice de la sorte, même si tout cela ne relevait finalement que de quelques pensées fugaces. Et puis au final, quel mal y avait il à apprécier les belles femmes et les désirer un tant soit peu tant qu'en retour on mettait un point d'honneur à se comporter en gentleman respectueux avec elles ? Et puis qu'importe si cela n’était pas dans ses habitudes. Il avait quelques heures plus tôt décidé qu'il se devait de changer. De laisser un peu plus libre cours à l'expression de ses sentiments et ressentis. De mettre un peu en retrait les traditions du Pays du Thé, les bonnes mœurs en vigueur, son code d'honneur. Tout ce qui faisait de lui cet individu dont se dégageait une certaine sévérité froide et peu sujet à l'empathie. Il se disait également que relâcher légèrement la bride de la "bête" serait peut-être un bon moyen de mieux la contrôler en temps utile...

Dans tous les cas cela ne lui ferait pas de mal. Et dans ce contexte peut-être parviendrait-il à ne plus vexer les uns et les autres par ses attitudes imprévisibles.

Enfin la porte qui lui faisait face s'entrouvrit, lentement, comme au ralenti, et devant lui se dessinèrent les courbes gracieuses de cette petite danseuse qui avait fait le siège de son esprit sur la dizaine de minutes qui venaient de s'écouler. Elle se tenait là devant lui, l'air détaché, et apprêtée à la va vite mais non sans un certain charme naturel. Il était évident qu'il venait de la réveiller. Le regard du guerrier, amusé, s'attarda un instant sur les pieds nus de la demoiselle, ces pieds si agiles et véloces qui la portaient souvent lors de ses chorégraphie comme s'ils glissaient avec aisance sur une épaisse couche de glace. Puis son regard remonta de bas en haut pour finir par plonger dans celui de la brune mutine. Ikaar tenta de se contrôler, de paraître moins rigide qu'à son habitude, moins formel et plus décontracté. C'était une épreuve pour lui mais il s'en sortait plutôt bien. Il tenta d'apaiser la situation en souriant à son interlocutrice. Un sourire chaleureux et sincère qui rompait avec l'habituelle mine austère et sérieuse de son instigateur.

-"Ahem, oui bonjour ! Je suis venu voir si tout allait bien pour toi. Si tu étais bien installée dans tes nouveaux quartiers." mentit-il honteusement avant de poursuivre.

-"Un voyage important nous attend sous peu. Il est donc essentiel que je m'assure que tu ne manques de rien. D'ailleurs, il faudra d'ici peu que tu choisisses la bête qui tractera ta roulotte. Elles sont encore dans l'enclos, tu pourras choisir celle que tu veux. Il doit nous rester un âne, un dromadaire, quelques bœufs et chevaux. Ah et puis un pégase également, mais celui-ci a toujours refusé d'être monté ou chargé... Il reste avec nous pour les soins et la nourriture qu'on lui fournit et du coup, fait un peu partie de la famille, mais, au final ne nous sert pas à grand chose..."

Le naturel d'Ikaar revint rapidement au galop et son regard ne tarda pas à redevenir fuyant face au charmant visage de Kachina. Il essaya de donner le change malgré tout. Sa posture, son port droit et son charisme jouaient en sa faveur.

-"Ah et puis le vieux Lø t'a demandé également. Tu le trouveras au cœur de sa tortue de voyage, Lorna. Le camp est déjà presque démonté, nous n'allons plus tarder à mettre les voiles. Mais avant cela, as-tu quelques minutes à m'accorder ?"

Sans attendre de réponse, le guerrier à la toison argentée se faufila avec une élégante souplesse entre l'embrasure de la porte et le corps délicat de l'atlante. Au passage il fit mine de ne pas prêter attention au désordre et aux éléments mettant à mal l'intimité de Kachina.

Il s'installa sur une petite chaise d'osier qui trônait non loin et prit soudain un air grave avant de s'adresser à elle sur un ton sincère et concerné.

-"Kachina, je voulais avant tout faire un point avec toi, en tête à tête. Tu as peut-être été surprise dernièrement par certains de mes agissements. Je ne sais pas vraiment la façon dont tu as perçu les choses, mais je souhaitais mettre certains sujets au clair avec toi. Il y a des choses, que tu ignores et qui justifient mes actes et mes décisions. Tu le sais peut-être déjà ou l'apprendra tôt ou tard puisque tu fais partie des nôtres à présent, mais ma nature profonde m'oblige à une certaine discipline émotionnelle... Je ne sais pas si... hmmm... si c'est à moi de t'en dire plus... Disons que dans le passé cette nature à été à l'origine d'une profonde discorde au sein du Clan. Discorde ayant généré de vives altercations et poussés certains membres à quitter la Caravane de Nulle Part pour former un petit groupe dissident. Ce petit groupe de taille comparable au notre, met à présent en avant des valeurs extrêmement différentes de celles que nous prônons, voire parfois complètement opposées. Au delà de ces aspects, cet antagonisme a, à la longue, établi un passif entre nos deux factions. Passif qui depuis peu, a débouché sur des assauts armés de leur part. Rassures toi, nous sommes toujours parvenu à les repousser. L'idée était plus, je pense, d'impressionner, de dissuader, de forcer le respect et de prendre un ascendant mental sur nous...."

Le démon marqua une pause et son regard habituellement serein brûlait à l'instant d'une sorte de flamme rougeâtre attisée par les braises d'une colère naissante.

-"Toujours est-il que ce fut la mise à nu de mon état profond, de ma nature enfouie, qui provoqua cette discorde. J'espère à présent que tu comprends, un peu mieux, les raisons qui me poussent à contenir au possible mes émotions et donc de dresser volontairement quelques barrières entre moi et le reste des caravaniers. Pour le bien de tous. Et surtout ceux que je considère comme étant les plus vulnérables... Je t'assure que mes intentions sont louables."

Ikaar se pencha alors légèrement en avant puis tendit son bras recouvert de son épais brassard de cuir noir clouté pour saisir la main immaculée de l'atlante. Cette fois la main de l'oriental était plus chaude au contact, plus douce aussi. Il émanait d'elle une sorte d'aura chaleureuse et agréable qui se profila tout le long du bras de la jeune femme.

Puis brusquement, le bretteur se leva d'un bond, scellant le sort de cette parenthèse enchantée emplie de douceur et de réconfort. Il déclara alors.

-"Bien, nous reprendrons cette conversation plus tard. Nous devons nous hâter à présent. Je vais ordonner le départ sous peu, d'ici l' heure prochaine. Ne tarde pas à atteler ta roulotte et soit dans celle de Lø quand le convoi partira. Tu trouveras aisément Lorna je pense. Plus tard dans la journée, avant la tombée de la nuit nous ferons escale aux abords du port d'Iskand, d'où nous prendrons un bac aux aurores qui nous conduira sur l'Océan de Sable vers El Hazeem. Je me doute que présentement des questions t'assaillent. Mais l'heure n'est pas venue pour le moment d'y apporter des réponses. Tout viendra à temps, rassures-toi"
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Re: Au gré du vent.

Message par Assiah le Mar 20 Jan - 22:27

Loin de se douter des pensées qui torturaient le meneur de la caravane, la petite danseuse ne lui accorda qu'un regard qu'elle voulait nonchalant, paradoxal à l'intérêt qu'il avait éveillé en elle. Tandis qu'Ikaar s'évertuait à taire une nature forgée par des années de stricte éducation et de paraître plus amène, la brunette hésitait. Comment devait-elle accueillir ses efforts louables? Ce n'est pas comme ça qu'elle voulait l'apprivoiser. Elle espérait qu'il se sentirait un jour assez en confiance pour abattre son masque de sang-froid, elle voulait le voir éclater de rire, exploser de colère, se dessiner sur ses traits toujours égaux des sentiments vrais, puissants et sans entraves. L'Atlante secoua la tête, navrée pour lui. 

Il dut interpréter son hochement de tête d'une façon ou d'une autre et surtout lire la désapprobation dans ses yeux car, immédiatement, son attitude redevint celle qu'elle lui connaissait. Son regard cherchait à éviter le sien fuyant vers le sol à chaque occasion. Ses gestes se firent plus nerveux et une tension apparut sur ses traits si charmants tandis qu'il parlait plus vite. La petite danseuse ne s'en formalisa pas et un sourire vint même étirer ses lèvres. C'était le premier qu'elle consentait à offrir à son interlocuteur mais il ne lui était pas vraiment destiné. Ses yeux illuminés fixaient un point indéfini alors qu'elle pensait au fabuleux animal dont il lui avait parlé: un pégase. Elle n'avait jamais eu la chance d'en voir un. 

Dès qu'Ikaar eut mentionné le vieux doyen de la caravane, ses yeux se fixèrent à nouveau sur l'homme aux cheveux de lune une fugitive lueur y passa. Enfin, elle allait pouvoir poser à l'étrange vieillard toutes ses questions qui s'entrechoquaient l'une l'autre dans sa tête en une cacophonie inégale. C'était d'ailleurs sans aucun doute pour ça qu'elle sentait un début de migraine commencer à envahir son pauvre cerveau trop sollicité. 

Déjà il était dans sa roulotte. La brune n'avait pas même eu le temps de protester que le guerrier s'était habilement glissé à l'intérieur de son nid, prenant sa forteresse d'assaut sans ménagement. Kachina lui lança un regard courroucé dans lequel on pouvait sans peine lire le reproche et la désapprobation. Ses yeux allaient de cet homme incroyable, dont les réactions la surprenait toujours au désordre ambiant qui régnait chez elle. Il y avait là, étendus sur le sol, des vêtements dont elle aurait préféré qu'il ignore tout. C'était les dessous qu'elle avait gardés de ce jour fatidique où sa vie avait basculé. Des vêtements de dentelle finement ouvragés qui ne manqueraient pas d'interpellé l'homme aux cheveux argentés. Une petite et modeste danseuse perdue n'avait pas vraiment les moyens de se payer une telle lingerie. Mortifiée, Kachina se sentit rougir jusqu'à la racine des cheveux tandis que les yeux du bel homme suivait les siens. D'un geste peu naturel et pas décontracté du tout, elle s'empressa de cacher les preuves de son passé pailleté en dessous de son lit. Elle répondit avec véhémence, comme prise en faute aux propos d'Ikaar oublieuse de l'empathie avec laquelle il lui avait adressé la parole.

Si j'ai bien compris ce que vous me dites, vous avez encore fuit. Plutôt que de faire face à ces émotions qui vous ont envahies et les vaincre, vous les avez atrophiées. Elles reviendront un jour, plus fortes et vous ne saurez même pas comment les combattre à ce moment là tellement vous aurez utilisé votre énergie à les fuir. 

Encore une fois, elle avait parlé vite, sans réfléchir aux conséquences de ce qui sortait de sa bouche. L'Atlante ne voulait pas que l'homme reste là, au milieu de son espace personnel qu'il violait de sa présence. A cause de ça, elle s'était montrée plus hargneuse qu'elle ne l'aurait voulu. Très vite sa colère retomba et son visage n'exprima plus qu'un remord ardent elle se mordit nerveusement la lèvre inférieure en proie à un sentiment de culpabilité justifié.

Je suis désolée, je n'ai pas à vous juger ni à vous dire ce que vous avez à faire ou non. Après tout je ne vous connais pas et je ne sais pas exactement ce qui s'est passé. 

La jeune femme se tordait les mains, pour le coup, ce furent ses yeux qui se firent fuyant tandis qu'elle prononçait ses excuses dans un murmure angoissé. Ce n'était pas sans doute la meilleure solution que de s'aliéner le chef des caravaniers si elle voulait rester parmi les itinérants. Dans le coeur de la petite danseuse grondait la révolution. Il ne lui avait pas échappé son petit commentaire à propos des plus vulnérables. Si l'homme aux cheveux de lune avait pu voir les yeux de la belle danseuse, il y aurait lu une détermination farouche qui supplantait tout autre sentiment tandis qu'elle se jurait de leur prouver à tous qu'elle n'était pas sans défense.

Pourtant tout s'effaça d'un coup. La douceur de son contact, la chaleur de sa peau, la tendresse étrange qui émanait de l'homme lui firent oublier tout le reste. Elle fixait leurs mains enlacées. Emprisonnée dans ce cocon bienveillant, elle ferma les yeux n'osant croire à l'instant qu'il lui offrait. Son esprit se vida de toute animosité à son égard, ne resta plus qu'un doux sentiment qui se diffusait dans tout son être dispensant une chaleur agréable. L'instant ne devait durer quelques secondes et déjà le magicien s'était relevé, brisant la fragile chrysalide qui les enveloppait.

Après qu'il fut parti, il fallut encore quelques secondes à la danseuse pour réaliser son départ et enregistrer les dernières paroles qu'il avait prononcées. Kachina ne résista pas à la tentation d'effleurer sa main de ses lèvres avant que la chaleur ne s'estompe totalement. Puis elle se secoua et sortit définitivement de cette parenthèse de rêve. Le coeur léger, elle semblait flotter à quelques centimètres du sol, la démarche étrange de l'Atlante qu'elle était prenant le dessus et faisant écho à son bien-être.

Ses pas dansants la menèrent d'abord à l'enclos. Là se trouvait le cheval ailé dont Ikaar avait parlé. L'Atlante accrocha le regard du noble animal et avança plus lentement. A quelques centimètres de lui, elle s'arrêta et baissa la tête saluant le magnifique pégase comme elle l'aurait fait pour un roi à la cour de son père. Tandis qu'elle avançait vers lui, elle émettait un son étrange, une sorte de murmure chantant qui ressemblait à une prière. La femme et l'animal restèrent un instant à se contempler, elle toujours chantonnant, lui la tête haute mais ne manifestant aucune animosité à son égard. Puis le pégase eut un mouvement presque imperceptible de la tête, un assentiment qui fit voler sa crinière. Alors la charmeuse approcha lentement sa main et caressa le museau de cheval ailé. Comme elle l'avait fait pour la jument, elle lui demanda son nom et lui donna le sien. Pas le nom que les itinérants lui avaient choisi non, son vrai nom, celui de sa naissance. Elle voulait qu'entre elle et le fabuleux animal il n'y ait aucune barrière et elle lui ouvrit son âme. Bientôt, leurs esprits se mêlèrent étroitement l'un à l'autre et entre-eux se tissa un lien fort et unique. Elle murmura son nom tandis qu'il hennissait le sien leur voix s'égayèrent à l'unisson dans l'air frais de cette fin de matinée.

C'est presque à contre coeur que la petite danseuse avait laissé là son confident à quatre pattes. Son premier réflexe après son entrevue avec Ikaar avait été d'aller trouver Lo mais elle s'était fait violence et avait d'abord préféré aller voir du côté des choses utilitaires avant de s'occuper de ce qui lui tenait vraiment à coeur. Maintenant, la perspective de laisser là le pégase l'attristait plus que de raison. A mesure qu'elle se rapprochait de la tortue géante qui servait de roulotte au vieux sage, la petite danseuse sentit sa curiosité refleurir et son intérêt s'émoustiller. Une appréhension lui tordait les intestins. S'il savait qui elle était... qui était-il? Ami ou ennemi? Elle n'était plus sûre de vouloir le voir, de vouloir savoir. C'est à pas de plus en plus hésitant qu'elle franchit les derniers mètres qui la séparaient encore de Lorna et c'est d'une main tremblante qu'elle frappa trois petits coups sur ce qu'elle pensa être la porte.
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Re: Au gré du vent.

Message par yellowhub le Mer 21 Jan - 23:55

aussi étonnant que ça puisse paraître je suis tj votre histoire et ne suis que tj plus entraîné, excellent boulot
et kachina bonne réaction Wink
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yellowhub
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Re: Au gré du vent.

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