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Au gré du vent.

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Re: Au gré du vent.

Message par Mortelune le Ven 23 Jan - 12:43

Lorsque la petite danseuse arriva à proximité de Lorna, la première chose qui la frappa était la taille de celle-ci. La tortue était grande, certes, imposante également, mais de là à être en mesure de servir de refuge à un individu, il y avait un monde ! Cela semblait impossible à première vue. Mais la nature réservait parfois quelques surprises. Le visage de Lorna, emprunt du flegme naturel qui se dessinait sur ses traits de reptile se tourna vers Kachina alors que celle-ci frappait timidement sur sa carapace. La tortue la regarda longuement, semblant la détailler avant que finalement sa bouche ne s'étire en un large sourire découvrant deux rangées de dents plates et impeccablement blanches.

Un instant après ce petit échange de regards silencieux, un des pentagones qui formaient la carapace du reptile sembla trembler légèrement, puis tel un panneau amovible, ce dernier coulissa lentement sur le côté, ouvrant sur un vide béant et sombre. De cette aspérité jaillit alors un escalier de bois qui se déplia en cascade pour parvenir jusqu'aux pieds de la jeune femme incrédule. Malgré son attention et sa concentration, rien ne semblait se discerner depuis cette sombre caverne, si ce n'est quelques scintillements épisodiques qui donnaient à ce vide, des allures de matière vivante et en mouvement. 

Autour d'elle, il n'y avait personne. Pas un caravanier, pas âme qui vive. Nul individu en mesure de la rassurer, ne serait-ce qu'en lui adressant un signe de tête ou un clin d’œil qui aurait pu l'encourager à franchir le seuil de cet improbable couloir empli de vide.

Elle ne devrait donc compter que sur elle même. Sur son courage en premier lieu. Peut-être sur un brin de curiosité également. 

Enfin quelques bruits rassurants lui laissèrent l'opportunité de s'extirper de son inquiétante contemplation. Yazzren l'elfe noire passait par là. Visiblement agacée. Rien d'inhabituel pourrait-on dire. Les choses n'allaient pas comme elle voulait. Sa roulotte nécessitait quelques coups de marteau et un équilibrage de son essieu avant... Bien évidement ce genre de basses besognes ne relevaient pas de ses attributions et elle cherchait avec insistance le pauvre ère qui s’était vu affublé de cette tâche. 

Lorsque la Drow passa à proximité de Kachina, celle-ci s’arrêta net comme si elle fut étonnée de la voir ici, devant Lorna. L'elfe noire toisa alors la trombine de l'Atlante de ses yeux sévères pareils à des pierres de lave incandescentes qui laissaient paraître une once de jalousie mal dissimulée. Elle semblait en même temps avoir grand mal à contenir son fiel. Face à ce spectacle, il y avait fort à parier qu'il lui avait été gentiment demandé de préserver la danseuse de son tempérament de feu. L'oeuvre d'Ikaar peut-être...

Yazzren parvint finalement à retrouver un semblant de calme, ses traits se firent plus fins et apaisés. Elle s'adressa alors à Kachina d'un ton neutre.

-"Si Lø t'as fait mandé, il serait sage de ne pas le faire attendre. Il fait partie des individus ici qui méritent le respect. Il serait mal venu de ta part de lui faire offense."

Une fois sa phrase achevée, l'impulsive matriarche drow poussa vigoureusement la pauvre petite danseuse en arrière, en direction de la sombre cavité ouverte dans la carapace de Lorna. La pauvre jeune femme, ainsi projetée, se prit les jambes dans le marche-pieds et bascula en arrière avant d'être comme saisie par une force invisible. Comme si le vide l'avait absorbée ou aspirée.

Elle vécue alors l'une des expériences les plus incroyables de son existence. Soudain, son esprit sembla se désolidariser de son enveloppe charnelle. Elle pouvait d'ailleurs s'observer de l’extérieur, flottant dans ce néant distordu avant de s’apercevoir avec horreur que son corps semblait se désagréger. Comme un roche qui se transformerait en sable en quelques secondes, chaque parcelle du corps de la danseuse fut ainsi sublimé en une sorte de poussière luisante qui se laissa ensuite porter au gré des courants qui parcouraient le vide.

Kachina sous cette nouvelle forme, traversa alors une immensité cosmique indescriptible, faite d'étoiles, de courants temporels aux couleurs changeantes, empruntes de rouge flamboyant et d'orange rayonnant, de cascades et de torrents charriant des matières éthérées et brumeuses. Au gré de ce voyage indescriptible, elle put également contempler quelques immenses statues, étonnants monuments de pierres qui la contemplaient depuis leurs hauteurs et qui semblaient figées dans le temps et l'espace. Son esprit accompagna le nuage de poussière qu'était devenu son corps pendant de longues minutes, glissant sur des toboggans translucides qui lui faisaient traverser d'imposantes bâtisses en ruines dont les caractéristiques architecturales lui étaient inconnues.

Il n'y avait aucun bruit dans ce vide sidéral, seuls quelques grondements qui semblaient venir du confins de la terre faisait vrombir l’ouïe de l'atlante en proie à un spectacle simplement ahurissant et sans pareil.

Alors, quand vint le moment ou son esprit commençait à craindre de ne jamais pouvoir regagner son corps et d'être condamner à errer pour l’éternité dans ce monde qui n'existe pas, imperceptiblement, la silhouette de Kachina entama un lent processus de reconstitution.

Lorsqu’enfin le corps de l'atlante fut à nouveau consolidé, celui-ci sembla flotter dans l'air, lentement, telle une plume qui tomberait au ralenti sur un sol de pierre froide. Ses pieds nus touchèrent enfin terre. Un marbre clair et magnifique portait à présent ses pas. Autour d'elle, tout n’était encore qu'un immense vide obscur. Seul le sol, autour d'elle sur un rayon de trois mètres était visible. Tout le reste n'était que néant...

... si l'on exceptait cette petite lueur bleue à l'horizon. Une lueur bleue pour seule guide. Une lueur chaleureuse et rassurante au milieu de cet océan de rien.

Instinctivement Kachina se mit à marcher dans cette direction, puisqu'en définitive c'était bien là la seule chose qu'il lui restait à faire. Comme par magie, chacun de ses pas alors qu'ils ne semblaient destinés à ne rencontrer que le néant, faisait apparaître sous la plante de ses pieds de larges carrés de marbre froid. Elle marcha près de trois minutes ainsi, sur une route de roches flottant sur un lac d'encre sombre et silencieux. 

Arrivée à proximité de la lueur, il s'avéra au final que celle-ci était une porte doté d'une vive aura bleutée. Lorsque Kachina prit la peine de la franchir, elle se trouva alors dans une vaste salle circulaire, bordée de colonnades entre lesquelles avaient été installées des bibliothèques emplies de livres, d'ouvrages, de rouleaux, de grimoires, de cartes et de bien d'autres merveilles encore. Ces étagères étaient simplement gigantesques et si grandes que leur sommet se perdait dans l'obscurité des hauteurs de cette salle aux dimensions démesurées et dont il était impossible de percevoir le plafond.

Au cœur de cette salle se dressaient de nombreux bureaux, établis, scribans, et autres meubles recouverts d'ouvrages, de feuilles griffonnées, d'encriers et de plusieurs sources de lumières telles que des cierges,  lanternes, quelques lampions de papier, ou des bougies...Malgré tout, la source de lumière principale de cette salle étrange se trouvait en son sein. En son exact milieu. Une orbe luminescente géante, de plus de cinq mètres de rayon et dont la surface semblait avoir été décorée de liserés d'or et d'argent. A bien y regarder, les décorations n'étaient pas anodines et leur tracé ne devait rien au fruit du hasard. Un individu un tant soit peu érudit aurait vite reconnu les formes représentant les continents principaux du monde connu.

Soudain, alors que Kachina observait avec attention ce décors surréaliste, une voix se fit entendre... directement dans son esprit.

-"Je vous attendais... Princesse Mac'Danna"

Lø venait de paraître devant elle.
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Re: Au gré du vent.

Message par Assiah le Mer 28 Jan - 18:11

La tortue géante, Kachina se fit la réflexion qu'un tel animal se mariait parfaitement avec l'Ancien de la caravane. Les tortues pouvaient vivre des siècles et on les disait des animaux sages et placides. Des qualificatifs qui collaient aussi au vieux patriarche de la caravane. Sous le regard de Lorna, la brunette se sentait encore plus petite et insignifiante mais le sourire qui étira la bouche de l'ancêtre animal la mit en confiance immédiatement et c'est avec un soulagement manifeste qu'elle lui répondit par une petite courbette tout en finesse.

Kachina fit prudemment quelques pas en arrière comme l'improbable porte s'ouvrait devant ses yeux intrigués. Elle jeta un regard curieux à l'intérieur mais ne vit que des ténèbres profondes. Elle tenta de percer l'obscurité sans succès. 

Plus curieuse que réellement effrayée, l'Atlante se demandait que faire. Pouvait-elle entrer comme ça? L'endroit semblait vide d'occupant et elle refusait de paraître impolie. 

Sans qu'elle s'en rende compte, son corps se raidit à l'approche de la splendide Drow. Il était clair qu'elle n'était pas ravie de la croiser et qu'elle avait le plus grand mal à se montrer courtoise envers elle. Un instant, la jalousie alluma le regard de Yazzren d'une flamme dangereuse et la petite danseuse se demanda ce qui pouvait attiser un tel sentiment chez l'elfe noire. Les deux jeunes femmes se firent face quelques secondes éternelles où aucune des deux ne réagit face à l'autre. Elles contentaient de se regarder l'une de la rage dans le regard, l'autre de la perplexité. 

La poussée de l'elfe à la peau d'ébène n'avait rien de gentil ou de prévenant. Surprise la petite danseuse n'eut pas le temps de trouver son équilibre et tomba littéralement dans le vide. C'était une expérience inédite que de se sentir happée par les ténèbres mais le plus étrange était à venir. La jeune femme se demanda un instant si elle n'avait pas fait une chute fatale quand elle sentit son corps et son esprit se détacher l'un de l'autre. Elle voulut hurler mais aucun son ne sortit de sa bouche sur laquelle elle n'avait plus aucune emprise. Puis la panique gagna encore un intensité quand elle assista au spectacle de son corps qui devenait poussière. Elle était morte, et d'une manière tellement idiote qu'elle avait envie de rire. 

Son fantôme se laissa porté alors que la jeune femme n'avait plus vraiment conscience de ce qui l'entourait. Elle voguait dans une sorte de brouillard émotionnel, trop choquée. Elle vit des merveilles sans vraiment les voir, ses yeux incapables de s'arrêter sur l'un ou l'autre des spectacles qui s'offraient à elle. 

Enfin elle sortit de cette transe dans laquelle elle s'était plongée pour apercevoir au loin son corps qui reprenait un aspect humain. La petite danseuse resta pétrifiée, bouche bée devant ce spectacle étrange. Elle savait que c'était son corps et pourtant il lui était étranger. Kachina ne connaissait pas cette forme qu'il avait prise. 

Les formes étaient toujours féminines, les cheveux étaient une magnifique cascade blonde, légèrement bouclée. La fluidité de l'ensemble lui donnait un aspect irréel, inhumain. Trop parfait, trop lisse, des traits d'une douceur surnaturelle, une beauté envoûtante. Jamais l'Atlante n'aurait pu imaginer d'elle-même un tel corps.

Pourtant, elle avait la certitude que ce corps était le sien. Pas le leurre qui avait toujours fait partie de sa vie mais la jeune femme qu'elle aurait dû être. Heureuse de découvrir ce pan du passé, elle se glissa dans ce corps voluptueux et eut une grande inspiration de bien-être.

Dès qu'elle sentit ses pieds toucher terre, la princesse atlante fixa une lueur bleutée et se dirigea vers cette dernière. Parce qu'elle ne savait où aller sinon dans la direction d'où venait la lumière elle continua sa marche dans le néant des ténèbres, seulement guidée par cette lumière salvatrice.

Après s'être arrêtée quelques minutes devant la porte indécise quant à la conduite à tenir, la jeune femme se décida enfin à franchir le seuil. Ses yeux s'illuminèrent devant les trésors que la pièce dans laquelle elle venait d'entrer. Partout des livres, des objets appartenant au passé exposés à son regard curieux. Elle imaginait les secrets mystiques qu'il devaient recelés. L'Atlante ne savait plus où regarder, tant de merveilles retenaient son attention. La source de la lumière finit de l'émerveiller totalement. Elle tourna autour l'étudiant avec attention esquissant un geste pour la toucher sans jamais l'oser.

La jeune femme sursauta comme la voix envahit son esprit. Avait-elle bien entendu où l'avait-il appelée par son vrai nom? Elle chercha ses mots ne sachant par où commencer.

Je... C'est... Mon corps...Qui... Comment...

Toutes les questions se mêlaient, voulaient sortir en même temps. Elle se donna quelques secondes le temps de remettre ses pensées en ordre et d'éclaircir son esprit avant de refaire une tentative. 

Comment connaissez-vous ce nom? Moi-même je j
l'ignorais encore il y a quelques semaines? Je ne vous ai jamais vu, alors comment? Et qui êtes-vous? Ce corps c'est... moi? La carte que vous m'avez offerte où l'avez-vous eue?  ...

Il l'arrêta d'un geste apaisant l'invitant à prendre place sur une chaise. Il la fixait toujours avec une sorte de sourire dans les yeux mais aussi de la nostalgie et une profonde tristesse. Le poids des années semblait peser sur lui plus encore que d'habitude. La jolie femme qu'elle était devenue se dirigea vers le siège qu'il lui indiquait comme une automate. Kachina s'étonna de la facilité avec laquelle elle se mouvait, c'était comme si elle glissait dans l'air, qu'elle n'avait aucun effort à fournir pour se mouvoir. Elle inspecta son corps avec étonnement puis chercha le regard de Lo en une muette question.
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Re: Au gré du vent.

Message par Mortelune le Jeu 29 Jan - 13:16

Devant le comportement et la rafale de questions posées par la jeune femme l'ancien ne put contenir un rire. En fait de rire, s'il ouvrit bien grand la bouche et si son corps mimait les mouvements spasmodiques caractéristiques de l'hilarité, aucun son ne fut audible. En revanche, l'air sembla vibrer tout autour de lui, ainsi que le sol et les murs tout autour. En réponse à cet étrange manifestation, la vision de la princesse sembla s’altérer, se brouiller à chaque fois qu'une de ces ondes la traversait. Une sensation plus qu'étrange qui s'estompa lorsque le vieux caravanier retrouva son calme.

Les yeux plissés de Lø fixèrent le visage de Kachina derrières ses petites lunettes juchées sur le sommet de sa mâchoire reptilienne. Son attitude flegmatique jurait avec l'impatience et l'agitation dont faisait preuve la danseuse qui ne savait plus par quel bout prendre ses interrogations. Le visage du vieux sage était bienveillant, comme souvent lorsque celui-ci contemplait les traits de l'Atlante. Une fois que cette dernière fut confortablement installée sur la chaise d'un des nombreux bureaux disséminés un peu partout dans la grande salle, Lø s'adressa alors à elle, et entreprit de répondre à ses questions en investissant son esprit.

-"Allons, allons, mon enfant... n'allez pas trop vite. Une réponse après l'autre. Nous avons tout le temps."

Lentement, l'ancien se glissa vers un fauteuil à l'assise confortable et décorée avec gout. 

-"Avant tout, je me dois de vous conter une histoire. Oh rassurez vous, je pense qu'elle attisera votre curiosité et saura vous intéresser... Il était une fois deux peuples. Deux civilisations. Deux espèces qui, au commencement de tout, s'opposaient. La première était empreinte d'un gout prononcé pour les sciences, le progrès, la technologie... Leur avancée et la puissance qui en découlait faisaient loi et référence sur leurs terres. La seconde, en revanche, ne chérissait pas les mêmes desseins. Peuple des abysses, il louait la nature et ses bienfaits, invoquait ses forces, s’imprégnait de son essence. Eux aussi étaient érudits et puissants, mais tiraient leurs forces de sources différentes. Ces deux peuples étaient sages et d'aspiration pacifique si bien que malgré leurs différences manifestes, jamais de guerres ils n'y eut entre eux. Toujours leurs dirigeants s’efforcèrent-ils de maintenir des relations d'entraide et de symbioses vis à vis de leurs voisins.  Rapidement des ambassadeurs furent mêmes nommés et investirent les Conseils et Hauts Comités stratégiques des chacune des deux civilisations. Un parfait exemple de collaboration signe que lorsque la raison prévaut sur la passion, l’intérêt collectif peut se prémunir de l’intérêt individuel et des comportements déviants qu'il engendre bien souvent."

Le vieux reptile prit un moment de pause au cours duquel il sembla réfléchir profondément.

"Ces deux peuples sont le votre et le mien. Les Atlantes et les Myrmidons, aussi appelés Façonneurs de Songes par les votres. La relation fraternelle entre nos deux nations fut définitivement consolidée lorsque nous usâmes de notre maîtrise des éléments terrestres et aquatiques pour protéger votre cité en la repositionnant sous le niveau de la mer puis en la recouvrant d'un bouclier d'eau magique, qui l'abriterait des assauts et la rendrait invisible pour qui n'y est pas le bienvenu. En échange les Atlantes mirent au profit de mon peuple nombre de leurs inventions fantastiques. Vous etes née Atlante, de sang bleu, la Princesse Cynfelyn Mac'Danna. Tel est votre nom et celui par lequel mon peuple vous a toujours connu et les traits que vous affichez à l'instant sont ceux que nous avons toujours pu observer en vous contemplant... vos traits d'Atlante, gracieux et fiers... comme l’étaient vos parents. L'apparence de Kachina, la petite danseuse timide n'a pas lieu d'être ici. Mais avant que je ne vous explique pourquoi, je dois poursuivre mon histoire."

Avant de reprendre Lø mima un raclement de gorge qui provoqua les mêmes vibrations que lorsque, plus tôt, il s’était mis à rire silencieusement. Le sol sembla à nouveau frémir sous les pieds de la jeune femme et l'air vibra encore.

-"Comme bien souvent, le pouvoir et la puissance attira les convoitises. Votre royaume éternel et le mien par association, furent la cible d'assauts dévastateurs d'un ennemi que l'on ne peut vaincre par la seule force. La puissance de l'adversaire, en proie à une rage démesurée et motivé par une jalousie folle, balaya purement et simplement toute trace de l'existence de nos deux civilisations. En une journée seulement, contre toute attente le bouclier d'eau fut brisé et votre cité fut engloutie sous les flots en quelques secondes. En parallèle, les terres de mon peuple furent elles aussi ravagées par les lames de fond violentes liées à l'explosion du bouclier. Comble de l'ironie, c'est ce présent gage de la fraternité entre nos peuples qui fut à l'origine de notre perte. Depuis les lieux sont restés en l’état. Les accès à nos royaumes respectifs sont pour la plupart impraticables ou oubliés et les chances pour que des survivants soient parvenus à subsister malgré tout sont minces voire inexistantes. La suite de l'histoire vous la connaissez, ou la devinez, puisque Keb vous en a narré une grande partie".

Une fois encore, le sage partit en rêverie. Un moment qui sembla si long à Kachina qu'elle put penser que l'ancien s’était endormi face à elle. Mais il n'en était rien. La nostalgie faisait simplement son oeuvre.

-"Vous fûtes sauvée des eaux et investie de pouvoirs précieux offerts par le conseil des cinq sages Atlantes qui vous assistèrent dans votre fuite. Ce que vous ignorez toutefois c'est qu'au sein de ce conseil siégeait un Myrmidon. Le dernier de son espèce. Face à l'ampleur des événements et rongé par la culpabilité d'avoir vu le bouclier d'eau causer la perte de l'Empire Atlante, le sage offrit sa vie en guise de paiement de sa supposée dette et sauva ainsi la votre. De ce geste noble naquit Keb, une entité protectrice n'ayant d'autre vocation que celle de vous protéger et d'intervenir uniquement à cet effet et à point nommé."

L'imposant reptile sourit alors avec bienveillance.

-"Voila ce que j'avais à vous raconter, Princesse. Mais j'imagine que vous vous posez encore mille questions. Vous devez d'ailleurs certainement vous demander ce que je fais devant vous alors qu'il y a un instant je vous narrais la mort du dernier Myrmidon. Il est évident que cela mérite quelques éclaircissements. Hé bien.... je vous vous expliquer. Avant de s'élever, Rahab, car tel était le nom du Dernier, entreprit de léguer l'Héritage Myrmidon à la terre. Pour ce faire il usa d'un pouvoir ancestral propre aux miens et matérialisa le Savoir Universel de notre peuple en une incarnation matérielle..."

Le regard de Lø se fit alors plus incisif et éveillé d'une lueur trahissant une intelligence inouïe.

-"Car là est le pouvoir principal de mon peuple.... Être en mesure de façonner notre pensée, nos idées, nos intentions, nos volontés, nos souvenirs. Ainsi comme je vous l'ai mentionné plus tôt, les Atlantes nous nommaient-ils les Façonneurs de Songes. Ainsi Rahab façonna-t-il le Savoir, la mémoire collective accumulée au fil des siècles par une Nation entière. Puis il s'éteignit, serein, espérant qu'un jour sa création serait en mesure de perpétuer ce Savoir à d’éventuels survivants du cataclysme ou de le transmettre à une autre race méritante. Il donna le nom d'Héritage Myrmidon à sa création. Lørenaï d'Yht Myrmid si l'on prononce comme les miens. Lorsque cette entité se retrouva seule et commença sa quête, elle tomba rapidement nez à nez avec une groupe de voyageurs bienveillants. Plus que des mots, ils échangèrent quelques regards et sourires. Les voyageurs prirent alors soin d'elle et s’assurèrent de sa sécurité chemin faisant en ignorant tout de ses origines et de sa nature réelle. Depuis l'entité ne les quitta plus. Incapable de communiquer de façon classique Lørenaï ne fut en mesure que de prononcer son nom avec peine. De ces efforts, les caravaniers ne retinrent qu'un mot et une prononciation approximative : Lorna."

Le Sage se leva alors et tendit les bras au ciel comme pour attirer l'attention sur l'immensité de la salle dans laquelle la Princesse et lui même se trouvaient.


-"Je pense que les pièces du puzzle sont en train de se mettre en place petit à petit dans votre esprit ? Non ? Bien bien... je vais éclaircir les quelques questionnements qui peuvent subsister. Lorna est l’Héritage Myrmidon... et vous êtes actuellement... dans sa conscience. Cette salle symbolise le Savoir de mon peuple et les livres, parchemins, orbes et autres objets qui s'y trouvent renferment les connaissances acquises par ce dernier depuis sa Création. Le Globe luminescent qui vous fait face, par exemple, représente le monde connu par les miens. Par ailleurs, si cette salle est ce que Nous savons, le néant que vous avez traversé avant d'y pénétrer, ce vide obscur au travers duquel vous avez suivis la lueur bleue est ce que nous ignorons, ce que nous avons oublié, ce que l'on nous cache... Quant à moi, Lø...hé bien moi.. je n'existe pas vraiment. Je ne suis qu'une projection mentale de Lorna. Un avatar dont elle jugeait l'apparence plus apte à interagir au sein de la Caravane, et à raison car c'est en grande partie grâce à cela qu'elle fut acceptée au sein de la confrérie nomade... Pourquoi Diable des humains auraient-ils prit soin d'une tortue géante si un vieil olibrius tel que moi ne les avait pas prié de le faire ??? Toujours est-il qu'au final, je ne suis qu'une simple extension de sa volonté propre."

Un long soupir s’échappa des narines de Lø

-"A présent vous en savez plus. Vous en savez d'ailleurs bien plus sur moi que les autres Caravaniers. Même Ikaar ignore que c'est en vérité à Lorna qu'il doit les cartographies précises et les itinéraires avisés... Je vous serais d'ailleurs reconnaissant de garder ce... petit détail... pour vous, Princesse. Cela n'a pas besoin d'être révélé à l'assemblée pour le moment. Néanmoins je me devais de vous faire part de ces éléments. En effet, Keb n'a pas balisé votre route jusqu'à nous par hasard. Le destin n'a rien à voir avec notre rencontre soyez en sûre. Pour finir de vous répondre, votre apparence ici est donc la véritable car il n'est nul sortilège suffisamment puissant pour tromper le souvenir précis de tout un peuple ! Et quant à la carte que je vous ai offerte, je ne l'ai obtenue nulle part... je n'ai fait que la dessiner..."
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Re: Au gré du vent.

Message par Assiah le Jeu 19 Fév - 22:27

La jeune princesse écoutait fascinée le récit du vieux sage. Des larmes se mirent à couler le long de ses joues sans qu'elle puisse les retenir comme il contait la fin de leur monde, La fin d'une époque bénie où deux peuples avaient réussi le pari insensé de bannir tous les sentiments les plus vils et à créer un semblant de paradis. Elle pleurait sans retenue sur tous ces gens qu'elle avait oubliés, sur ce monde à jamais perdu et sur le sacrifice que ces deux peuples, mais surtout Rahab, avaient consenti pour léguer un rien de leur héritage. Au plus profond de son être, elle voulait ressentir une haine féroce et s'adonner à une vengeance destructrice contre ceux qui l'avait privée de cette vie idyllique. Pourtant,ici, sous cette forme, elle n'arrivait pas à s'avilir de tels sentiments, c'était tout simplement contre sa nature. 

La naissance de Keb fut également une révélation difficile à supporter. La jeune femme pensa à son premier ami avec nostalgie jusqu'à ce qu'une certaine amertume lui étreigne le coeur. Il n'existait pas vraiment en tant qu'être de chair et de sang, comme Lo l'avait expliqué quelques instants plus tôt il n'était qu'une entité destinée à sa protection, ne devait sa vie qu'à cette tâche. Que se passerait-il quand sa mission serait échue? Quand elle ne serait plus en danger? Disparaîtrait-il tout simplement? La douleur se fit plus intense dans son coeur. Ne pouvait-il y avoir de fin totalement heureuse? En ce moment qu'elle n'était pas en danger existait-il quelque part? Elle arrêta là ses interrogations avant qu'elle ne conduisent son esprit dans une folie faite de culpabilité et de déchirement.

L'Atlante resta un long moment assise sans ciller. Elle restait là, prostrée sur sa chaise, sous le choc de toutes ces révélations. Une pensée s'imposa à elle, gonfla encore et encore jusqu'à devenir une obsession entêtante. Elle voulait voir son monde. Même si cela n'était plus que des ruines englouties à des centaines de mètres de profondeurs, même si elle devait passer sa vie à chercher comment y parvenir, elle voulait voir d'où elle venait, voir le monde qui l'avait vu naître. Admirer l'oeuvre de son peuple de ses yeux et pouvoir imaginer la grandeur de leur cité. 

Enfin, elle bougea, la pièce lui semblait trop grande, immense étendue de savoir dont elle n'avait même pas idée. Elle se sentait minuscule, insignifiante et surtout très seule. Elle se consola un peu en pensant que Lo ou devrait-elle plutôt dire Lorna devait se sentir aussi seule et démunie qu'elle-même. Maintenant elle avait quelqu'un qui partageaient son secret et ses origines. Jamais elle ne se sentit aussi proche d'un être qu'à ce moment là. La Princesse Atlante releva la tête un sourire qui se voulait réconfortant et complice éclot lentement sur ses lèvres. Les deux survivants n'avaient pas vraiment besoin de mots en ce moment, leur regard se croisèrent et se comprirent tandis qu'ils partageaient leur peine commune.

Alors toi non plus tu n'es pas vraiment à ta place ici. Je ne sais plus si je m'adresse à Lorna ou au vieux sage des itinérants mais je te supplie de m'aider... j'aimerais voir mon monde, le comprendre, le faire renaître peu importe le temps et l'énergie que ça demandera. Aide-moi à faire revivre leur idéal. 

Elle n'en avait pas conscience mais elle donnait l'image même de la Princesse qu'elle était: la tête haute, elle s'était exprimée avec toute la grâce et la majesté de son rang, sans supplier vraiment mais sans ordonner non plus. Une sorte de prière fervente qu'une souveraine aurait pour sauver son peuple, tout en dignité. L'aura qui entourait la belle Dame invitait au respect. Ses longs cheveux dorés, ses yeux remplis d'espoir et d'amour, sa voix au timbre envoûtant et aux intonations étranges, son accent venu des confins de ses origines, ses gestes emprunts de la grâce indescriptible de son peuple... elle semblait lointaine, intouchable comme une sorte de rêve qui s'évaporerait au moindre geste trop brusque.

Cynfelyn avait volontairement laissé de côté le sujet de Keb, encore trop douloureux dans son coeur. Elle ne se sentait pas la force d'entamer une discussion et de soulever les angoisses qui l'étreignaient à son propos. De plus, elle ne savait depuis combien de temps ils étaient là tous les deux, le récit avait été long, entrecoupé de pauses, de recueillements tacites. Ikaar et les autres caravaniers devaient attendre que sa roulotte soit attelée pour commencer leur long périple à travers les terres désertiques. A moins qu'ils soient déjà partis et qu'elle ne se soit même pas rendue compte d'un mouvement dans cette pièce à l'atmosphère étrange. Soudainement, elle ressentit le besoin de s'isoler, de rester seule avec ses pensées et de faire le point sur toutes les révélations de Lo. La jeune orpheline qu'elle était appelait la solitude comme une vieille amie qui l'accueillerait dans sa chaleur fantomatique. La princesse cependant attendit la réponse de la mémoire collective avec une impatience mêlée d'angoisse pour prendre poliment congé. 

Ne sachant pas vraiment comment trouver la sortie, elle hasarda quelques pas hésitants dans une direction qu'elle jugea être la bonne. A mesure qu'elle avançait ainsi, son corps se modela, la finesse de son visage se burina légèrement, son nez s'allongea quelque peu et ses pommettes se creusèrent tandis que ses yeux et ses cheveux reprenaient leur teinte foncée. Son corps fin à la peau délicate se raffermit et ses muscles se dessinèrent un peu plus. Elle était redevenue Kachina la petite danseuse étourdie et impulsive.
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Re: Au gré du vent.

Message par yellowhub le Lun 23 Fév - 14:15

woaw classe ce développement
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Re: Au gré du vent.

Message par Mortelune le Mar 24 Fév - 18:23

Le visage du vieux Lø, usé par les ans, modela un sourire sur ses lèvres vertes et craquelées. Il n’était peut-être qu'une idée, qu'une projection mentale, que la matérialisation conceptuelle du savoir d'un peuple, mais de ce peuple il avait aussi hérité les traits comportementaux. Tout en lui véhiculait l'empathie, l’écoute, une certaine idée de la considération. Il avait ce petit supplément d'âme qui rassurait, réconfortait ceux qui bénéficiait de son aura apaisante et pourtant insaisissable.

Le sage ne parla pas pendant un long moment, laissant l'esprit de la belle Cynfelyn libre de plonger à nouveau dans les souvenirs qu'il venait de faire resurgir en elle. Sobrement, il l'observa alors qu'elle se perdait dans les méandres de sa pensée, enchevêtrement d'images et de questions duquel il était si difficile de s'extraire. Il la trouva belle en cet instant, selon ses critères, et elle semblait depuis son arrivée en ce lieu imaginé qu'elle avait retrouvé ses traits nobles et la diction associée, cette indéfinissable posture qui fait que l'on vous remarque, ou que vous soyez, quoi que vous fassiez. Elle possédait ce charisme que certains pourraient à tort prendre pour du dédain et qui la faisait rayonner en permanence. Ainsi son sang avait-il vite repris la teinte bleutée due à son rang.

Lorsqu'il la sentie enfin un peu plus réceptive, et aussi, lorsqu'elle eut enfin finit de s'adresser à lui, le Myrmidon répondit.

-"Vous vous trompez, Princesse, ma place est plus que jamais ici, puisque je suis à vos côtés. Bien sûr je suis loin de mon foyer, mais tel est le fardeau que je me dois de porter afin que ne s'éteigne pas l'espoir qu'un jour les nôtres renaissent d'une façon ou d'une autre. Mon existence n'à d'autre sens, d'autre vocation que celles-ci. Il serait illusoire de penser que tout se fera naturellement. Nous avons un rôle à jouer. Et céder à la colère ou aux regrets n'aidera en rien nos desseins communs."

La main de Lø serrait doucement celle de la Princesse Atlante.

"Mais nous aurons tout le temps de parler de ça en temps utile. A présent il vous faut retourner à la réalité. Un voyage important se prépare. Plus important qu'il pourrait vous paraître à première vue. Nous nous apprêtons un vivre un tournant de nos vies sous peu. Votre destin est désormais intimement lié à celui de le Caravane de Nulle Part. Sa prochaine destination, El Hazeem, perdue au milieu l'Océan de Sable est une cité mystérieuse, emplie d'histoire, à l'intersection d'importantes lignes de flux magiques, ancien domicile d'une famille de Dragons de Bronze. Cette ville est vaste, dangereuse et sauvage, merveilleuse et envoûtante. Ikaar vous servira de guide dans ce dédale bouillonnant. Il est digne de confiance malgré ses origines. Lui aussi s'apprête à vivre des moments cruciaux là bas."

Restant volontairement énigmatique, le vieux sage se fit un instant silencieux, puis alors que Cynfelyn s’apprêtait à quitter les lieux et redevenir Kachina, il la retint une dernière fois, en douceur.

D'un geste aérien du bras il fit volter jusqu'à sa main une sorte de boite luminescente qui flottait entre deux airs. L'objet était carré et tenait aisément au creux de deux mains du Myrmidon. A bien y regarder, une sorte d'aura jaune l'entourait, comme un halo de soleil bienfaisant. Avec précaution, Lø entrouvrit le couvercle de ce mystérieux contenant, mais avant de finaliser son geste, il adressa une dernière phrase à sa protagoniste attentive.

-"Les désirs d'une Princesse sont des ordres, je vous conduis présentement à Altantis, telle qu'elle fut autrefois et telle qu'elle est aujourd’hui".

La boite s'ouvrit, de cet écrin surgit alors une danseuse miniature qui se mit à tourner sur elle même. Il s'agissait d'une boite à musique. Celle-ci joua alors une mélodie qui sembla résonner tout autour et frappa violemment les tympans de l'Atlante qui fut alors projetée au cœur d'un rêve éveillé. Son esprit fut envahit d'images aussi distinctes que fugaces, présentant une ville merveilleuse, à l'architecture imposante, des ruelles animées, des marchés colorés, de nobles battisses, des lieux de vie, des jardins verdoyants, des édifices monumentaux.










Tout était simplement magnifique, un avant gout de paradis depuis lequel l'harmonie semblait omniprésente. L'atlante, pu même percevoir dans ces souvenirs plus vrais que nature, quelques sons, des rires d'enfants principalement, quelques conversation animées et de mélodieuses musiques étrangement familières joués par des instruments inconnus. Son odorat fut aussi titillé par des senteurs gourmandes venant des étals des marchands, le fumet du poisson séché et puis cette iode, acide et entêtante que transportait l'air marin. Puis plus avant, les visions se firent plus sombres, moins rassurantes. Une atmosphère lourde et pesante, de l’électricité dans l'air à l'approche d'une vague gigantesque qui fit tomber la nuit en plein jour.








Enfin plus un son, plus un bruit, le silence assourdissant des fonds marins, bercé par les courants et les bulles d'airs qui remontaient inlassablement à la surface.




La musique qui s’évadait de la boite tenue par Lø cessa soudainement. Alors la silhouette du sage sembla se flouter comme si, lui aussi, s'était perdu au milieu des flots. La vision de Kachina finit par se brouiller totalement jusqu'à céder place à un noir total et absolu.

Étourdie, désorientée, la jeune femme retrouva péniblement la vue et ne mit que peu de temps à comprendre où elle se trouvait. Lorna lui faisait face, silencieuse et souriante, mâchant une grosse quantité d'herbes grasses et de feuillages bruns. Dans la tête de la danseuse, tout ce qu'elle venait de vivre était encore bien vivace mais tellement confus, comme lorsque après un rêve, l'on s'extrait d'un sommeil profond. Seul témoin de ce songe, une petite boite à musique, à présent inerte, entre ses mains.

La Caravane s’apprêtait à partir, déjà quelques roulottes s'engageaient sur un chemin caillouteux et irrégulier. 

Il ne fallait plus tarder.
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Re: Au gré du vent.

Message par Assiah le Jeu 19 Mar - 20:38

Princesse, elle avait entendu ce mot des milliers de fois, des millions même, pourtant, jamais ce simple mot ne ne lui avait témoigné tant de respect et de sollicitude. La jeune femme remercia le vieux sage, reconnaissante envers ses ancêtres qui avaient su trouver en sa personne un guide, un conseiller et un confident mais aussi un protecteur. 

Les paroles du détenteur de la mémoire de leur peuple laissèrent la belle Atlante perplexe. Pourquoi mêlait-il Ikaar à toute cette histoire? Quelle était cette nature malgré laquelle le jeune chef des caravaniers était digne de confiance. Que recelait donc comme secret cet homme entouré d'un mystère de plus en plus opaque. Sans parler de la cité où ils allaient se rendre, Cynfelyn n'avait jamais franchi la muraille de la forêt avant de rejoindre le groupe des itinérants et elle ne connaissait du vaste monde que ce qu'elle avait pu en lire dans la bibliothèque de son ancien fief ou des troubadours qui égayaient de temps en temps les repas des nobles.

Voilà que son esprit s'évadait à nouveau sur ce qui avait été. Elle essaya tant bien que mal de se rappeler si elle avait entendu parler d'El Hazeem. La noble dame se rappelait vaguement d'une cité perdue dans les confins d'un désert torride dont la traversée était longue et harassante. 

Cette musique... elle la connaissait, une mélopée familière, une rengaine qui tournait dans sa tête encore et encore. C'était un bruit de fond lancinant qui accompagnait chacune des musiques sur lesquelles elle dansait. A peine perceptible mais qu'elle percevait comme un souvenir enfoui. Aujourd'hui elle avait pris pleinement possession de la pièce. Entraînée par les notes qui s'effilochaient sourdement, la jeune Atlante bascula dans la vision de son monde. Des images se superposaient les unes aux autres à une vitesse folle. Elle n'avait pas le temps d'en apprécier les détails que déjà c'était une autre scène, un autre endroit qui se matérialisait sous ses yeux ébahis. 

Bientôt, elle put goûter à ses origines de tous ses sens, des effluves parvinrent à ses narines frémissantes, des rires émergèrent de la musique qui s'était faite moins assourdissante et elle aurait jurer marcher à travers les ruelles de cette ville à la beauté inégalée. La prestance des bâtiments, la magnificence de l'architecture, elle s'extasiait devant cette vision d'un paradis perdu. Des souvenirs fugaces se mêlèrent aux images, elle ne se rappelait pas avoir vu toutes ces choses et pourtant elle connaissait le chemin. Portée par ce sentiment étrange, elle déambula dans les rues au rythme de ces visions trop éphémères. 

Le rêve devait prendre fin de la façon la plus terrible qui soit. son visage se figea en un cri d'horreur comme la vague déferlait sur ce monde merveilleux pour tout engloutir dans son énorme bouche grande ouverte. Le silence qui suivit se fit plus lourd encore et la jeune femme ferma les yeux avec force pour échapper vainement au désastre. 

Tout devint noir autour d'elle, Elle ne pouvait dire si c'était ses mains qui avait occulté ainsi la lumière en geste désespéré pour ce prémunir de cette terrible vision ou si effectivement le noir avait envahi la pièce comme elle repartait vers l'air frais d'une matinée bien avancée. Quand elle ouvrit les yeux, elle était de nouveau Kachina, la petite danseuse de la caravane.

Elle tenta de se mettre péniblement debout mais ses jambes se révélèrent incapables de la porter et elle tomba à genoux. Hébétée elle mit un temps certain à revenir à la réalité. C'était comme si la vague l'avait emportée avec elle dans les abysses insondables de l'océan sans fond. Elle eut même l'impression de suffoquer un instant. Elle cligna plusieurs fois des yeux avant de s'habituer à la lumière et de reconnaître la tortue qui lui souriait placidement comme pour lui signifier que ce n'était rien, que tout irait bien maintenant. La brunette baissa alors les yeux sur ses mains et s'aperçut qu'elle serrait convulsivement la surprenante petite boîte à musique. 

Kachina s'ébroua et s'obligea à se relever. Cette fois ses jambes ne flanchèrent pas et la jeune femme put se redresser sans trop de problème. Elle n'arrivait pas à remettre de l'ordre dans ses pensées. L'insouciance de la danseuse lui fut salutaire car une pensée se faisait plus omniprésente que les autres, un sentiment supplantait tout le reste, l'impatience. L'impulsive brunette avait hâte de partir sur les chemins, de découvrir le monde, la cité du désert et ainsi de remonter le temps à la recherche des réponses de son passé. 

Dans cet état d'esprit, Kachina courut à sa roulotte pour s'atteler aux tout derniers préparatifs. Elle eut l'agréable surprise d'y retrouver le splendide cheval ailé qui l'attendait devant la petite roulotte. Toute joie retrouvée, elle s'approcha du fabuleux animal lui communiquant son enthousiasme et ses craintes. 

Je te suis infiniment reconnaissante de bien vouloir m'escorter de la sorte tout au long de ce périple. J'ai hâte de voir le monde... s'il devait y avoir le moindre désagrément j'en suis désolée d'avance mon ami. J'espère que cette longue route renforcera les liens qui commencent à se tisser entre nous. 

Elle murmurait ainsi à l'oreille de son nouvel ami équidé qui se laissait cajoler de bonne grâce. 

Bon hé bien je crois que nous sommes prêts à suivre notre chef intrépide par delà les monts jusqu'à notre mystérieuse destination.

Le cheval ailé caracola joyeusement lui aussi était pressé de reprendre la route. Il trouvait que cette escale était devenue bien longue et avait hâte de retrouver les grands chemins et l'infini de l'horizon. Même s'il ne pourrait plus galoper librement tantôt devant, tantôt derrière, il était heureux de repartir. La petite roulotte s'ébranla doucement, tirée par le pégase. La jeune femme marcha un peu à côté de lui profitant de ce moment pour essayer de retrouver l'ordre des souvenirs diffus de ce qu'elle avait appris chez Lo. Son regard s'attarda sur la tortue comme elle fouillait sa mémoire absorbée par ses pensées. Elle avait laissé son esprit ouvert à celui de son noble destrier pour que celui-ci puisse prendre part à sa réflexion, heureuse de lui montrer sa confiance et de lui ouvrir sa conscience. La jeune femme sentit encore la force de ce lien qui s'était révélé à leur première rencontre et son confident hennit doucement.
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Re: Au gré du vent.

Message par Mortelune le Lun 23 Mar - 16:05

Enfin le convoi entama son périple et avec lui naquit son lot de grincements, de tintements et autres bruits propres aux véhicules  qui le composaient. Les roues de la petite caravane de Kachina étaient neuves et aussi silencieuses qu'un prédateur en embuscade, si bien qu'elles semblaient presque glisser sur le sentier sinueux, fait d'herbes et de terre sèche qui serpentait au milieu de la dense forêt qui avait abrité les voyageurs pour la nuit.

Si la roulotte de la petite danseuse était pimpante, c'était loin d'être le cas de la plupart des autres, dont les roues de certaines semblaient gémir au commencement de ce nouveau voyage. Celles de Krabulg en étaient le parfait exemple, et il s’arrêta même quelques minutes pour remédier à cette horripilante complainte. Sa caravane était, comme pour les autres nomades, à son image. Construite dans un bois robuste et sombre, elle alliait savamment une efficace sobriété et l'idée d'un certain confort. Les parois de l'habitation mobile était recouvertes de paniers d'osier, de quelques cannes à pêche et harpons ainsi que de nombreuses peaux de gibiers fraîchement tannées. Il y avait également à portée de vue de l'observateur, empilés sur le toit, un sacré attirail de pièges divers, à ours, à loup la plupart métalliques mais aussi quelques collets, pièges à filet et d'autres plus complexes nés de l'esprit du rôdeur. Ailleurs, des morceaux de viandes et autres saucissons confectionnés par l'Orc pendaient en dégageant un fumet plutôt agréable. Ce qui ne manquait pas d'attirer quelques oiseaux gourmands et aussi quelques renards chapardeurs que le vieux chasseur s'empressait alors de faire fuir en maugréant. 

Le soleil était haut dans le ciel lorsque la file indienne des roulottes parvint enfin à s'extraire de sa sylvestre prison. Une lumière vive inonda alors les pupilles des caravaniers qui en avaient jusque là été préservés par la clémente canopée. L'air était chaud et plutôt sec mais une fraîche et légère brise rendait ce début trajet extrêmement agréable. Tout le monde semblait de bonne humeur. Le chassé-croisé des roulottes qui se dépassaient et doublaient sans cesse au gré des pauses et des accélérations des unes et des autres avaient instauré une sorte de petite compétition au sein de la communauté. Bien évidement tout cela était bon enfant et donnait souvent lieu à un clin d’œil complice ou un pied-de-nez moqueur.

Ainsi chacun allait à son rythme. Libre au caravanier de prendre le temps de reposer sa bête s'il le jugeait utile. Il n'était donc pas rare de voir l'un d'eux s’arrêter une dizaine de minutes avant de reprendre sa route de plus belle. De ce fait, il pouvait y avoir une certaine distance entre la tête du convoi et sa queue, allant parfois jusqu'à plus d'un kilomètre. Mais cela était admis et n'engendrait, que peu de risque, surtout dans une contrée comme celle qu'ils traversaient actuellement. Il en aurait été autrement dans des pays plus reculés ou connus pour leur dangerosité. A mesure que les heures défilaient et que les places des roulottes dans le convois s’échangeaient, Kachina eut tout le loisir de les détailler et de constater à quel point chacune pouvait être à l'image de son propriétaire.

Elle partagea un long moment aux côtés de Shana et de son magnifique atelier d'apothicaire mobile. Prêtresse Ytéo de son état, les flancs de sa roulotte étaient bardés de caisses emplies de ses herbes curatives les moins vulnérables aux variations climatiques. La partie supérieure de sa roulotte avait été aménagée en une sorte de jardin à ciel ouvert sur lequel elle cultivait les plantes nécessaires à ses décoctions. Les enseignements et la magie d'Osmeth, la Graine de Sylvareth, lui étaient particulièrement utiles et profitables. Il y avait fort à parier que Shana gardait précieusement ses biens les plus rares au cœur de son abris, de mêmes que ses fragiles fioles d'onguents, et ses précieux grimoires de prières de soin et bénédictions contre le mal. La soigneuse se révéla être de fort agréable compagnie et les quelques heures passées à ses côtés permirent à la petite atlante d'en apprendre plus sur cette discrète et douce femme féline. 

En milieu d'après midi, la Caravane stoppa son élan suite aux instructions d'Ikaar. Le temps était venu d'imposer une halte commune et non négociable. Ce moment était dévolu aux soins des bêtes et à la préparation des frugaux repas qu'avaleraient sur le pouce, les caravaniers. Ici pas de repas pris en commun. On cherchait à optimiser les temps d'arrêt pour ne pas faire chuter la moyenne de progression et puis, même si le secteur n'était pas hostile, il valait mieux éviter de s'exposer trop longtemps au même endroit. L'immobilisme faisait de chaque proie potentielle une cible facile.

Kachina put percevoir lors de cette première halte au cours de ce qui s'avérait être, en définitive, son premier long et vrai voyage, que la vie de Caravaniers était loin de ressembler en permanence à ce qu'elle avait vécu la veille au soir. Les moments de joie et de convivialité en réunion étaient en réalité assez rares et il fallait donc, dans cette mesure, les apprécier à leur juste valeur. Le reste du temps, les voyageurs étaient seuls, avec leur conscience, perdus dans des états presque contemplatifs...

Alors que durant l’arrêt chacun était affairé, la petite danseuse en pleine préparation de son repas était observée avec un œil amusé par Nakoth, le démon gourmet qui se curait les dents de ses ongles effilés, affalé confortablement dans l'épais matelas d'herbes qui s'étalait aux pieds de sa roulotte. Lui avait depuis longtemps fini de manger et c’était loin d'être étonnant, tant il se montrait inspiré et efficace dans ce domaine. En réalité, sa roulotte ressemblait plus à un restaurant mobile qu'à une caravane conventionnelle. D'ailleurs, il se dégageait en permanence d'elle une odeur agréable de nourriture et d'épices aromatiques. Voyant la peine qu'avait la princesse incognito à préparer un repas digne de ce nom, le gentil cuistot ne tarda pas à lui venir en aide et ne lui laissa pas le temps de s'échiner en vain. Ses conseils, et les quelques ingrédients rajoutés à la va vite transformèrent sans mal le fiasco annoncé en un plat pas loin d'être succulent... Ce petit moment de cuisine à quatre mains permit en outre, aux deux protagonistes d’échanger un peu plus avant, eux qui n'avaient eu finalement que peu d'occasions de discuter jusqu'à lors.

Ikaar sonna le départ alors que Kachina finissait tout juste les mets concoctés par le démon qui prit  congés d'elle et se laissa dériver vers la queue du convoi.

Kachina progressa alors jusqu'à la tombée de la nuit à proximité de Roi Izmir et de sa magnifique caravane qui semblait avoir été conçue pour assurer le siège d'une forteresse. La roulotte était une véritable place forte recouverte de plaques d'acier cloutées et fixées dans le bois de fer qui constituaient son véhicule. De petites meurtrières avaient été dessinées dans les parois de façon à pouvoir observer l’extérieur dans pour autant se rendre vulnérable. Chacune des surfaces de métal avaient été peintes d'or et d'azur et gravées de fins symboles qui rappelaient les armoiries défendues par Roi Izmir. La roulotte inspirait la solidité, l'idée d'une certaine noblesse, et dégageait une force tranquille qui avait une vertu rassurante et protectrice pour quiconque s'en trouvait proche. A l'image donc du suzerain qui en était propriétaire. Roi Izmir parlait peu, mais souvent avec sagesse et détachement. Il n'y avait que lorsqu'il évoquait son pays natal qu'il se laissait aller à quelques anecdotes amusantes ou quelques contes folkloriques émouvants. Ce sont ces derniers qu'il évoqua en la présence de Kachina alors que les caravaniers allumaient tour à tour, les lampions qui se balançaient aux quatre coins de leurs roulottes et donnaient au convoi des allures de défilé de lucioles rougeâtres.

Une petite heure passée minuit, Ikaar décida la halte pour la nuit, à la faveur d'un flanc de colline à l'abris du vent et suffisamment à l'écart de la route pour éviter les regards. L'endroit avait été découvert une petite demi-heure plus tôt par Myal, leur éclaireuse de poche qui, à son retour, s’était empressée de regagner son logis, une large besace d'herbes tressées qui avait été fixée sur l'un des flancs de la roulotte d'Oz', elle même recouverte d'un épais rideau de lierre parsemé de grosses fleures d'un éclatant vert émeraude. C'était de loin l'une des plus belles roulotte de la Caravane, décorée avec soin et sobriété. Le tissage floral était visiblement un art dans lequel Osmeth excellait si bien qu'il semblait que sa caravane n’était rien d'autre qu'un enchevêtrement élégant de végétaux divers renforcés par endroits de tuteurs en bambou et de quelques roseaux de marais. 

L'elfe sauvage avait souhaité partager son repas nocturne avec Kachina. Elle avait apporté avec elle quelques galettes de blé dur, des roulés de soja, quelques fleurs comestibles et un gâteau d'algues vertes. Au vue de ce menu, il ne faisait plus aucun mystère quant à la façon dont l’elfe affichait en permanence une ventre si plat et une taille si frêle. Avec un régime si pauvre en graisse, cela n'était pas compliqué. Encore fallait-il être en mesure d'apprécier les repas sans saveur...

Oz' sembla vraiment apprécier la compagnie de l'Atlante et resta jusque tard dans la nuit à débattre avec elle de tout et de rien. Les deux femmes abordèrent des sujets aussi variés que le jardinage, leurs montures, les Elfes Sauvages, la meilleure façon de cuisiner le tofu et, l'alcool aidant, les Hommes et leurs défauts... Le son de la voie de l'elfe était une véritable mélopée et son accent Sylvanien, semblable à un gazouillis d'oiseau ne gâchait rien à cette agréable mélodie de mots. Sa pratique du langage commun était encore loin d'être parfaite et son petit nez mutin se retroussait à chacune de ses erreurs de syntaxe ou de ses difficultés de prononciation ce qui la rendait extrêmement touchante pour qui la connaissait un peu.

Puis, alors que la Graine quitta la compagnie de Kachina, Ikaar passa, en coup de vent, pour inviter chaque caravanier à rejoindre sa couche et s'assurer qu'aucun d'entre eux ne manque de quoi que ce soit. Il insista sur la nécessité de profiter de cette nuit de repos, non certain de pouvoir offrir lors des prochaines, un confort équivalent. Il indiqua pour finir que la caravane arriverait sous peu à proximité du désert qui renfermait l'Océan de Sable. Déjà ici, le paysage avait changé, la végétation se faisait plus rare et éparse. La terre était le plus souvent stérile à présent et le vent plus chaud et entêtant aussi. Cela avait échappé à la danseuse tant elle avait été absorbée par la présence des caravaniers qui s'étaient succédé auprès d'elle et des discussions qu'elle avait engagées avec eux. Après quoi le charismatique et mystérieux guerrier s’effaça dans l'ombre en direction de la prochaine roulotte, laissant l'Atlante seule avec ses pensées.
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Re: Au gré du vent.

Message par Assiah le Mer 25 Mar - 22:04

Les leaders se succédaient au gré de la course qui s'était engagée entre les caravaniers, chacun prenait plaisir à participer à cette joute amicale. Tantôt en tête, tantôt en queue du peloton, les coureurs se succédaient au gré de leurs envies, stimulant leur monture ou au contraire ralentissant le pas pour se laisser dépasser et recommencer ce jeu inlassable de course-poursuite. Le voyage avait repris et il semblait que chacun était finalement heureux de reprendre la route. Après il restait une bande de nomades amoureux de l'horizon et des merveilles qu'il pouvait cacher.

La petite danseuse ne fut pas en reste, elle riait aux éclats et prenait part à la bonne humeur générale. Elle se sentait de plus en plus à sa place au milieu de cette grande famille. Kachina profita de cette première journée pour voyager d'abord aux côtés de Shanna. La brunette se montra très intéressée par l'apprentissage du nom des plantes et leur vertu. Elle posait des tonnes de questions pour satisfaire sa soif d'en apprendre plus et se révéla une élève assez douée. Le lien qu'elle entretenait avec les plantes se révéla d'ailleurs fort utile lors de cette petite leçon auprès de la Ytéo. Si elle ne se révéla pas beaucoup, l'Atlante écouta avec ravissement la prêtresse parler de son pays natal, des us et coutumes de son peuples... 

Alors qu'elle s'inquiétait de l'aspect de son futur repas et à fortiori du goût que pourrait avoir un si étrange plat, le démon gourmet lui apporta une aide salutaire. Tous deux passèrent un agréable moment et il lui donna quelques astuces pour une cuisine simple et facile. Ils rirent souvent des bévues de l'apprentie mais au final, grâce aux conseils du démon, le repas se révéla bien meilleur que ce qu'elle avait craint. 

Bercée par la voix du noble Izmir et de ces récits fantastiques, Kachina ne vit pas l'après-midi passé et fut surprise de voir le soleil se coucher plus vite qu'elle ne l'aurait crû. L'allure que prit alors la longue file de caravane l'émerveilla. Avec ces lampes qui ballottaient doucement au gré des cahots et les enveloppaient d'une douce lumière, la caravane avait pris des allures de guirlande étincelante. Le spectacle apaisait la jeune femme qui pensa alors qu'il faudrait longtemps avant qu'elle ne se lasse d'observer le jeu de la lumière qui dessinait des ombres étranges sur les parois des roulottes. 

Le moment le plus agréable de cette journée fut sans nul doute le reste de la soirée qu'elle passa en compagnie d'Oz", entre les deux femmes, les discussions se succédèrent et Kachina se sentit tout de suite proche de l'Elfe sauvage et bientôt elles discutèrent comme deux amies de longues dates, oublieuses de leur différence, se contentant de la beauté de l'instant où elle partageait leur connaissance mais aussi leur point de vue et leur goût. La petite danseuse tomba sous le charme de l'accent de la Graine, elle osa même lui demander de dire quelques mots dans sa langue natale qu'elle essaya par la suite de reproduire. Ce qui donna lieu à une séance de fous rires dont elles eurent du mal à se libérer. C'est fatiguée mais le coeur gonflé d'un espoir nouveau que la petite danseuse regarda la silhouette de l'elfe disparaître dans la nuit. 

La visite d'Ikaar sonna le glas de cette merveilleuse journée. Kachina l'accueillit avec un sourire presque béat l'esprit encore perdu dans ces souvenirs heureux qui l'habitaient. Il ne réussit pas vraiment à brider son enthousiasme  et elle n'écouta ses conseils que d'une oreille distraite se contentant de lui répondre par des hochements de tête de ci de là ou par quelques onomatopées. Elle ne l'avait presque pas vu durant cette première journée de voyage et le voir ainsi devant elle toujours aussi stricte, aussi... rationnel, lui rappelait la dernière "discussion" qu'elle avait eue avec Djez'. La vampire nourrissait-elle pour le guerrier à la crinière argentée des sentiments bien plus forts que ce jeu de séduction qu'elle affichait en permanence avec lui? Etait-ce la seule solution qu'elle avait trouvée pour pouvoir l'approcher? 

 La jeune femme attendit patiemment qu'il eut finit son petit discours que son rôle de chef lui imposait de déclamer pour lui murmurer un au revoir peu convaincu et le suivre du regard tandis que l'obscurité le lui volait. Elle attendit de ne plus rien distinguer d'autre que la noirceur de la nuit pour refermer sa porte,  ôter ses vêtements et se glisser sous son édredon. La dernière pensée qu'elle eut avant de sombrer dans un sommeil profond fut qu'elle devrait à son tour offrir un petit présent à chaque membre de la caravane, ne serait-ce que pour les remercier comme il se devait. Elle en était à se demander quel cadeau pourrait bien plaire à un tel ou un tel quand elle s'endormit au milieu des ses réflexions.
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Re: Au gré du vent.

Message par Mortelune le Jeu 26 Mar - 15:51

Les nuits étaient toujours particulières lorsque l'on dormait seul, au milieu de nulle part, protégé simplement par les minces cloisons de son gîte mobile. Les silences étaient angoissants, mais peut-être pas autant que les bruits dont on ignorait l'origine.

Était-ce un hululement de chouette ou le signal d'un bandit ordonnant l'assaut ? Était-ce un animal qui flânait dans l'herbe non loin ou le bruit des pas d'un inconnu ? Était-ce le murmure du vent ou les bribes d'une conversation sous cape ?

Comme souvent, la peur était engendrée par l'incertitude, la méconnaissance, l’ignorance. Ne pas savoir était angoissant et permettait tous les fantasmes.

Lorsque l'on était peu habitué à ce genre de situation, il était souvent compliqué de trouver le sommeil, les premiers temps.

Cette nuit il ne se passa rien de particulier. Dans tous les cas, des tours de gardes étaient assurés en permanence par binômes. C’était la Marionnette et Krabulg qui avaient pris le premier quart, suivis du duo improbable Yazzren et Izmir. Le Soyeux et Lune les avaient relevés avant qu'Ikaar et Oz' ne viennent à bout de la nuit. En règle générale, les mêmes personnes étaient sollicitées pour cette tâche relativement ingrate mais tellement essentielle. Il s'agissait de ceux dont le talent au combat n'était plus à prouver et qui sauraient réagir de la façon adéquate en cas d'attaque sur le camp. Cet état de fait n'était contestable par personne et chacun s'en accommodait, même le petit Liham, qui brûlait de pouvoir effectuer son premier tour de garde s’était fait une raison.

Au premières lueurs de l'aube, c'est Osmeth, l'elfe sauvage qui passa de roulotte en roulotte pour sonner le réveil. Accompagnée de Nakoth qui traînait derrière lui une grosse marmite emplie d'eau bouillante, elle servait à chacun un grand bol de tisane accompagné d'une tranche de pain de seigle. Frugal, mais délicieux.

L'air était humide, malgré la désertification progressive du paysage. La nuit avait d'ailleurs été extrêmement froide. A l'horizon, face à l'immobile convoi, se levait un soleil rosé qui inondait la plaine devant eux à perte de vue. L'ocre brut de la terre se mêlait au bleu azur d'un ciel sans nuage. Chacun appréciait ce petit moment de calme en admirant les couleurs que Mère Nature donnait à son tableau magnifique. Petit moment aussi rare qu’éphémère. Aussi anodin qu'essentiel.

La suite du voyage se fit sans heurt majeur hormis quelques raids de hyènes plus téméraires que leurs consœurs. Les journées suivantes se firent plus chaudes à mesure que le convois de roulotte pénétrait plus avant dans le désert. Les nuits, quant à elles, étaient glaciales. Le paysage devint plus stérile, mais pas moins beau. Lunaire, intemporel, magistral. Une dune après l'autre, après l'autre, après l'autre... 





Le vent soufflait fort et avec lui le sable qui s’immisçait partout, malgré toutes protections du monde. Dans les cheveux, sous les ongles, dans les yeux, sous les vêtements, il s'invitait dans tous les endroits qui lui étaient accessibles et de préférences, là ou il était le plus gênant... jusque dans les couches des caravaniers pour leur offrir le soir, quelques désagréables caresses.

Les jours passèrent au milieu de ce théâtre ondulé et brûlant. Quatre au total. Ils furent dans l'absolu assez similaires. Les caravaniers se succédèrent aux côtés de Kachina si bien qu'au bout du compte elle échangea avec chacun d'entre eux. Du petit Liham qui lui exposa ses aspirations et son impatience à être mis à l’épreuve lors de vrais combats, en passant par les soirées les plus mémorables de Djez' à en faire rougir la plus aguerrie des courtisanes, et une Yazzren qui avoua à moitié son vague à l'âme et son mal du pays, elle qui avait dû s'exiler de la terre sur laquelle elle aurait dû régner.

La marionnette se livra aussi à la petite danseuse, à sa façon, restant immobile et silencieux, à ses côtés une heure durant. Un silence qui n'avait rien de gênant et signe d'une certaine complicité. Krabulg et Lune, les inséparables opposés tinrent compagnie une bonne demi-journée à l'Atlante en lui contant tour à tour leurs plus belles parties de chasse. Bien sûr il ne se passait pas un instant sans que l'un reprenne l'autre quant à sa version des anecdotes, donnant à ces deux attachants compagnons des faux-airs de vieux couple revêche.

Lø se fit relativement discret mais ne surjoua pas les sourires qu'il adressa à Kachina lorsque leurs regards se croisèrent au détour d'une dune ou lors d'une halte au bord des rares oasis qui jalonnaient leur chemin.

Les seuls qui ne firent pas un brin de causette avec la petite brunette furent Le Soyeux, qui de toute façon ne sortait que rarement de sa roulotte magique et.. Ikaar toujours fort pris par ses obligations de chef désigné.

Le matin du cinquième jour de traversée du désert la caravane s’arrêta soudain. Le convoi venait de rejoindre ce qui ressemblait étrangement à une ville portuaire... en plein milieu des dunes. La vision qu'offrait cette cité était aussi incroyable que magnifique de part ses constructions édifiantes faites de bric et de broc qui s’élançaient vers le ciel et de l'esthétisme étonnant qui se dégageait de ces assemblages hétéroclites de bois, de pierres, de toiles et de bambous. 





Il fut demandé aux nomades de laisser derrière eux roulottes et montures. Visiblement, celles-ci ne pourraient progresser plus avant par leurs propres moyens. Car en réalité, ici prenait vie l'Océan de Sable et ils se trouvaient dans l'un des principaux embarcadère qui en proposait la traversée à ceux qui souhaitaient se rendre à El Hazeem, petit îlot fertile perdu au confins d'une mère de sable.

Les voyageurs s'installèrent sur une terrasse surelevée qui dominait ce vaste océan minéral. Un spectacle déroutant et inoubliable tant il donnait l'illusion d'être confronté à une onde classique. Nombres de navires allaient et venaient depuis et vers embarcadère sans que l'on ne puisse déceler ou devenir un instant la nature de ce sur quoi ils flottaient. Et le port en lui même, reprenait tous les codes des zones de docks classiques, personnel grouillant et vociférant, odeurs fortes de poissons, cargaisons prêtes à être embarquées, rad de marins, maisons de passe, tout y était.

Les Caravaniers furent bientôt rejoints sur la terrasse par un petit bonhomme rond vêtu de façon exubérante et qui se donnait visiblement un mal fou à exposer sa richesse. Les matières dans lesquelles avaient été travaillés ses vêtement étaient à n'en pas douter des plus fines et nobles. Chacun de ses doigts etait orné d'une grosse bague sertie là de diamant, là de topaze, là d'emeraude... Il était coiffé d'un turban d'un blan immaculé dans lequel avait été planté une broche habillée d'un saphir plus gros que ses yeux, pourtant globuleux, et une plume de phénix incandescente surplombait son couvre chef.

-"Soooooooooyez les bienvenus mes aaaaaaamis" dit-il d'une façon si exubérante et exagérée qu'elle attira tous les regards sur lui. 

-"Quel honneur pour moi qu'une organisation comme la vôtre ait choisit notre compagnie pour la traversée de l'Océan ! Vous serez traités comme des Princes... Que dis-je comme des Rois !!!!" puis il marqua une pause soudaine, comme si il s'etait rendu compte qu'il avait parlé trop vite.

Il échangea alors quelques mots discrets et sous cape avec son assistant, resté en retrait jusque là. Puis rapidement il retrouva le sourire.

-"Comme des Rois disais-je. Kassim vient de me confirmer avoir bien reçu l'acompte pour votre voyage. Il m'a indiqué que vous aviez retenu la formule complète, incluant repas, services, soins des bêtes et garde des effets personnels. Je ne peux que m'en féliciter ! On ne choisit pas ma compagnie lorsque l'on souhaite voyager comme tout le monde... pour cela, il y a les navettes communes... AH AH AH AH AH AH AH AH AH AH."

Visiblement cela devait être fort drôle pour qui savait ce qu'était une navette commune, mais aucun caravanier ne releva la plaisanterie.

-"Bien, vous devez être Ikaar, n'est-ce pas ? - dit-il en s'adressant à tout le monde et personne à la fois - Nous appareillerons bientôt. Vos roulottes et bétails sont présentement en phase de chargement sur notre bac. Nous attendons encore un petit groupe comme le votre et nous lèverons l'ancre. Des questions ???"
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Re: Au gré du vent.

Message par Assiah le Dim 29 Mar - 15:30

La première nuit fut de loin la plus rude pour la petite danseuse. Loin de la frondaison rassurante des arbres, elle se sentait exposée à tous les dangers. Leur chant rassurant ne venait plus bercé son sommeil. Au milieu de la nuit, elle fut réveillée par ses propres cris. Dans les tourments de son  inconscience, elle mit un certain temps à émerger du flou de sa vision. Le silence pesant qui avait précédé ce bruit de tonnerre, les cris des adultes, les pleurs des enfants, la panique qui s'était emparée de chacun et cet immense mur d'eau dont le grondement dominait tout, annonciateur de la fin de leur monde. Enfin, elle reprit contact avec la réalité et prit conscience de tous les bruits que la douce mélopée du vent dans les feuillages ne couvrait plus. La brunette passa le reste de la nuit à tendre l'oreille, cherchant désespérément le réconfort de cette berceuse. 

Le lendemain, une fois les préparatifs de départ expédiés, la jeune fille épuisée s'enferma dans sa roulotte d'où elle ne sortit que tard dans l'après-midi. Elle avait réussi à récupérer un peu et profita du magnifique spectacle du soleil se couchant sur le désert. Le tapis d'or qui se déroulait sous ses yeux semblait incandescent sous les rayons orangés. Un spectacle unique, grandiose qu'elle était heureuse de pouvoir apprécier. Ici, dans ce monde où le temps semblait compter grain par grain le sable brûlant, la petite danseuse se sentait totalement dépaysée. Les dunes s'enchevêtraient les unes dans les autres dessinant des arabesques au gré des vents. Le soleil impitoyable donnait à ce monde un côté inexpugnable, à l'abri de la main avide de l'homme. 

Bientôt, le voyage se fit harassant, la chaleur les accablait tous et les plus grandes merveilles du désert avaient toutes un goût désagréable de sable et de sueur. Les nuits, elles, étaient froides et Kachina se pelotonnait dans ses couvertures heureuse de l'abri que sa jolie roulotte lui prodiguait contre le temps peu clément. Heureusement, la jeune femme n'eut pas à souffrir d'insolation ou de désagréments pires encore... elle avait suivi les conseils des plus aguerris et, malgré la chaleur, avait toujours pris soin de se couvrir de vêtements légers mais qui la protégeait de la morsure des rayons. Toujours bien conseillée, elle avait également eut le loisir de se tresser un chapeau évitant aussi les insolations. 

Durant ces quatre jours, la jeune femme put profiter de la présence de chaque itinérants. Les caravaniers se divertissaient comme ils pouvaient et chacun y allait de son anecdote ou de sa petite blague. Le ton était volontairement léger pour adoucir le voyage et laisser dériver l'esprit au loin. Quand ils ne parlaient pas, ils appréciaient la beauté du désert à sa juste valeur et ainsi il s'acheminèrent lentement vers leur destination. Le soir très peu restaient veiller et tous se couchait avec un soupir content de prendre du repos. 

L'Atlante répondit à chacun des sourires de Lo toujours heureuse de le voir. Les anecdotes de Djez' bien que scandaleuses la divertirent et elle se surpris à vouloir avoir vécu tant de péripéties elle aussi. La candide petite fille qu'elle était rêvait d'aventures héroïques, de rebondissements... même si les moeurs légères de la ténébreuse beauté la choquaient, elle ne pouvait s'empêcher d'éprouver une pointe d'envie pour la jolie dévergondée. Djez' devait avoir foule de mâles à ses pieds, prêts à tout pour un regard de la belle dame. 

Elle fut heureuse que "La Marionnette" fasse une partie du voyage à ses côtés. Aucune paroles ne fut échangée entre-eux et pourtant la petite danseuse se sentait proche du silencieux être de bois. Elle sentait instinctivement son soutien et son amitié l'envelopper et elle eut un sourire heureux et tendre lorsqu'il la quitta avec sa tranquillité habituelle.

L'absence d'Ikaar par contre lui tordait le ventre, infestait son coeur et son esprit, il était là, superbe, suivant les pas de ses protégés, attentif, déambulant pour s'assurer d'un coup d'oeil que tous suivaient et que rien ne perturbait leur lente progression. L'Atlante nota sa fatigue lui qui devait faire doublement attention, qui ne s'accordait sans doute que très peu de moment de relâche prêt à jouer son rôle jusqu'à l'épuisement. Elle se dit qu'un chef devait aussi apprendre à faire confiance à ses hommes et laisser d'autres prendre la relève de temps à autre afin de jouir d'un repos mérité et d'être plus alerte si quelque chose devait se produire mais la jeune princesse se doutait aussi que si jamais un incident devait arriver alors qu'il s'autorisait une pause, Ikaar ne se le pardonnerait pas. Il s'imputerait sans nul doute toute la faute et s'en rendrait malade. 

Parfois, Kachina restait dans l'abri de sa roulotte où elle avait commencé à écrire une sorte de journal de bord de leur périple et de son ressenti. Les idées qu'elle jetait ainsi sur le papier lui semblait plus claires, plus vivantes comme elle prenaient substance sur les pages de son petit cahier. Elle élabora également quelques esquisses pour les cadeaux qu'elle offrirait à sa famille d'adoption. Elle ne restait jamais longtemps à l'intérieur où l'air, avec la chaleur ambiante, devenait vite irrespirable.

Enfin, au bout de cinq jours interminables, la caravane arriva en vue d'une civilisation. Les contours d'une ville apparurent devant les yeux fatigués de tous. Une ville miraculée qui avait poussé au milieu du désert par la force et la volonté des hommes. On y trouvait d'ailleurs toute sorte de matériaux que les bâtisseurs avaient utilisés au gré de leur trouvaille pour construire leur maison. L'ensemble donnait à la cité un mélange hétéroclites qui s'harmonisait étrangement bien. 

Kachina écarquillait les yeux devant le spectacle qui s'offrait à elle depuis la petite terrasse où ils attendaient leur capitaine. Elle fit quelque pas vers une balustrade pour mieux apprécier la grandeur de cet océan de sable. C'était hypnotique, on voyait le sable couler comme de l'eau le long des bateaux pourtant, la texture n'était pas réellement liquide. Comment un tel prodige était-il possible? Etait-ce là les fameux sables mouvants dont elle avait trouvé la référence dans quelques livres? Perplexe la jeune femme laissait son regard dériver d'un bateau à l'autre.

Une voix la tira de sa contemplation, leur capitaine était arrivé. Ses manières mielleuses déplurent à la petite danseuse au caractère si spontané. Derrière le vernis accueillant elle perçut la cupidité sans borne de cet être. Il étalait ses richesses à la vue de tous bercé par la pensée illusoire que cela lui donnait tout pouvoir. Ici peut-être était-il reconnu, un des magnats de cette ville brinquebalante. Kachina ne pipa mot se contentant de suivre le mouvement. Curieuse de voir quels seraient leurs compagnons de voyage.
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Re: Au gré du vent.

Message par Mortelune le Mar 31 Mar - 14:46

Ikaar fut visiblement surpris par l'annonce de l’exubérant autochtone. Il ne s'attendait pas à devoir partager le bac avec quiconque et cette idée ne lui plaisait que moyennement. Il n'appréciait guère la proximité d'autres personnes, de manière générale, et par procuration, cette gène se traduisait aussi dans sa façon d'appréhender sa gestion de la Caravane. Ne pas faire de vague, rester discret, à l’écart. Il savait mieux que personne que les nomades étaient souvent mal perçus par les populations sédentaires, qui leur associaient souvent tous les défauts du monde et n'hésitaient jamais à leur faire porter le chapeau pour le moindre incident survenu alors qu'ils se trouvaient dans les parages.

Il connaissait également le caractère des siens, et le point d'honneur qu'ils mettaient à ne jamais se laisser insulter ou marcher sur les pieds. En règle générale, ils ne restaient jamais très longtemps en ville, ou dans les endroits civilisés pour des raisons évidentes de sécurité. 

Au pied du mur et sans recours, puisque Kassim et Jaffar, son Maître étaient les seuls transporteurs de la ville un tant soit peu professionnels, bien que détestables en tout point, le demi démon, contraint, sonna donc la relâche et laissa quartier libre à ses compagnons.

Jaffar, d'après ses prévisions attendait l'arrivée de ses dernier clients avant le coucher du soleil et envisageait donc une traversée nocturne des ondes sableuses. 

Non sans avoir prodiguer quelques instructions incitant à la sagesse, la prudence et à l'observation de règles de conduites irréprochables, Ikaar laissa alors les Caravaniers se séparer. 

Trois groupes se formèrent alors.

Le premier se dirigea vers le Bazar de la ville. Sorte de marché au sein duquel s'achetait et se vendait à peu près tout et n'importe quoi. Denrées alimentaires et épices en tout genre, vêtements, armes et armures de plus ou moins bonne facture, bétail, montures et bien d'autres choses encore. En bordure du bazar à proprement dit se trouvaient également les boutiques de plus haut standing dans lesquelles se trouvaient des articles loin d'être à portée de toutes les bourses. On recensait les galeries d'art et antiquités, une armurerie naine qui dénotait largement dans ce paysage exotique, une échoppe d'herboriste et enfin, un magasin d'artefact magique. Le groupe qui emprunta l'escalier en colimaçon qui descendait vers le bazar était composé du Soyeux, de Liam, Myal, Nakoth et Shana.

Un second groupe constitué de Djez', Yazzren, Oz' et Izmir prit rapidement la direction d'une passerelle qui enjambait la brume poussiéreuse générée par les remous de la mer de sable et débouchait sur les quartiers populaires de la ville. Ce secteur était une sorte de labyrinthe de ruelles étroites qui se croisaient et s'entrecroisaient, d’échafaudages de bois et de bambous fixés par d'épais cordages et qui donnaient accès à plusieurs niveaux de hauteur, et de minuscules places au milieu desquelles se rassemblait la caste basse de la ville. C'est accessoirement dans ce district que l'on trouvait les meilleures auberges et taverne.

De leur côté, Krabulg, Lune et La Marionette prirent la direction d'une large ruelle animée qu'ils avaient aperçu en arrivant en ville. Le passage en question était très fréquenté et bordé de stands de jeu qui donnaient aux lieus des airs de kermesse permanente. On y dénombrait également grande variété de restaurateurs sur le pavé, qui confectionnait leur mets devant les yeux des chalands affamés.

Alors que le groupe se dispersait devant les yeux de Kachina, elle fut rapidement rejointe par Ikaar, qui surgissait une fois n'est pas coutume, comme un diable hors de sa boite.

Le visage prévenant mais les traits stricts et tirés il s'inquiéta de l'état de son amie Atlante.

-"Lø et moi resterons ici en terrasse. Je ne veux pas perdre Jaffar de vue. J'ai peine à supporter ce genre de personnage et je m'en méfie comme d'un morceau de viande avarié. Tu peux rester avec nous si tu le souhaites, mais je doute que tu t'amuses autant que si tu rejoins les autres. Et puis... Le fait que tu te retrouves seule montre que, bien que chacun t'estime et t'apprécie, il reste encore quelques efforts à faire pour t'intégrer pleinement. Je ne saurais donc que trop t'inciter, de rejoindre l'un ou l'autre des groupes partis en ville."

Le phrase sonnait comme un conseil d'amis mais le visage stoïque et sans compassion du guerrier lui donnait des airs d'ordre incontestable.

-"Mais avant cela, il me serait agréable de savoir comment s'est passé ton voyage. Je t'ai sentis plutôt à l'aise ces derniers jours. C'est très rassurant pour moi. Cela signifie que tu te fais aux conditions de notre vie et au dela de ça, que, peut-être, tu en dégages un certain plaisir. Suis-je dans le vrai ?"
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Re: Au gré du vent.

Message par Assiah le Ven 1 Mai - 1:09

La petite danseuse suivit les trois groupes d'un regard tristounet, aucun des caravaniers ne lui avaient demandé si elle voulait les suivre. Pour leur défense ils ne s'étaient pas vraiment concertés avant de se séparer pour prendre trois direction différentes. Sans doute cela faisait-il partie des habitudes tacites que les itinérants avaient entre-eux. 

Ikaar surgit alors devant elle. Toujours attentif au bien-être de ses protégés il lui demanda comment elle allait. Bien que justes, ces remarques la blessèrent profondément. Elles ravivaient ce sentiment de solitude qui l'avait étreint alors que les membres de la caravane s'égaillaient chacun de leur côté, trop heureux de pouvoir jouir de ces quelques heures de liberté. L'Atlante leva vers le guerrier aux cheveux de neige de grands yeux où plusieurs sentiments s'entrelaçaient les uns dans les autres. Que croyait-il? Qu'elle resterait pendue à ses jupes comme une groupie désespérée? 

La douce Kachina tenta d'attiser une colère naissante par des pensées comme celle-là mais elle n'arrivait pas à en vouloir à Ikaar malgré la façon quelque peu cavalière dont il prenait congé à chaque fois. Il était là, penché sur elle dans l'attente d'une réponse qui confirmerait ses observations. Il tenait à merveille son rôle de chef s'inquiétant de savoir comment la petite nouvelle avait vécu son premier voyage en leur compagnie. Elle haussa les épaules avec le même fatalisme que Djez' quand la vampire lui avait parlé de cet homme si mystérieux. 

C'était un voyage dur, harassant même mais quel plaisir de vivre ainsi, de se laisser porter au gré des envies des uns et des autres. C'est vrai! Je ne suis peut-être pas encore totalement l'une des vôtres et je ne compte pas brusquer les choses et m'imposer aux gens. Tout se fera en douceur, je conçois qu'on ne puisse accorder sa confiance à une jeune recrue fraîchement débarquée du jour au lendemain. On ne battit pas des amitiés en quelques jours après et pour le reste... je ne peux pas obliger ceux qui ne veulent pas de ma présence à m'apprécier. 

Elle s'arrêta là ne sachant plus très bien si elle parlait toujours des caravaniers ou juste de leur chef. Elle ne voulait pas que ses paroles sonnent comme une sentence. Elle s'était déjà assez humiliée avec le beau chef des caravaniers. Indécise elle lui lança un petit sourire et continua:

Vous êtes un bon leader, je vais suivre vos conseils et tenter de rattraper l'un ou l'autre. Je suis sûre qu'il y a des tonnes de choses dont vous devez parler entre vous et je m'en voudrais de vous retarder davantage. A tantôt.

La jeune danseuse s'écarta prestement de l'homme qui la troublait tant et se tourna vers Lo qu'elle salua avec une joie un peu forcée de la main avant de s'élancer vers la large ruelle où avait disparu quelques instants plut tôt Krabulg, Lune et la marionnette. Elle avait besoin de la conversation simple et légère et de la bonne humeur des deux compères mais aussi de l'apaisement que lui procurait la présence de "La marionnette". 

Malheureusement, elle les perdit de vue dans la foule de badauds qui se pressait entre les différents stands. Elle eut beau se hausser sur la pointe des pieds espérant ainsi voir par dessus la cohue, elle ne les trouvait pas. Kachina se laissa alors happer par l'ambiance festive qui régnait en ses lieux et déambula de ci de là comme un papillon attiré par la lumière. Une constatation lui vint alors à l'esprit: elle n'avait pas l' moindre sou en poche. 

Peu habituée à ne pouvoir se faire plaisir, l'ancienne princesse orgueilleuse qu'elle était pensa qu'elle pouvait essayer de remédier à ce petit problème ici. Après tout elle pouvait se débrouiller seule. Au bout de quelques minutes de recherche, la jeune femme trouva l'endroit idéal où se produire. Une jolie fontaine trônait à peu près au trois quart de l'artère. De forme ronde, elle se découpait en trois étages distinct comme une pyramide. L'eau jaillissait du dernier plateau entouré de serpentin enroulé en pierre. La petite danseuse trouva que c'était la scène idéale. Elle s'approcha tranquillement de la petite fontaine et, sous le regard curieux des passants, se hissa sur le dernier plateau. 

Le contact de la pierre froide sous ses pieds, qu'elle avait dénudés, lui fit du bien. La fraîcheur de l'eau qui s'écoulait sur sa peau était comme une caresse agréable après tous ces jours passés sous un soleil de plomb. La belle s'accoutuma à l'espace réduit de la scène de fortune avant de se lancer. 

La petite femme insignifiante que personne ne remarquait se transforma alors en une naïade magnifique. La danseuse avait fermé les yeux et courbait son corps au son d'une musique qu'elle seule percevait. Ses mouvements étaient lancinants, lents, épousant l'écoulement de l'eau. Ce n'était pas une de ces danses enjouées qu'elle avait l'habitude d'exercer au sein de la caravane mais une interprétation étrangement ralentie, presque sensuelle. Transformée par son art, la danseuse se faisait langoureuse et ... désirable.

Quand elle sortit de sa transe, la jeune femme fut surprise de voir le petit groupe qui s'était massé autour d'elle. Quelques applaudissements retentirent qui la firent rougir et des pièces teintèrent sur la pierre blanche du fond du bassin. Kachina remercia d'une charmante courbette qui sembla bien maladroite après son interprétation merveilleuse. Comme toujours, elle avait hypnotisé son public. 

D'un saut léger, elle fut dans le bassin dont l'eau lui arrivait aux chevilles et ramassa les quelques piécettes qui y siégeaient un sourire aux lèvres. Elle était heureuse de ce petit succès. Elle se saisit également de la bourse vide qu'elle avait pris soin de poser sur le bord de la fontaine avant de commencer son numéro et constata que celle-ci était désormais à moitié pleine. Fière d'elle, la jeune femme sortit enfin du bassin. Ses vêtements et ses cheveux étaient mouillés mais ils sécheraient vite sous ce soleil.
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Re: Au gré du vent.

Message par Mortelune le Mer 6 Mai - 18:04

Peu à peu, le petit attroupement de badauds qui s'étaient rassemblé autour de la fontaine se dispersa. Le lieux n'en demeuraient pas moins agités et grouillants de vie.

L'environnement proche était assez bruyant par ailleurs. Vociférations de forains désireux d'attirer les passants vers leurs stands, orchestres ambulants, discussions animées des clients agglutinés en terrasse, le tout était assez perturbant pour qui n’était pas habitué à être tant sollicité par des bruits de toute sorte, ou pour qui préférait le silence. Le sens olfactif était lui aussi largement stimulé par les parfums qui se dégageaient principalement des cuisines mobiles qui proposaient des pièces de viandes rôties et autres brochettes à emporter. Une légère brise chaude transportait ces effluves épicées et sucrées vers le nez de la danseuse.

Cette dernière, au gré de sa progression au milieu de ce quartier pittoresque, fut interpellée à maintes reprise. Tout d'abord par un homme ayant assisté à sa représentation, et qui souhaitait lui offrir un verre. Un peu plus loin c'est un adolescent, employé comme vendeur dans une petite échoppe vendant des foulards qui l'invita à visiter son magasin. Bien évidement, les forains n'étaient pas en reste. Il faut dire que la belle danseuse avait le don d'attirer les regards. Une telle cliente pouvait faire un bien fou aux affaires ! Elle attirerait à coup sur quelques curieux charmés par sa beauté naturelle et qui souhaiteraient l'impressionner en excellant aux jeux d'adresse proposés.

Très vite, dans le ciel, le soleil commença à décliner. L'azur emprunta alors une teinte allant du rose au violet et recouvrit les ondes sableuses en contrebas d'une parure d'un orange éclatant. Cela faisait à présent un petit moment que l'Atlante parcourait les ruelles de la zone vers laquelle s’était dirigé le petit groupe qu'elle recherchait, mais elle n'avait pour le moment pas réussit à retrouver leur trace. C'est au moment qu'elle commençait à désespérer de pouvoir rejoindre ses compagnons qu'elle envisageait éventualité de devoir passer seule temps qu'il restait à attendre avant le départ du bac, qu'elle ressentit une étrange sensation sur son épaule. 

Il ne se dégageait rien de l'objet qui venait de se poser sur le haut de son bras gauche, de derrière elle. Le contact était assez étrange et perturbant. Lorsque Kachina se retourna enfin, elle constata qu'il s'agissait en réalité de la main de la Marionnette, qui, comme à son habitude, l'observait sans rien dire. Bien qu'affublé d'un visage inexpressif, la posture corporelle du pantin laissait deviner l'étonnement de ce dernier lorsqu'il tomba ici sur la petite danseuse, solitaire et livrée à elle même.

Doucement et avec une grâce remarquable, l'être de bois s'empara de la main de la jeune femme qu'il ne lâcha plus par la suite. Il l’entraîna alors à un rythme soutenu et sans autre explication au travers d'un dédale de ruelles étroites qui les éloignaient de plus en plus des artères principales du quartier, mais qui conservaient malgré tout cette ambiance festive si agréable. La ville semblait plus vieille ici, et son allure moins policée, moins factice. Les visiteurs en mal d'exotisme cédaient peu à peu leur place aux autochtones et aux habitués, ainsi qu'à quelques baroudeurs désireux d'éviter les adresses à touristes.

La Marionnette semblait un peu comme chez elle ici, et ne marquait aucune hésitation au moment de s'orienter vers la droite ici, après ce minuscule salon de tatouage ou d'emprunter une passerelle faite de bric et de broc, enjambant la mer de sable située vingt mètres plus bas et qui débouchait sur une ruelle fort encombrée et bruyante, bardée de restaurants qui comptaient, pour les plus grands, pas plus de quatre ou cinq tables. On y trouvait également des tavernes, dont les clients se trouvaient pour la majorité dans cette rue, qui prenait des allures de terrasse géante. L'ambiance était bonne et l'air sentait bon les odeurs de cuisine grasse et de la fumée des pipes à eau. 

C'est dans ce cadre que l’œil de Kachina fut attiré par la présence facilement détectable de Krabulg qui se dirigeait, avec un grand plateau dans les mains, chargé d'assiettes bien remplies et de carafes, vers une petite table entourée de quatre chaises, dont une était occupée par Lune. Visiblement déjà un peu pompette, sa tête semblait ne pas s'effondrer sur la table que par l'intervention de ses mains qui la maintenait difficilement en place.

La Marionnette, d'un geste sans ambiguïté, l'invita à s'installer à leurs côtés. Visiblement, chacun fut heureux de se retrouver en compagnie de la petite Kachina et la conversation démarra bon train sur maints sujets, quelques uns sérieux et une grande majorité qui prêtèrent à rire ou sourire. Beaucoup de questions furent posées à l'Atlante, certaines indiscrètes, d'autre portant sur son histoire personnelle, ses goûts et préférences, ses aspirations, la façon dont elle percevait chaque caravaniers. Le tout fut ponctué et entrecoupé de chansons à boire, d'anecdotes cocasses issues des aventures passées des caravaniers, de quelques ragots, et d'une ou deux histoires de fesses qui eurent le don d'embraser les joues de l'elfe au cheveux platine, le tout sous l’œil amusé de Krabulg et d'une Marionnette toujours aussi impassible mais qui semblait apprécier le moment à sa juste valeur. 

Sur ces entrefaites, rapidement l'astre lunaire fut haut dans le ciel, paré de ses bijoux étoilés. Il était temps de retourner vers le bac, l'embarquement ne devrait plus tarder à présent. A contre cœur, les quatre compagnons se levèrent, le regard un peu dans le vague et en titubant légèrement avant de se diriger vers le lieu qu'ils avaient quitter quelques heures plus tôt. Il sembla évident pour chacun des quatre caravaniers, que cette petite soirée avait renforcé la cohésion entre eux, que quelque chose de fort venait de se passer, qu'un lieu ténu les unissait à présent.

C'est alors qu'au détour d'une ruelle sombre et silencieuse, une voix caverneuse résonna et interpella la petit groupe qui déambulait sur un enchevêtrement de planches disparates en zigzaguant :

- "Alors morveux, on ne dit même plus bonjour à son grand frère adoré ?"

Une fois ces mots envolés dans l’atmosphère moite de cette ruelle qui prenait de plus en plus des allures de coupe-gorge, un silhouette se détacha d'un recoin sombre pour se venir se positionner face au petit groupe. Elle fut bientôt rejointe par une seconde, et ces deux formes, à la faveur de la lumière blanche d'une lanterne accrochée à la devanture d'un restaurant à présent fermé, révélèrent alors leur secret.

La première silhouette était celle d'un Orc trapu et robuste qui semblait fixer Krabulg. Sa peau était d'un vert sombre, à la différence de celle du caravanier qui tournait plutôt vers l'ocre. Sur le haut de son crane, ses cheveux d'un blanc laiteux avaient été noués en une tresse qui retombait négligemment sur ses épaules avant de partir dans son dos. Il portait également une barbe fournie qui lui donnait l'air peu commode et bourru, presque menaçant. Il ne faisait aucun doute que la voix rauque qui s'était exprimée plus tôt lui appartenait. L'Orc disposait dans son dos d'une magnifique épée orientale. En outre c'était un véritable colosse, ses bras étaient simplement énormes et son buste, qu'il présentait nu, semblait avoir été taillé dans le marbre tant il semblait dense et inaltérable. Il portait une tenue d'inspiration orientale, telle que celles que revêtent habituellement les Ronins du Pays du Thé. 

A ses côtés se tenait une femme... des plus étranges, le visage et les parties apparentes de son corps étaient recouverts de peintures tribales d'un rouge écarlate, presque sanguin, qui contrastait avec la blancheur de sa peau et la noirceur de ses yeux qui fixaient tour à tour, Lune et Kachina. Elle était certes frêle, presque malingre, mais il se dégageait d'elle quelque chose de troublant, de dangereux, provoquant presque le malaise. Ses paupières ne battaient pas, jamais, et son regard semblait emprunt d'une certaine folie. Par ailleurs, elle était vêtue de frusques qui lui donnaient l'air d'une sauvage tout droit sortie d'une foret inhospitalière, sans compter sur la gigantesque peau de loup qui la recouvrait depuis le haut de sa tête jusque dans le bas de son dos...

Alors que chacun des protagonistes présents se dévisageaient mutuellement, l’inquiétante femme fut bientôt rejointe par deux magnifiques loups, à la taille impressionnante, qui rivalisait presque avec celle de poulains nouveaux-nés.

La tension était palpable. Le statu quo serait bientôt interrompu d'une façon ou d'une autre.
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Re: Au gré du vent.

Message par Assiah le Mar 19 Mai - 21:30

L'attention dont elle faisait l'objet flatta la petite danseuse et lui remit un peu de baume au coeur. Même si elle déclina poliment toutes les invitations, Kachina apprécia d'être un peu courtisée. Quelle femme n'aimerait pas sentir le regard d'un homme s'arrêter sur elle avec cet air à la fois admiratif et envieux? 

Cependant, elle avait beau tourner la tête à gauche et à droite, essayer de projeter son regard aussi loin que la foule le permettait, pas moyen de trouver l'objet de sa quête. Le petit groupe s'était volatilisé. Elle avait cru l'apercevoir tournant dans cette ruelle moins fréquentée mais comment être sûre? Kachina sursauta lorsqu'un forain surgit devant elle lui barrant la route. Après quelques secondes éternelles, la pauvre danseuse un peu perdue comprit qu'il voulait l'entraîner à son stand. Elle refusa d'un signe de tête négatif et d'un sourire navré. 

Soudain sur son épaule une sensation étrange, un contact déroutant, sans chaleur, sans... vie. Le temps se suspendit un instant pris au piège des secondes qui ne s'écoulaient plus. Paralysée un instant la reine déchue consentit enfin à se retourner, sourcils froncés, pour appréhender ce nouveau "danger". 

La surprise mêlée d'une joie enfantine illumina les traits de l'Atlante quand elle reconnut l'un des compagnons qu'elle cherchait. Finalement, c'était eux qui l'avait trouvée. La jeune femme ressentit chez son ami de bois la même heureuse surprise qui animait son coeur. Elle crut bon de justifier sa présence et l'expliqua maladroitement.

Salut, je ... heu justement je vous cherchais... 

La Marionnette, comme si elle avait compris son embarras et voulait la balayer, lui prit la main. Ce geste était d'une fluidité parfaite. Jamais parmi les nobles qu'elle avait eu l'occasion de côtoyer l'un d'eux n'avait fait montre d'une telle chevalerie dans les gestes. Des souvenirs lui revinrent en mémoire, les réceptions grandioses que ses parents organisaient rien que pour son plaisir, tous ces hommes qui lui faisaient la cour qui pour son titre, qui pour son argent... un seul d'entre-eux avait-il été sincère? Cela l'aurait étonnée et comment les blâmer? C'était une vraie garce à l'époque...

Sa phrase était morte sur ses lèvres et ses pensées s'étaient effilochées au rythme de leur course effrénée. La petite danseuse suivait d'un pas léger son guide. Pas une fois il n'hésita, se mouvant dans les ruelles et parmi les badauds avec un naturel déconcertant. La jeune femme dût, quant à elle, s'excuser quelques fois d'avoir bousculé ou marché sur le pied de l'un ou l'autre passant. Entraînée toujours plus vite elle avait à peine le temps de voir ce qui l'entourait. 

Enfin la course prit fin et il lâcha sa main pour l'inviter à s'asseoir avec les deux autres caravaniers qui clôturaient la petite assemblée. C'est avec un plaisir non dissimulé que Kachina prit place. Bien vite, elle se sentit comme chez elle et ne regretta pas le choix qu'elle avait fait de les retrouver (même si en l'occurrence le mérite en revenait plutôt à son ami silencieux). 

Elle écouta avec plaisir les anecdotes des deux complices et bientôt, sans même s'en rendre compte, elle prit part à leur petite discussion, s’immisça dans leur défi bon enfant, plaisanta avec l'un et l'autre et osa même lâcher quelques piques ironiques riant avec eux d'eux et du reste. Les histoires de l'Orc amenèrent aussi quelques couleurs sur les joues de la belle et elle rit de l'embarras qu'il leur causait. L'instant était magique, pour Kachina c'était un trésor inestimable qu'elle découvrait et auquel elle voulait goûter encore et encore: la simple amitié qui relie entre-eux des êtres si différents. Comme les autres elle sentit les liens qui se tissèrent entre-eux ce soir-là et son coeur se gonfla d'émotion. 
  
La démarche mal assurée, elle suivit le pas de ses compagnons de soirée. Bras dessus bras dessous tous les quatre, ils s'aidaient mutuellement à tenir debout et à marcher le plus droit possible. La Marionnette regardait leur manège et, s'il n'était pas facile de lire ce qu'elle pouvait penser, Kachina put ressentir son amusement. C'était comme si elle voyait un petit sourire malicieux dessiné sur le coin de sa bouche peinte. Ils avançaient ainsi, cahin-caha lorsque la voix retentit.

La voix était forte, elle déchira leur bulle de bonheur pour exploser à leurs oreilles et les ramener sur Terre, dans cette ruelle ma éclairée et, à cette heure, déserte. Kachina plissa les yeux pour percer l'obscurité et découvrir les deux silhouettes. La petite danseuse sentit la main de Krabulg se crisper dans la sienne et, tandis qu'il serrait de plus en plus fort, elle émit un petit cri de douleur. Sans dire un mot l'Orc lâcha la main frêle de son amie. Il ne détourna pas le regard vers elle pour s'excuser et, étrangement, c'est cette obstination à garder un oeil sur les nouveaux arrivants qui inquiéta la jeune femme.

Il était clair que les deux hommes se connaissaient et le sens des seules paroles prononcées percuta enfin l'Atlante de plein fouet. Son frère? Lui avait-il jamais parlé d'un frère? Ses pensées étaient confuses, la colère et la peur se mêlaient dans son ventre. Pourquoi fallait-il qu'une si belle soirée soit gâchée de la sorte?

Mal à l'aise sous le regard inquisiteur de l'étrange femme tatouée qui accompagnait ce... frère, la petite danseuse n'osait pas la regarder trop ouvertement. Cette femme avait l'air d'être née pour tuer, et la peau de loup dont elle se couvrait n'était pas pour rassurer Kachina. 

Pourtant, lorsque les deux loups apparurent, la jeune femme oublia sa peur. Ils étaient merveilleux, une beauté qui envoûtait l'Atlante aussi sûrement que leurs yeux d'or. Ils alliaient la puissance et la majesté. Avant même d'avoir réfléchi à ce qu'elle faisait, Kachina les salua. Cette fois ce ne fut pas de cette étrange voix chantante qu'elle avait utilisée jusque là mais c'était un langage plus révérencieux. Animée d'un profond respect, elle salua leur grandeur, impressionnée par ces animaux. 

Instinctivement, la princesse atlante s'avança d'un pas vers eux, bras comme liés derrière le dos elle avançait présentant sa gorge. Si l'idée leur en prenait, ils pourraient se jeter sur elle et déchiqueter sa gorge ainsi offerte à leurs dents. Le temps sembla se suspendre autour de ces protagonistes, les secondes étaient devenues éternelles et tous les spectateurs retinrent leur souffle. Soit qu'ils étaient indignés, soit pétrifiés, soit interloqués ou encore mut par d'autres émotions.
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Re: Au gré du vent.

Message par Mortelune le Jeu 21 Mai - 15:50

Inévitablement, face à cette inconnue qui avançait vers eux, gorge offerte, les deux loups ne manquèrent pas de retrousser leurs babines et d'exprimer leur désapprobation en un grognement menaçant. Malgré tout, l'on sentait également un peu de méfiance en eux, tant le comportement de la petite danseuse leur semblait étrange. Ils ressentirent en elle quelque chose de rassurant, d’apaisant, presque familier qui les incita à ne pas lui sectionner la carotide d'un coup de croc rageur sur le champs. En dépit de cela, leur posture demeura défensive et leurs grognements s'intensifièrent, dévoilant par moment des rangées de dents aiguisées comme des rasoirs et aussi longues que les lames d'un couteau de boucher.

Contre toute attente, la compagne de ces deux bêtes aussi impressionnantes que magnifiques s'exprima, comme pour marquer son emprise sur ces fabuleux animaux. 

-"Paix, Yarn" adressa-t-elle simplement au mâle, le plus véhément des deux qui, après avoir entendu la consigne de sa maîtresse, se calma aussitôt sans lâcher Kachina de ses yeux agressifs.

La jeune femme aux allures sauvages interpella ensuite l'atlante, calmement, sur un ton presque amical, mais dans un langage simpliste trahissant sa mauvaise maîtrise du Commun.

-"Là. Pas plus. Sinon c'est la fin". Lui indiqua-t-elle en illustrant son conseil d'un geste de l'index tendu vers l'endroit qu'il ne fallait surtout pas dépasser.

De son côté, Lune avait déjà l'arc bandé, la pointe de l'une de ses flèches meurtrières aux lames crantées dirigée vers le colosse qui les avait interpellés. Il ne lui avait fallut qu'une fraction de seconde pour tenir en joue l'Orc, comme si elle eut dessaoulé d'un coup, sans que personne ne se soit rendu compte de rien, ni de ses mouvements ni du bruit qu'ils auraient pu provoquer. Krabulg quant à lui, moins rapide, n'avait pu se saisir que d'une petite hachette pendue en permanence à sa ceinture. Il fixait son congénère avec une rage non feinte dans ses yeux. Visiblement il existait un passif entre tout ce beau monde, cela ne faisait aucun doute à présent pour l'Atlante. 

La voix caverneuse de l'Orc qui s'était exprimé plus tôt résonna une nouvelle fois au milieux de la ruelle morne.

-"Hé bien ! En voila un accueil ! Hein Louve ?! Pas même une accolade chaleureuse ! Encore moins un petit bisous pour nos retrouvailles ! Alors qu'ils ont tant de choses à se faire pardonner ! Je m'attendais au moins à des excuses en bonne et due forme !"

Krabulg silencieux jusque là prit alors la parole aussi sec

-"Tais toi vieille carne ! S'excuser ? Mais envers qui ? Et pourquoi ? Vos accusations sont infondées, Ikaar et Mnénos se sont déjà expliqués sur le sujet récemment, et tu le sais aussi bien que moi. Vous n'êtes pas parvenu à prouver que nous avions volé vos vivres, tout comme nous n'avons pas clairement pu identifier les assaillants qui ont frappé notre convoi le lendemain. La suite, tu la connais, ces affrontements étaient stériles et malheureux. Une trêve a été décrétée et tu te dois de la respecter. Comme chacun ici."

-"Ne perd pas ton temps à me faire la morale Krabulg. L'histoire, je la connais et certainement mieux que toi. Mnénos est un leader et se montre transparent envers nous. On ne peut pas dire en revanche qu'Ikaar soit le plus volubile des chefs de clans....Pas sûr qu'il vous ait tout raconté sur le sujet. Et puis en attendant, ce n'est pas moi qui tiens une flèche en joue sur ta trogne. Dis à ta groupie de se calmer, ou je la désosse." Dit-il en désignant Lune d'un coup de menton dédaigneux

Krabulg jeta un regard en coin à l'elfe qui suffit à lui faire détendre la corde de son arc en le gardant néanmoins prêt à l'emploi en cas de besoin. Lune semblait infiniment vexée.

-"C'est mieux - reprit alors le guerrier imposant, qui caressait doucement le manche de son katana - Je me sens déjà plus... comment dire ? Détendu. Tiens, en parlant de détente, j'ai appris que nous allions voyager sur le même bac, vous et nous. Ça risque d'être cocasse comme trajet ! Une croisière de tout repos sur une mer d'huile et de sable ! AH ! Je m'en réjouis d'avance.... Et j'vais t'dire un truc frangin, Mnénos est sur les nerfs depuis quelques semaines. Déjà la grande fête à El Hazeem lui prend la tête. Et puis il y a vous. Vous qui ne respectez aucune des paroles tenues, qui reniez les termes du pacte. Notamment les règles d'itinérance et la répartition équitables de nos zones de campement répertoriées. Pas plus tard qu'hier soir vous vous êtes encore installés sur un secteur qui nous appartient."

-"Foutaise - s'emporta Lune - La clairière d'Elmin est une zone neutre, et nous sommes arrivés avant vous !"

-"Ce n'est pas ce que nous a rapporté Mja. Elle nous a indiquée que les lieux n'avaient pas encore été revendiqués lorsqu'elle les à rejoints. La traiterais tu de menteuse, Lune ?"

-"Je n'ai rien dit de tel, Narzog, - répondit l'Elfe qui se calma aussitôt à l’évocation du non avancé par l'Orc - mais de ton côté, insinues-tu que Myal aurait effacé les traces officielles d'appropriation de votre clan ?"

L'Orc gratta son menton recouvert d'une épaisse barbe soyeuse et blanche comme la neige puis répliqua sur un ton vindicatif.

-"Cette petite fouine est capable de tout. Je l'ai déjà vue à l'oeuvre... Elle ne respecte aucun code et n'a aucune éthique".

Cette pique lancée  par Narzog eut pour effet instantané de retendre à nouveau et sans délais la corde de l'arc de Lune. Face à cela, l'Orc ne manqua pas de sourire avant de partir dans un éclat de rire franc.

-"Raaaahahahaha, ma petite, tu me feras toujours autant rire. Tu es si friable, si sensible... si prévisible aussi. Tout comme l'étaient tes parents".

Ce fut, pour Lune, l'affront de trop.

La scène qui suivit se déroula comme au ralenti devant les yeux de Kachina.  Les doigts rendus blancs par la corde tendue qui bloquait la circulation de leur sang se détendirent brusquement. La flèche décochée partit à une vitesse folle en direction du cœur du trapu combattant qui toisait l'Elfe. Le bois composant le corps du projectile ondula de façon très perceptible sous l'effet de la vitesse et du choc ayant propulsé le trait. A cette distance, une archère émérite comme Lune ne manquerait jamais sa cible, pas même les yeux fermés et sous grands vents.
Dans le même temps et son côté, Louve, constatant le début des hostilités, ne prononça qu'un mot, de sa voix chuchotante.

-"Tue."

Dans l'instant les deux loups entamèrent leur course vers Kachina, se préparant à bondir sur elle pour se repaître de ses entrailles encore chaudes.

Les deux orcs quant à eux, n'eurent le temps que d'empoigner fermement leurs armes, tant tout se déroula si vite.

Il ne faisait nulle doute que l'issue de cette rixe serait mortelle, et pourtant, contre toute attente, il n'en fut rien.

Un courant d'air puissant balaya alors la ruelle, la parcourant de long en large et éteignant les lampions qui l’éclairaient péniblement. La bourrasque était si puissante qu'il était évident que son origine n'était pas naturelle. Par ailleurs, ses déplacements étaient clairement perceptibles, glissant tout d'abord en direction des deux puissants loups pour les propulser vers l'arrière, avant qu'ils ne s'écroulent sur leur flanc. Le courant d'air fonça ensuite vers la flèche de Lune et l'engloutit aussitôt dans les volutes sombres déplacées par cette brise surnaturelle.

Après quoi, le vent entama une danse particulière, tourbillonnant sur lui même, restreignant progressivement son rayon d'action jusqu'à former une sorte de cocon d'air pulsé haut d'un mètre cinquante pour quarante de large.

Ce cocon ne tarda pas à prendre forme humaine, ou plutôt humanoïde puisque apparut devant les yeux de Kachina, un petit renard, se tenant sur ses deux pattes arrières, habillé d'un noble kimono brun et argent, aux motifs délicats. Le petit être ne payait pas de mine à première vue mais l'aura qui se dégageait de lui était simplement extraordinaire. On pouvait ressentir sa puissance parcourir l'air ambiant.

Il fixait le groupe des quatre Caravaniers d'un air calme et de ses petits yeux malins aux paupières mi-closes. 

Dans sa main gauche il tenait la flèche que Lune avait décochée quelques secondes plus tôt.

-"Inacceptable. Un comportement simplement inacceptable et qui ne restera pas sans suite." dit il sur un ton monocorde à Krabulg et sa troupe avant de se tourner vers Louve et Narzog.

-"Cela vaut aussi pour vous deux. Mnénos sera mis au courant. Rejoignez l'embarcadère à présent".

Sans moufeter, les deux fautifs s'exécutèrent, tête basse, les yeux fixant leurs pieds, sans demander leur reste.

Puis, alors qu'il allait s’éclipser à son tour, le petit Kitsune, comme sont appelés ceux de son espèce au Pays du Thé, se retourna, comme s'il venait de réaliser la présence de Kachina et de s’étonner de celle-ci.

-"Tu es nouvelle parmi les Caravaniers n'est-ce pas ? J'ai appris il y a quelques mois qu'un nouveau membre les avait rejoints, je suppose que c'est toi ? J'aurai aimé faire ta connaissance en d'autres circonstances. Tu apprendras certainement que notre mode de vie implique et impose le respect de certaines règles et d'une déontologie stricte. Tu l'apprendras et, je l'espère pour toi, le plus vite possible."

Puis sans attendre de réaction de la part de l'Atlante, le renard s'inclina poliment en direction de celle-ci et se dématérialisa à nouveau en un courant d'air frais et aux senteurs fortes de jasmin.
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Re: Au gré du vent.

Message par Assiah le Mar 26 Mai - 20:47

Ecoutant le conseil de l'étrange femme à la peau de loup, Kachina s'immobilisa. Les deux molosses ne la quittaient pas de leurs yeux fauves, ils grondaient leurs babines retroussées, leurs crocs meurtriers bien en vue. La petite danseuse ne comprenait pas, jamais des animaux ne s'étaient montrés si peu disposés envers elle. De la peur, de la méfiance mais pas cette démonstration de haine implacable. La mise en garde de son gardien lui revint à l'esprit: "certains animaux sont à la solde de l'ennemi et ne lui laisseraient pas une chance".

Soudain la ruelle lui sembla plus étouffante encore, saturée d'un air malsain. La princesse traquée ressentit une force à l'oeuvre dans l'ombre, quelque chose se cachait, rôdait, observait. Cette impression ténue s'étiola pétale après pétale pour ne plus être qu'un frisson d'angoisse. Les autres protagonistes de la scène ne semblaient pas l'avoir ressenti pourtant. Simple tribulations de son esprit?

L'animosité qui opposait les deux frères était proche d'une haine féroce. Elle s'étendit à tout le groupe. Narzog provoquait sciemment les deux compères et ses paroles tapaient juste. Ce fut Lune qui craqua la première et, avec sa flèche, les hostilités furent lancées. 

Kachina resta interdite lorsqu'elle vit les deux énormes molosses se jeter sur elle toutes griffes dehors, prêts à la tuer. L'espace d'une demi seconde, la petite danseuse fixa l'étrange femme à l'origine de cet ordre. Dans son regard on pouvait lire le reproche et la déception. Très vite elle se désintéressa de la maîtresse des loups pour se préparer à faire face à cette attaque. Ses jambes bien campées au sol elle était prête à défendre chèrement sa vie. 

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Si près et pourtant si loin, un homme tournait comme un lion en cage. Ils se rapprochaient, l'homme pouvait sentir l'aura démoniaque qui entourait sa protégée. Quelqu'un oeuvrait dans l'ombre. L'ennemi se rapprochait, tissait sa toile autour de sa proie. Keb aurait donné cher pour être libre de faire le voyage à travers les mondes et retrouver sa princesse. Le danger n'était pas assez imminent pour que l'Appel ait lieu. En attendant, il rongeait son frein.

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La bourrasque fit voler les cheveux de la jeune Atlante. Elle respira enfin librement: ce vent était libérateur, il chassait toute l'atmosphère malsaine qui s'était accumulée dans la ruelle sombre. Le vent tourbillonna et se solidifia pour prendre une forme humanoïde. Un drôle de personnage se tenait maintenant devant elle. De lui émanait une force tranquille, un calme serein. En une seconde, le combat avait été tué dans l'oeuf et tout les assaillants mis hors d'état de nuire. De sa voix calme l'arrivant ce permit de sermonner les uns et les autres pour ensuite la saluer et disparaître un peu cavalièrement. Il n'avait même pas laissé à la jeune femme le loisir de lui répondre. Déjà il avait disparu dans un nouveau courant d'air.

Alors la jeune femme explosa. Il y avait trop de secrets, trop de non-dits comment pouvait-elle faire partie intégrante de la Caravane, leur faire confiance si elle ne savait pas ce qui se passait. Ses beaux yeux lancèrent des éclairs comme elle exprimait son ressentiment à voix haute.

Mais bordel! Est-ce que quelqu'un aurait l'amabilité de me dire ce qui s'est passé? Qui étaient-ils? Qu'est-ce que c'est que cette histoire? Vous avez attaquer ces gens, leur convoi? Qui est ce Mnémos? Que reproche-t-on à Ikaar? Ton frère! Tu as un frère!?

Kachina retenait à grand peine les larmes qu'elle sentait monter. Ce soir elle avait cru qu'un lien les avait rapproché, qu'elle pourrait peut-être faire partie intégrante de cette famille éclectique mais dont les membres se serrait les coudes et elle se rendait compte qu'elle était bien trop à l'écart de tout pour être considérée comme l'une des leurs. Elle se sentait blessée et surtout très seule. 

D'un geste rageur, elle rejeta la main que le vieil Orc avançait vers elle. La belle furie se retourna et quitta les lieux sans se retourner. Sans même réfléchir au fait qu'elle ne connaissait pas le chemin du retour qu'elle n'avait eu le temps de voir que très parcimonieusement entraînée par une marionnette qui comme toujours était restée silencieuse. 

L'Atlante s'enfonça dans les ruelles d'un pas déterminé oublieuse des dangers potentiels, ressassant amèrement ces derniers jours. Ils avaient bon dos tous avec leurs beaux principes. Quand elle pensait à Ikaar et à ses conseils. Comment pouvait-elle s'intégrer dans le groupe des itinérants s'ils refusaient de lui dire la vérité? Elle se sentait trompée aussi car ils l'avaient empêchée de faire son choix de rester en connaissance de cause. Qu'était vraiment la caravane?

Le cheminement de ses ruminations l'amena à penser à Lo. Elle aimait et respectait sincèrement le vieillard. Peu à peu sa colère s'estompa et la jeune femme put retrouver des idées plus claires, moins chaotiques. Peut-être n'était-ce pas à eux de leur dire ce qui s'était passé. Peut-être était-ce trop dur de l'expliquer ou attendaient-ils de voir s'ils pouvaient réellement faire confiance à la jeune femme... 

Kachina regarda autour d'elle. L'endroit ne lui disait rien et elle se rendit enfin compte de sa bêtise. La colère était décidément mauvaise conseillère. Ses pas l'avait menée sans qu'elle y prenne garde et elle se retrouvait dans une des rues étroites et mal-famée de la "Basse-ville". Ici, une odeur immonde suintait des murs, des pavés et de chaque maison. La petite danseuse fronça le nez en une grimace dégoûtée et inspecta les alentours en quête d'un signe qui la mettrait sur le chemin du retour.
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Re: Au gré du vent.

Message par Mortelune le Ven 29 Mai - 14:37

Lorsque l'Altante prit congés de ses trois compères, la Marionnette eut comme premier réflexe celui d'intenter une course poursuite vite avortée par le bras de Lune, mis en opposition devant le corps désarticulé du pantin et dont les épaules se voûtèrent en regardant la petite danseuse disparaître au détour d'une ruelle.

Kachina courut un long moment jusqu'à atteindre une partie de la ville dans laquelle tout se ressemblait. Aucun indice pour lui indiquer le chemin le plus direct qui la conduirait vers les docks. La nuit était à présent en place depuis plusieurs heures. Le départ du bac devait être imminent. Peut-être même l'attendait-on déjà et si c’était le cas, il y avait fort à parier qu'elle n'apprécierait guère la soufflante qu'elle recevrait à son arrivée au lieu de rendez-vous.

Les bas-quartier de la cité portuaire ressemblaient à un assemblage hétéroclites de matériaux de toutes origines qui donnait forme à des habitations aux dimensions irrégulières et aux allures plus tordues les unes que les autres. Les rues étaient peu animées, mais encore loin d'être désertes. En revanche, l'ambiance était moins festive et décontractée que dans le quartier précédent. Ici, on croisait plutôt des mendiants et autres loqueteux. Quelques attroupements d'ivrogne agglutinés devant le dernier troquet miteux encore ouvert... et puis un certain nombre de type louches. Bandits, coupe jarrets, voleurs, tout ce que l'on pouvait imaginer comme racaille déambulait dans ces étroites artères crasseuses. Bien sur, aucun ne se présentait ouvertement comme assassin ou détrousseur, mais bien souvent, les postures, les regards, les visages ne mentaient pas.

Il fallait bien l'avoué Kachina était perdue. Seule au milieu de ces lieux oppressants et vers qui se tournaient tous les regards. Méfiants parfois, envieux, voire lubriques... Il était évident qu'elle n’était pas en sécurité ici.

D'ailleurs ce qui devait arriver ne tarda pas. Un petit groupe de trois robustes gaillards un peu éméchés se présentèrent à elle, alors qu'elle prenait un moment pour tenter de se réorienter. Avant même qu'elle n'ait pu s'en rendre compte, les trois opportuns lui faisaient face et dans son dos, un mur qui rendait toute fuite impossible pour le moment. Les trois larrons étaient si proche d'elles qu'elle pouvait à présent sentir leurs haleines qui empestaient l'alcool et le mauvais tabac.

L'un d'eux s'adressa alors à Kachina. L'homme en question était ni jeune ni vieux, des cheveux filasses, noirs et gras tombaient en cascade sur ses joues qui portaient les stigmates d'une vilaine maladie de peau mal traitée. 

-"Alors ma jolie. On cherche son chemin ? Mes gars et moi on peut, peut-être t'aider ? C'est que c'est pas prudent pour une petite fille comme toi de se balader ici.... Tu cherches un coin pour dormir ? Si y-a que ça, on pourrait te tenir compagnie un petit moment, qu'est-ce que t'en penses ?"

Puis l'indisposant personnage tourna son visage vers ses compères

-"Ou alors on lui demande pas son avis ? Z'en pensez quoi ?" demanda-t-il avant de partir dans un rire gras qui entraîna celui des deux autres.
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Re: Au gré du vent.

Message par Assiah le Lun 1 Juin - 22:29

La ruelle parut se refermer sur la proie qu'elle avait attrapée. Kachina recula jusqu'à se retrouver acculée, dos à un mur froid et humide. Les trois lascars s'approchaient doucement l'oeil luisant, un sourire à vous glacer les sangs plaqué sur leurs lèvres. Un cri muet monta dans la gorge de la jeune fille sans défense. Tandis qu'elle roulait des yeux effrayés les trois rustauds continuaient leur lente progression jouant un peu au chat et à la souris. 

Le son, inaudible pour l'oreille humaine, s'envola emporté par le vent, il se répercuta à l'infini sur chaque obstacle qu'il rencontrât pour traverser les mondes. 

C'est alors qu'un bruit intrigua les agresseurs en devenir. Des centaines de griffes claquaient contre les pavés inégaux. Les trois hommes tendirent l'oreille curieux. Une trentaine de rats déboulèrent alors comme une armée chargeant l'ennemi. Ils poussaient de petits cris stridents tout en s'agrippant aux jambes des petits malfrats pour les griffer, les mordre, tenter de les faire tomber... 

L'un d'eux faisait des mouvements frénétiques pour enlever ses immondes créatures de lui. Les deux autres sortirent des lames pour tuer ces bestioles. Pendant qu'ils s'acharnaient sur ces animaux plus agiles qu'il n'y paraissait, l'Atlante avait repris ses esprits et passa à l'action. 

D'un geste, elle fit sortir du néant une arme étrange. C'était un bâton aussi grand qu'elle dont une des extrémités se terminaient en deux crochets de fer et l'autre était plus bombée. La jeune femme fit tournoyer l'arme et, avant qu'ils aient pu réaliser qu'elle les attaquait, les deux larrons les plus proches étaient mis hors d'état de nuire. Dans un même mouvement, la danseuse avait de l'extrémité crochue de son bâton, happer la jambe du premier qui était tombé lourdement au sol tandis que la deuxième extrémité venait toucher son deuxième adversaire à la tempe l'assommant. 

Le regard de la princesse se fixa alors sur le dernier des trois hommes, attaqué par la horde de rats et face à cette femme désormais armée, il ne demanda pas son reste et préféra battre en retraite. 

Kachina remercia chaleureusement ses sauveurs et versa quelques larmes pour les trois corps gisant sans vie. Elle ne s'attarda cependant pas sur le champ de bataille craignant que les malfrats reviennent à eux. L'arme se volatilisa entre ses doigts aussi rapidement qu'elle était apparue.L'Atlante eut un sourire satisfait, elle avait choisi cette arme plutôt qu'une autre car elle n'était pas faite pour tuer. Or la jeune femme n'avait pas eu l'intention d'ôter la vie à ces trois hommes avinés et se félicitait de sa clémence. Une vie était trop précieuse pour qu'on l'enlève comme ça estimait-elle... même s'il s'agissait de petites frappes, il ne lui appartenait pas de juger s'il méritait la mort. 

Ce combat l'avait ramenée à la réalité de sa condition, elle n'était pas vraiment une pauvre fille perdue dans une ville trop dangereuse pour elle. En réalité, elle venait même de se prouver qu'elle pouvait se défendre. bon ce n'était pas non plus de redoutables guerrier mais cette victoire aussi futile fut-elle eut l'avantage de calmer ses angoisses. C'est l'esprit plus serein que la petite danseuse repartit. 

Enfin, elle croisa ce qu'elle cherchait. L'animal était méfiant, il s'approcha d'elle truffe en avant et passa un bon moment à la renifler alors qu'elle lui parlait calmement. Quand il fut assez en confiance, le chien se laissa caresser. Il avait de longues oreilles tombantes, un nez long et très fin et un pelage tacheté noir et brun à poils courts. Il écouta attentivement sa nouvelle meilleure amie avec un regard proche de l'adoration, la langue sortie et la queue battante. 

J'ai besoin de ton flair mon ami, peux-tu m'aider à retrouver les docks? 

Le fidèle animal jappa joyeusement et sauta autour d'elle comme pour l'inviter à la suivre. Le reste ne fut qu'un jeu de course-poursuite à travers les rues presque désertes. Arrivée à bon port, Kachina remercia chaleureusement son guide et s'accroupit pour lui prodiguer gratouilles et papouilles. Puis, le chien disparut dans le dédale des rues avec un dernier regard plein d'amour pour son amie. 

L'Atlante se redressa épousseta maladroitement ses vêtements, redressa la tête et marcha d'un pas décidé vers le bac où tous l'attendaient sûrement. Elle imaginait Ikaar, le regard réprobateur et les mains sur les hanches, Djez' à ses côtés paradant avec un sourire narquois prête à lancer l'une ou l'autre phrase pour détendre son chef et l'air plus ou moins outré que chacun des caravaniers auraient. Il n'était pourtant pas question qu'elle se sente comme une petite fille que ses parents gronderaient parce qu'elle n'était pas rentrée à l'heure. Et puis, espéra-t-elle peut-être n'avait-il même pas remarqué son retard. Après tout ils avaient pour sûr d'autres sujets de tracasseries que sa petite personne. Ceux qui les avait attaqué dans la ruelle devait bien être du voyage si elle se rappelait...
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Re: Au gré du vent.

Message par Mortelune le Mer 3 Juin - 15:32

Lorsque Kachina rallia enfin l'embarcadère, elle se trouva face à une scène surréaliste. Deux groupes d'une grosse dizaine d'individus chacun se toisaient, et parfois s'invectivaient alors qu'entre les deux, jouant un rôle de tampon, le passeur bedonnant tentait en vain de faire regagner son calme à tout le monde.

Bien évidement, dans ce contexte, l'arrivée de l'Atlante passa inaperçue au milieu de cette agitation. 

Sur la gauche, se trouvaient les Caravaniers de Nulle Part, et au front de ceux-ci, Ikaar, visiblement très remonté, ce qui n'était pas chose habituelle le concernant, lui qui était plutôt maître de ses émotions. En l’occurrence, le guerrier s'agitait, à grands renforts de gestes des mains et des bras. De sa position la petite danseuse percevait mal la teneur de ses propos, mais il était question de ne pas embarquer dans ces conditions.

Visiblement, le problème était posé par le groupe d'en face, qui semblait doté d'un passif commun avec la troupe du demi-démon.

Celle-ci était presque aussi bigarrée et hétéroclite que celle des Caravaniers. Un bref coup d’œil à cette compagnie permit à l'Atlante de reconnaître le petit renard qu'elle avait croisé quelques minutes plus tôt mais aussi la femme aux loups et celui qui s’était présenté comme le frère de Krabulg. Elle croisa également le regard d'un imposant Ursidé, haut de près de trois mètres qui tentait tant bien que mal de garder son calme, ses doigts griffus crispés sur une hache presque aussi grande que Kachina. 

Alors qu'elle continuait son observation, la danseuse nota également une Nymphe des bois, ainsi qu'un individu présentant les caractéristique d'un faune et portant un étrange masque métallique. Au coeur du groupe elle remarqua également deux hommes et une femme. La femme était magnifique, le port altier, les cheveux d'un blond presque blanc typique des contrées nordiques tout comme son visage à la beauté froide et dont les yeux toisaient l'assemblée avec un certain dédain. Quant aux hommes, le premier avait tous les attributs du barbare de base, de la grosse épée en passant par la barbe fournie, les cheveux longs laissés au vent, jusqu’à son torse musclé et balafré exposé à la vue de tous. Le second était beaucoup plus distingué, plus frêle aussi. Son visage était fin et décoré de deux yeux clairs, presque translucides et des cheveux blonds tombant en cascade sur ses épaules. Il portait d'élégants vêtements confectionnés à partir d’étoffes raffinées. A sa ceinture, siégeait une magnifique épée de maître probablement forgée dans une contrée orientale.

Pour finir, le groupe comptait également une pisteuse Elfe, apparemment sylvaine à en juger par ses vêtements, deux femmes, probablement soeurs, aux physiques très proches et d'une pâleur maladive. Et enfin, un humain d'un certain age, le torse nu couvert de tatouages jusque sur son crane rasé et qui semblait parler au nom de cette mystérieuse compagnie et s'opposait de ce fait à Ikaar.

Lui aussi visiblement ne souhaitait pas effectuer le trajet en commun avec les Caravaniers. La tension était vraiment palpable et il aurait suffit d'un rien pour que la situation ne s'embrase définitivement.

Bizarrement, alors que tout semblait opposer ces deux factions, elles affichaient pour autant de nombreux points communs. Leur composition déjà, mais également le choix assumé d'une vie itinérante. D’après ce que Kachina avait pu comprendre, les deux entités étaient liées par leur histoire. Il lui faudrait savoir comment d'une façon ou d'une autre pour éviter tout impair.

Après plus d'une heure de tractations, et comprenant que la prochaine barge ne partirait pas avant plusieurs jours, les deux chefs furent contraints de faire contre mauvaise fortune bon cœur. Le passeur leur promit en échange des compartiments privés et de faire en sorte que les deux groupes ne se croisent que le moins possible.

Quelques heures après, le navire quitta l'embarcadère. 

Chaque passager se vit ensuite remettre les clefs de sa petite cabine personnelle. C’était loin d'être luxueux et plutôt exigu, mais le tout avait le mérite d'être confortable. Un lit propre, un seau d'eau pour les ablutions, un placard étroit et une petite corbeille de fruits frais en guise de présent de bienvenue. Il y avait même un peignoir en coton doux et une tunique de jour légère en lin blanc. Le passeur derrière ses airs méprisables savait au moins recevoir comme il se fallait. 

Ce dernier, comme il est souvent de coutume dans les traditions des contrées jouxtant l'Océan de Sable, économiquement et culturellement dépendante d'El Hazeem, avait respecté le principe de non mixité. Ainsi les hommes et les femmes étaient logés dans des quartiers différents. La poupe serait masculine et la proue féminine. Le sort avait décidé que les deux voisines de la petite danseuse seraient la belle Dame de Beaulieu et Osmeth Daerdïl Silmïs. 

Les deux groupes avaient chacun été logés l'un sur le flanc bâbord et l'autre à tribord du vaisseau qui sillonnait à présent la mer de sable. Le trajet durerait quelques jours si tout se passait comme prévu d'ici leur accostage à El Hazeem. Avant cela, il faudrait supporter la promiscuité d'un groupe dont la petite Atlante ne savait rien. Mais au final, en savait-elle beaucoup plus sur celui qu'elle côtoyait depuis plusieurs mois déjà ? Rien n’était moins sûr à ce stade.

Après cette éprouvante journée chacun ressentit une irrépressible envie de se reposer. Deux ou trois heures de sommeil pouvaient-ils tous espérer, grand maximum, avant que les lueurs de l'aube se révèlent que le petit déjeuner soit servit sur le pont. 
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Re: Au gré du vent.

Message par Assiah le Sam 20 Juin - 22:58

A l'instar de la plupart des passagers, la petite danseuse prit les clés qu'on lui avait remise et entra dans la petite pièce qui lui avait été allouée. Kachina ne put cependant fermer l'oeil, elle s'allongea sur le lit et laissa ses pensées dériver au rythme du ressac. Là, dans le calme de la cabine, il était plus facile de remémorer les événements de ces dernières heures. La caravane de nulle part n'était donc pas la seule à errer par monts et pas vaux! Qui était cette autre faction? Comment les deux factions s'étaient-elles rencontrées et surtout pourquoi tant d'hostilité l'une envers l'autre? 

Les personnages qu'elle avait entraperçu plus tôt semblaient tout aussi étranges et disparates que ceux qui formaient la caravane. Elle n'avait pas eu le temps de tous les détaillé mais leur chef qui affichait tant de tatouages l'avait intriguée. L'Atlante se redressa, prit un fruit dans la corbeille et, n'y tenant plus, décida qu'il était temps qu'elle sorte prendre l'air du large. Elle avait quelques jours pour enquêter. 

La première personne à qui elle pensa fut le vieux sage de qui elle se sentait si proche depuis ses récentes révélations mais après quelques instants de réflexions, elle se dit qu'il ne lui dirait sans doute rien. D'après les quelques éléments dont elle disposait, le centre du problème était une sombre histoire de vol... non en fait le problème semblait bien plus ancien, plus ancré dans les mémoires et dans les haines de chacun. Cette histoire ne devait être qu'une de plus dans l'avalanche qui avait suivi la première boule de neige lancée. 

L'Atlante ne voyait pas très bien qui voudrait répondre à ces questions. Le plus à même de le faire était évidemment Ikaar puisque c'était leur chef mais elle n'aurait pas le courage de lui faire face... elle avait vu sa colère le soir où elle avait été acceptée au sein des caravaniers et celle qu'il étouffait il n'y a pas si longtemps face à l'homme tatoué. Peut-être était-ce lui le plus à même de lui répondre au final, mais elle redoutait de se faire tuer avant même d'avoir pu l'approcher. 

Et si elle demandait à Krabulg? Le vieil Orc avait été si prévenant avec elle, la jeune femme se voyait mal lui demander des explications au sujet de son frère. Son ami devait déjà assez y penser comme ça sans qu'elle vienne l'ennuyer avec ses question. Lune elle aussi semblait avoir un passé qu'elle ne voulait évoquer. Il avait mentionné ses parents. Djez' était sans doute celle qui parlerait le plus librement de tout ça mais comment aborder le sujet avec la Belle Dame? Le souvenir de ses menaces était encore vivace dans la mémoire de l'ingénue et elle ne tenait pas à se faire agresser une nouvelle fois. Décidément elle n'arrivait pas à se décider! Qui donc interroger sans risquer de se faire rejeter complètement de la caravane? Et si elle ne le faisait pas, si elle restait dans l'ignorance, elle savait qu'elle ne pourrait faire totalement confiance à l'un d'eux. Dans ses élucubrations et ses tactiques fumantes, l'Atlante envisagea même de dévoiler son propre secret pour qu'ils soient plus disposés à leur raconter leur histoire, la vraie, celle que tous semblaient protégé et dont ils ne parlaient jamais qu'à mots couverts.

La petite danseuse en eut assez de rester là à gamberger seule face à sa corbeille de fruits. Elle se leva, ouvrit la porte de sa chambrette, elle étouffait dans cette pièce trop petite pour garder ses questionnements. L'horizon lui répondrait mieux et marcher avait toujours attisé ses sens et son esprit. Elle se retourna pour fermer consciencieusement la porte de son antre, elle aussi avait quelques objets cachés. 

Elle déambula dans le couloir avant de trouver l'accès au pont et de s'y rendre. Pour cela, elle dû monter une rangée d'escalier ce qui s'avéra être sportif. L'embarcation tanguait de gauche à droite et elle n'avait pas le pied si sûr que sur terre. Sur le pont, elle fut soufflée par la vue et c'est s'en même s'en rendre compte qu'elle franchit les quelques mètres qui la séparait de la rambarde pour s'y accouder. 

Au loin la ville disparaissait sous un tapis d'or, le soleil qui se levait chatoyaient dans le ciel lambrissant le ciel qui s'éclaircissaient de coulée d'or. Le mariage du ciel et de la terre sous les paillettes rosées du levant était magnifique. Perdue dans le spectacle grandiose, la brunette avait oublié toutes les incertitudes qui la troublaient tant. La nature lui offrait un présent et elle déballait son cadeau avec les yeux émerveillés d'une enfant.

Soudain un mouvement la tira de ce moment de complicité avec Dame Nature. Un autre des passagers avait assisté au spectacle et venait de se manifester de manière fort discrète. La jeune femme n'avait aucune envie de se laisser arracher à sa contemplation pour retourner brutalement dans la réalité du quotidien. Aussi ne tourna-t-elle pas la tête pour savoir qui venait lui tenir compagnie de la sorte.
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Re: Au gré du vent.

Message par Mortelune le Lun 22 Juin - 15:56

Un vol d'oiseaux migrateurs qui fuyaient les fortes chaleurs du sud pour rallier les contrées septentrionales vint rompre le silence presque religieux qui s’était propagé sur le pont.

Au loin le contraste des couleurs entre le ciel et la terre était de plus en plus saisissant. On pouvait également apercevoir à l'horizon, les silhouettes d'immenses coquillages hauts de près d'une centaine de mètres pour les plus grands, vestiges d'un passé lointain, époque à laquelle l'océan de sable était pour partie recouvert d'eau et abritait dans ses entrailles de gigantesques monstres marins.

La présence discrète que perçue Kachina était en réalité présente depuis un long moment et elle aussi avait su apprécier à sa juste valeur le spectacle offert à eux. 

-"Je ne me lasserai jamais d'admirer un levé de soleil. J'ai l'impression de renaître à chaque fois."   

Cette phrase fut prononcée dans le dos de l'Atlante qui, en se retournant pu en reconnaître l'auteur. Il s'agissait de l'être étrange, sorte de Nymphe des bois qu'elle avait observée plus tôt, membre des Exilés. L'être en question était fluette et gracile, assise en tailleur sur l'un des bancs installés sur le flanc du bateau. Son visage était apaisé, ses yeux noirs fixés sur l'horizon dont s'échappaient deux stries qui traversaient ses joues semblables à deux coulées de larmes éternelles. Ses cheveux, si l'on pouvait dire ainsi, étaient en réalité une coiffe sophistiquée de fleurs et d'herbes tressées qui poussaient directement au sommet de sa tête. Ses oreilles étaient pareilles à deux feuilles d'automnes, orangées, presque roussies et enfin, elle ne portait aucun vêtements, sa peau étant entièrement recouverte d'une écorce bleue nuit qui mettait notablement en valeur des courbes plutôt avantageuses. Elle ne possédait en outre et bien évidement, aucun organe génitaux à exposer puisque le mode de reproduction de ceux de son espèce se faisait à la manière des fleurs et plantes, par pollenisation. Les Nymphes des bois passaient donc les premières années de leur vies enracinées, à se nourrir des sédiments contenus dans la terre avant de prendre leur liberté une fois assez forts et autonomes.

La nymphe qui se tenait devant Kachina, bien qu'étant une Exilée, qu'à priori tout opposait au clan de Kachina, n'opposa aucune animosité. Au contraire, son regard était doux et chaleureux. Un sourire se dessina, léger mais réel sur les lèvres striée de l'être au sang de sève. 

La phrase qu'elle venait de prononcer prit tout son sens quand Kachina constata la nature de son interlocutrice. Celle-ci s’étira alors devant elle, comme une fleur qui éclos, tirant ses bras le plus haut possible vers les cieux rosés. 

Souhaitant couper court à tout éventuel indécision ou mouvement de replis de Kachina, la douce nymphe pris l'initiative de la conversation.

-"N'aies crainte, jeune pousse, il n'y a nulle malice dans ma démarche."

Elle ponctua d'un large sourire accompagné d'un geste de la main. Une main dont les doigts très longs étaient similaires à des branches d'arbustes irrégulières et tortueuses.

-"Je suis simplement lasse à vraie dire. La compagnie de mes anciens camarades me manque. Et je ne puis en parler. Ce sujet est comment dire... délicat. Je sais que je ne suis pas la seule, et je me doute que c'est un sentiment partagé par beaucoup, y compris chez vous. Mais il n'est point aisé d'en parler à cœur ouvert entre nous. En parler à l'ennemi, si je puis dire, est bizarrement plus simple."

En proie à un spleen aussi soudain que violent, la nymphe baissa les yeux, des yeux emplis de nostalgie à défaut de larmes.
-"Mais je suis aussi impolie qu'une mauvaise herbe. Je me nomme Caesalpinioideae Elebreth Amren D'oAr Enyce Valia des Iles Vertes. C'est un nom peu commode, je te l'accorde. Les autres ne s'en souviennent jamais, ou se trompe. On m’appelle plus volontiers Acacia. Ce qui au final reviens au même. Disons que c'est un peu comme si on décidait de supprimer les prénoms des humains et que ne subsistait plus que le nom de famille... et encore. Je schématise... et en même temps je m'égare. Tu dois probablement te demander ce qui peut bien me prendre, de t'aborder comme ça. Je n'en sais rien moi même en faite. J'ai juste envie de parler. Mais je ne sais rien de toi si ce n'est que tu as rallié la Caravane il y a peu. ".
Elle sembla songeuse un moment. Presque gênée.

-"Ecoute, je ne veux pas t'embêter. Si tu ne veux pas me parler je comprendrais. Ikaar à probablement donné des directives je suppose... pardonne moi, je vais partir..."
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Re: Au gré du vent.

Message par Assiah le Dim 28 Juin - 15:24

Un moment, on entendit plus que le cri des oiseaux qui continuaient leur vol éperdu. La petite danseuse ne savait trop comment réagir face à cet être incroyable . Jamais il ne lui avait été donné de voir une si étrange créature. Sa peau avait la texture de l'écorce, d'un bleu profond on pouvait en distinguer toutes les aspérités. Kachina se demanda si elle était aussi rugueuse au toucher que celle des arbres. Sa chevelure de feuilles, de tiges et de racines était soigneusement entretenue. Dans ses yeux, la petite danseuse ne lisait aucune animosité mais de la douceur mêlée de curiosité. 

L'Atlante ne savait trop quelle attitude adopter: devait-elle quitter le pont sans un mot comme l'aurait sans doute exiger la plupart des membres de la caravane ou satisfaire sa curiosité et son envie d'en connaître plus sur cette femme pour le moins exotique?

La créature dut sentir son hésitation car elle s'adressa à nouveau à elle. Sa voix lui faisait penser au murmure des arbres quand le vent les caresse d'une brise légère. La petite danseuse écouta la nymphe des bois ressentant sa tristesse, comprenant sa nostalgie et eut un regard plein de compassion envers cette femme qui, somme toute, semblait aussi seule qu'elle. Plus que la curiosité, ce fut cette détresse qu'elle crut capter chez la jolie Dame des bois qui la poussa à s'installer à ses côtés. L'une comme l'autre avait besoin de confier leur détresse à quelqu'un, il était rare de croiser des personnes qui ouvrait leur coeur avec tant de naturel et l'Atlante considérait ça comme une qualité méritoire. Elle retint la dryade d'une main légère et se présenta à son tour heureuse de cette rencontre.

"Reste je t'en prie, je ne nourris aucune animosité envers toi ou les tiens, plutôt une grande curiosité. Le nom que l'on me donne au sein de la caravane est Kachina. Si tu m'en donnes la permission je t'appellerai moi-aussi Acacia, j'ai bien peur d'être incapable de retenir ou même de prononcer correctement ton prénom hélas."

La jeune princesse eut un sourire d'excuses sincères. Elle attendit qu'Acacia se tourne à nouveau vers elle pour reprendre d'une voix ou se mêlaient l'incompréhension et la timidité. 

 Il y a peu je fus effectivement acceptée par les itinérants comme l'une des leurs. Je t'avoue qu'Ikaar n'a absolument rien dit à votre sujet. J'ai essayé de reconstituer qui vous étiez et ce qui c'était passé mais il semble que ce sujet soit tabou au sein de la caravane. Personne ne veut ou n'ose en parler et je suis un peu perdue. Je t'écouterai avec plaisir si tu veux parler du temps que tu as passé parmi eux."

La petite danseuse voulait sincèrement venir en aide à la douce nymphe, elle avait perçut sa nostalgie de cette autre époque qui chantait visiblement encore en elle. Le soleil avait fini de se lever et le ciel avait perdu ses couleurs rosées pour devenir d'un bleu limpide. L'or du sable avait pris de l'éclat sous ses rayons et la mer de sable avait pris des allures de poussière d'or. Le vent marin faisait claquer les voiles et apportaient dans son sillage les effluves incomparables de cette mer de sable. Il apportait une agréable fraîcheur et faisait  danser les cheveux de la brune à un rythme effréné. L'instant aurait pu être agréable si les deux protagonistes n'avaient pas eut des pensées aussi maussades.

La jeune princesse ne voulait pas qu'elles en restent là, elle était résolue à comprendre et  qui sait, la traversée serait peut-être profitable aux deux jeunes femmes. Elles pourraient s'entre-aider dans leur désir de rallier les deux factions... Kachina se prit à rêver qu'elles arriveraient à taire les rancoeurs passées et à réunir à nouveau les deux clans d'itinérants, ou au moins à faire en sorte qu'ils aient des relations cordiales. La Dryade lui avait dit que d'autres éprouvaient la même nostalgie parmi les autres, "les Exilés" comme elle les avait appelés et pourquoi ne pourrait-il y avoir de réconciliation possible finalement?

D'après ce que j'ai peu comprendre, nos deux factions ne faisaient qu'une mais un événement s'est produit qui vous a séparé...lequel, c'est un mystère. Par contre je ne comprends pas comment les choses ont pu dégénérer à ce point... que s'est-il passé pour que des frères de marche se battent l'un contre l'autre de la sorte, se haïssent au point de vouloir la mort des autres?

La petite danseuse tenait toujours dans la main celle de la créature. Elle pouvait sentir sa peau étrangement douce mais pourtant rugueuse sous ses doigts. Ses yeux observaient les réactions de sa compagne arborant la même tristesse qu'elle pouvait lire dans ceux d'Acacia. Comment tant de haine avait-elle pu naître entre ces personnes qui avaient visiblement été alliées. Dans un éclair, elle revit la fureur d'Ikaar devant leur compagnon de voyage, la sombre étincelle qui avait allumé ses yeux lors du vote pour son adhésion dans la caravane quand les caravaniers avaient invoqués les raids. Tous ses éléments qui se reliaient peu à peu dans son esprit pour tisser une trame encore floue et qui lui étaient encore bien étrangers.
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Re: Au gré du vent.

Message par Mortelune le Mer 19 Aoû - 17:16

Un sourire illumina le visage triste de la nymphe alors que Kachina lui retint la main. Elle avait souhaité qu'il en soit ainsi, et l'Atlante avait exhaussé son vœu secret. Elle s'installa alors plus près de cette jeune femme discrète mais ne manquant pas de charisme. Comme lui faire sentir qu'elle pouvait avoir confiance en elle. Comme pour, dans le même temps, rendre leur conversation encore moins audible.

Elle eut ensuite une moue gênée quand Kachina lui indiqua qu'elle l’appellerait par son nom commun. Comment en aurait-il pu être autrement. Il aurait été illusoire de croire le contraire. Elle secoua alors sa tête comme pour lui signifier que cela n'était pas grave, faisant s'entrechoquer les roseaux bruns qui paraient sa coiffure par endroits.

Elle écouta avec attention les phrases prononcée par la jeune femme, dont la sincérité l’émue presque autant que la détresse et l'incompréhension qu'elle sentait en elle. Elle semblait quelque peu perdue, voire désemparée face à des éléments dont elle ne maîtrisait pas les tenants et aboutissants. A la manière du soleil qui commençait à illuminer le pont, Acacia pensa qu'il n'était que justice d'éclairer la lanterne de cette jeune fille qui se morfondait en attendant d'en savoir plus.

Les yeux noirs et profonds de la nymphe semblèrent se perdre un moment dans le passé, comme si elle revivait les événements de jadis pour mieux pouvoir les retranscrire à son interlocutrice. Puis, de retour dans le présent, son visage se tourne vers celui de Kachina. Il semblait moins enjoué et avoir retrouvé la nostalgie qu'il présentait avant que les deux femmes ne débutent leur conversation.

-"En vérité, c'est une histoire assez trouble. Je ne suis finalement pas surprise que personne ne se soit empressé de te la conter. Tu as raison sur plusieurs points. Les exilés faisaient autrefois partie de la caravane de nulle part. Un événement particulier a fait qu'à un moment donné certains caravaniers ont prit la décision de ne plus suivre les commandements d'Ikaar. Non pas parce qu'ils ne voyaient plus en lui un chef ou un meneur de talent, mais parce que ce dernier leur avait caché un secret. Un lourd secret. Un secret dont la nature peut mettre en péril les gens qui le côtoient. Partant de là, le groupe fut divisé en deux. Ceux qui décidèrent de quitter la Caravane, jugeant le silence d'Ikaar comme valant trahison vis à vis de la communauté, et ceux qui lui juraient fidélité, arguant que tous les caravaniers avaient des secrets les uns pour les autres et que cela était même l'un des principes fondateurs de notre entité..."

L'incarnation florale marqua une pause et sembla cherché ses mots un moment.

-"Avec du recul, je suis toujours dans l'absolue incapacité de savoir si j'ai fais le bon choix en quittant la Caravane. D'ailleurs, je pense que ma décision a plus été celle d'une suiveuse que d'une personne ayant de fortes convictions. J'ai été certes choquée par ce qu'Ikaar avait pu nous cacher, mais... D'un autre côté, il n'a toujours souhaité que le bien de la communauté et a toujours mit un point d'honneur à faire passer les intérêts du groupe avant les siens. Les arguments des uns et des autres se valent. Ce que je sais par contre, c'est que depuis ce jour où nous avons décidé de prendre un chemin différent, les choses ne furent plus jamais les mêmes."

Une nouvelle pause s'intercala sous la forme d'un silence pesant, déchiré de temps à autre par le bruit de la brise qui amenait de temps à autre la chaleur et les senteurs particulières de l'Océan de Sable.

-"Notre groupe et le vôtre sont très similaires et il n'y a rien de plus logique la dedans. Nous avons des années durant, vécu de la même façon, emprunté les mêmes itinéraires, établis les mêmes campements aux mêmes endroits et dessinés les mêmes routes saisonnières. Implacablement, nos chemins se recroiseraient régulièrement. Et ce qui devait arriver arriva. Des tensions s'auto alimentèrent. Parfois justifiées, mais le plus souvent infondées. Une sorte de traité fut établit entre nos deux factions, définissant des règles qui auraient du empêcher la situation de dégénérer. Cela fonctionna un temps. Mais plus tard, après que nous ayons constaté le pillage d'une partie de nos vivres, nous pointèrent le bout de nos doigts accusateurs vers la Caravane de Nulle part. Une rencontre entre Mnénos et Ikaar fut organisée. Le ton monta. Le premier accusateur, le second sur la défensive. Il se quittèrent en proie à une colère vive, mais sans avoir pu se mettre d'accord sur la réalité des faits. Quelques temps après, à la faveur d'une nuit sans lune, les partisans d'Ikaar essuyèrent un assaut. De nombreux caravaniers furent blessés au cours de la bataille, sans qu'aucun d'entre eux ne puisse précisément déterminer l'identité des assaillants. Bien évidement, à défaut de certitude, ils rejetèrent l'initiative du raid sur Mnénos et notre communauté. Alors qu'il n'en est rien."

Afin de rompre un temps soit peu avec la dramaturgie de la situation, Acacia força un sourire à destination de Kachina.

-"Depuis nous en sommes là. Nous nous évitons, nous provoquons, nous insultons ou nous menaçons parfois. Il est même arrivé que quelques coups se donnent puis se rendent."

Le visage de la nymphe n'avait jamais semblé si triste jusque là.

-"Et moi je suis là, au milieu de ces agissements qui me répugnent et me désole, espérant de tout mon être que tout reviendra comme avant et sachant pertinemment que cela n'arrivera jamais car personne ne veut tendre la main vers l'autre. Chaque personnalité exerçant un pouvoir d'influence sur chaque groupe campe sur ses positions. Chez nous Mnénos est à la fois la personne la plus sage que je connaisse mais aussi la plus têtue. Yao est aussi déterminé qu’insondable. Tenter d’exercer une quelconque influence sur lui relève de la folie pure et simple. Solveig est un peu plus accessible, mais pas au point de renouer avec la Caravane. Au delà de ça, le fait de ne plus côtoyer Djez au quotidien lui convient très bien...le autres ne font que suivre le mouvement. Kruul suivra Solveig jusqu'en enfer. Louve à suivi Agram. Agram a suivi Mja. L'elfe voulait rester proche de Narzog et ce dernier voulait rendre la pareille au Faune... Le Faune pour sa part, ne quittera jamais Les Exilés, dans la mesure où sans lui, ils se retrouveraient sans compagnons apte à l'entretien du convoi. Opale et Orphée sont un peu à part, et évoluent dans un monde qui n'appartient qu'à elles, bien qu'elles fassent partie intégrante des Exilés. Je les vois mal revenir sur leur décision. Enfin il y a Rafael...aaaah Rafael... Je l'adore mais en en même temps il a le don de m'exaspérer tant il tourne tout en dérision..."

Après un passage en revue des Exilés, Acacia se sentie obligée de faire de même pour les Caravaniers.

" et de ton côté tu n'es pas en reste, rassure-toi. Ikaar ne jure que par son fichu code d'honneur qui l’enchaîne comme les fers les plus robustes et les plus lourds du monde... Lø semble omniscient et avisé, mais ne dit jamais mot...Djez sera toujours de l'avis d'Ikaar, quoi qu'il lui en coûte et en dépit de toutes ses désillusions. Shana serait peut-être encline a pardonner, mais elle n'ira pas contre l'avis de Roi Izmir, qui en veut à Mnénos d'avoir déclenché ce mouvement séparatiste. Krabulg et Lune iront de front, dans la direction la plus opposée à celle de Narzog. Yazzren desteste cordialement Solveig, que tout le monde lui oppose comme étant sa parfaire antithèse. Nakoth ne s’intéresse qu'à ses casseroles et la fraîcheur de ses aromates, la politique ne le concerne guère. La Marionnette vie dans son monde et Liam est trop jeune pour avoir une quelconque influence sur le reste du groupe. Pour finir Myal suivra Oz'... Je veux dire Osmeth Daerdïl Silmïs... C'est la seule qui m’appelle par mon nom complet, je peux bien faire de même pour elle...."

Un larme d'une blancheur laiteuse roula sur la joue d'écorce d'Acacia.

-"Elle me manque plus que tout..."
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Re: Au gré du vent.

Message par Assiah le Mar 22 Sep - 22:52

Le regard de la petite danseuse se perdit dans une contemplation morne de l'horizon. Si elle avait eu un vague espoir de réconcilier les factions ennemies, il s'était évaporé avec la brume de ces confidences matinales. La jeune idéaliste connu un moment d'abattement profond sans doute accentué par la tristesse de sa compagne de banc. Son esprit cherchait un moyen de retrouver le chemin de l'espoir mais il semblait que la situation soit bien plus compliquée qu'elle ne l'aurait cru. 

Ainsi Ikaar était la cause première de cette séparation. Quel horrible secret cachait-il donc derrière cette froideur, cette distance irrévocable qu'il mettait entre lui et le monde? Djez' avait essayé de percer ses défenses... sans succès et pourtant l'envoûtante suceuse de sang ne manquait pas d'atouts ni de toupet pour y parvenir. Kachina se rappelait ses mises en garde au sujet de leur chef et plaignit la belle Dame de n'avoir pu arriver à ses fins. La fin désastreuse de son secret éventé n'avait fait que renforcer ses défenses et les murailles qu'il avait érigées autour de lui devait être encore plus inexpugnables depuis ce jour où tout avait basculé à cause de lui. La petite danseuse commençait à percevoir ce qui rongeait le beau commander de la Caravane, cette culpabilité l'oppressait bien plus que les chaînes de son maudit code d'honneur.

Inexorablement le fil de ses pensées la ramena à son propre silence. L'anonymat de son existence et le danger que représentait son secret pour chaque itinérant la fit frémir intérieurement. Les caravaniers connaissaient le lourd fardeau de leur chef et avait accepté de le suivre en dépit de la menace... il lui avait été loyal.. qu'en serait-il si d'aventures le sien était percé, révélé au grand jour? Perdrait-elle les amitiés naissantes qu'elle avait tant de mal à considérer comme réelle? 

Elle eut un sursaut quelque chose en elle voulait défendre SA famille. Elle avait développé pour "La Marionnette" une affection toute particulière mais il y avait d'autres membres avec qui elle avait créé des affinités plus ou moins grande et même des amitiés étaient en train de se forger. Elle pensa notamment à Lune et à son complice éternel ou encore à Djez' pour qui elle avait le plus grand respect. Puis elle vit l'unique larme blanche qui stria la peau parcheminée de la belle des bois et son coeur se serra. Les liens qui existaient entre elle et la graine de sylvari étaient certes encore ténus mais elle avait déjà beaucoup de tendresse pour Oz'. L'Atlante se sentit quelque peu coupable de ne pas avoir eu la décence de faire l'effort de retenir son nom comme elle l'avait fait l'une pour l'autre. 
 
"Il semble qu'il soit impossible de convaincre les personnes instigatrices de cette scission de revenir sur leur position. Vous semblez presque regretter le choix que vous avez eu à faire... je ne comprends pas, pourquoi ne profitez-vous pas de cette traversée pour reprendre contact avec celle dont l'amitié vous manque tant? Si je peux vous aider en quelque façon que ce soit je serais vraiment heureuse de pouvoir le faire. J'aimerais vous offrir mon amitié si vous le voulez et peu importe ce qu'on en dira, on peut prendre ça pour une trahison je prendrai ça pour le chemin de la réconciliation."

Elle eut un sourire qui se voulait rassurant et qui, elle l'espérait cachait son appréhension. La petite danseuse savait qu'elle s'attirerait les foudres des caravaniers et se ferait même peut-être chassé séance tenante mais elle savait aussi qu'il lui était impossible d'agir autrement... ça irait contre les principes moraux qu'elle avait décidé de suivre dès lors qu'elle avait appris sa vraie nature. 

L'Atlante se prépara à quitter la jeune pousse et lui témoigna sa gratitude pour ses explications les plus honnêtes possibles. Il y avait quelque chose qu'elle se devait de faire maintenant... la jeune princesse estimait qu'il était temps qu'elle sache le fin de l'histoire et elle voulait l'entendre de la bouche du principal intéressé. Elle se leva donc avec la ferme intention de se diriger vers la chambre où Ikaar avait élu domicile pour le temps de la traversée.

Je te remercie pour ce moment d'intimité à tes côtés, il fut très instructifs mais les questions qui me taraudent encore, je pense qu'il est temps que j'aille les chercher à la source. Merci aussi de ta grande sincérité, tu n'as pas cherché à défendre un clan plutôt que l'autre ou à fausser mon jugement par des accusations. Tu as essayé de rester neutre et de ne pas influer ma pensée pour ou contre l'un ou l'autre. Je crois que toi-même tu penses que cette querelle a dégénéré et que les torts sont partagés. J'espère pouvoir te reparler pendant mais aussi après cette traversée... nous trouverons un moyen.

Kachina prit une grande inspiration, les senteurs de l'océan de sable vinrent chatouiller ses narines tandis que le vent faisait danser ses mèches folles autour de son visage. Déterminée, elle eut un dernier sourire pour la ravissante acacia et partit sans se retourner vers les quartiers de sieur Ikaar. En cette heure matinale, elle espérait qu'il serait toujours dans sa chambre et tant pis si elle devait le réveiller. Elle croyait se souvenir que lui-même ne s'était pas gêné le jour de leur départ. Malgré ses encouragements intérieurs, la timide jeune femme sentait sa belle assurance fondre à mesure que ses pas la menait vers la porte close du chef incontesté des itinérant... et de son coeur bien trop faible... arrivée devant la massive porte de bois, elle faillit faire demi-tour. La jeune femme se traita de lâche, prit son courage à deux mains et frappa trois coups. Dans sa poitrine, son coeur suivait un rythme endiablé qu'elle avait du mal à calmer. Elle espérait juste qu'il n'était pas de mauvaise humeurs aujourd'hui.
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Assiah
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Re: Au gré du vent.

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