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Destins croisés et gueule de bois.

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Re: Destins croisés et gueule de bois.

Message par Melkerah le Mer 30 Mar - 19:40

Il était curieux de constater les changements d'attitude des uns et des autres suite à ce fiasco, et le plus frappant était l'orientale qui, jusque là silencieuse et renfermée, en devenait presque enjouée. Ara songea que pour rester à ce point blasée, cette femme devait en avoir connu d'autres, ce qui pourrait bien augmenter leurs chances à tous de s'en sortir. A moins bien sûr qu'il s'agisse de pure bravade, auquel cas cela se saurait bien assez tôt.
La Noctalienne éprouva un respect teinté d'amertume envers la magnifique guerrière qui affirmait haut et fort son refus de céder, quitte à y laisser une existence dont la valeur lui semblait négligeable en comparaison de ses principes. Comment pouvait-on renoncer si facilement à la vie ? Arasé se sentait presque flouée, mais elle ne pouvait qu'admirer la détermination d'Assiah.
Absorbée par ses réflexions, la lycan faillit ne pas remarquer l'espèce de jarre qui apparut sur les genoux de Saké sur ce qui pouvait passer pour des membres courtauds. L'extraordinaire objet semblait parfaitement familier à l'orientale, qui se contenta de la déboucher pour se servir un verre d'un liquide d'apparence clairement nocive. Si c'était là la boisson que cette femme souhaitait consommer, grand bien lui fasse, Ara quant à elle préféra se rabattre sur un vin quelconque.
Elle leva son verre en essayant de ne pas montrer l'incrédulité totale que lui inspiraient les paroles de Saké au sujet des Noctaliens. Elle, une étrangère, semblait connaître cette race, ce qui était déjà en soi un concept difficile à appréhender pour Ara, mais en plus elle estimait étrange de ne pas connaître personnellement ceux de la ville !

-Les Umbra ? J'ai entendu parler d'eux, mais je ne les connais pas, répondit-elle en haussant les épaules d'un air qu'elle espérait nonchalant.

Par la suite, Ara se surprit à éprouver du soulagement que Saké fasse à voix haute état du lien qui unissait désormais les mercenaires et fixe ainsi une bonne fois pour toute qu'ils devraient être solidaires. Cela ne garantissait rien, mais à présent formulé, cet indispensable statu quo en devenait plus tangible.
Ce qui poussa la Noctalienne, sans qu'elle comprenne bien elle-même ce qui lui prenait, à appuyer le discours de l'orientale pour convaincre Assiah de rester et de se battre.

-Si tu n'as plus rien à perdre, comme tu le dis, à part ta vie, ça ne te parait pas intolérable de la leur céder comme ça ? A ces... gens ? Ce serait leur accorder trop de valeur à mon avis. Qu'ils savourent leur victoire de nous avoir coincés comme des bêtes à l'abattoir...

Ara remplit à nouveau son verre en disant cela, puis le leva vers Assiah avec un regard cynique et féroce accompagné d'un rictus mauvais. Elle but une gorgée puis fit le tour de la petite assemblée, estimant qu'il n'était pas nécessaire de finir sa phrase pour en faire comprendre la teneur véritable. Elle s'ignorait elle-même capable de charger sa voix de tant de mépris.
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Re: Destins croisés et gueule de bois.

Message par Assiah le Jeu 14 Avr - 20:12

Sa main s'arrêta à quelques centimètres de la poignée, ces quelques secondes parurent s'éterniser et la guerrière sourit à l'ironie froide de l'horrible petite femme bridée. Cette pauvre fille n'avait rien compris. Des revers, elle en avait connus. Des coups tordus aussi mais il lui avait toujours été possible de "choisir". Jamais on avait pu disposer d'elle, décider de sa vie ou de sa mort de cette façon. En ce moment, seul son tempérament explosif et sa colère trouvaient à s'exprimer en elle. Tout ce qu'elle avait trop longtemps enfoui en elle sortait devant cet ultimatum frauduleux. 

La tempérance ne faisait pas partie de son caractère hélas. Pourtant, les paroles firent leur chemin perçant le mur de sa haine. Ce fut pourtant la femme-loup qui la fit se retourner définitivement vers ses compagnons d'infortune. Sans rien dire elle s'assit à leur table maugréant son amertume plus pour la forme que par réel envie d'en découdre. 

La sublime blonde se saisit du verre remplit à son intention, le leva à la santé de toute l'assemblée et le vida d'un trait comme pour seller un accord tacite de faire manger les pissenlits par la racine à ces gens qui s'étaient joués d'eux de la sorte. Dans un recoin de son esprit, la belle ne put s'empêcher de penser qu'à un moment ou à un autre, ils seraient tous obligés de dévoiler ce qui les attachait les uns aux autres. Elle sentait que leur "employeur" adorerait jouer ainsi avec leur secret.

Les présentations sommaires avaient été faites mais qu'en était il réellement? Il était bon de savoir ce que chacun apporterait dans ce groupe, qui était capable de quoi. Cela pourrait être utile de connaître leurs différents talents. Pour sa part, elle n'était qu'une humaine avec une volonté d'acier certes mais sans le moindre pouvoir ou talent particulier.

"Il est peut-être temps en effet que l'on vide nos verres et que les langues se délient..."

Sa colère était retombée comme l'orage d'été qui gronde puis s'éteint aussi soudainement qu'il est apparu. Il ne restait qu'un vague reflet dans ses yeux dorés. Elle tendit le bras pour s'emparer d'une bouteille et remplir à nouveau son verre. L'idée la traversa qu'il pouvait y avoir une quelconque drogue qui les enverrait encore faire mumuse au royaume des rêves mais elle s'aperçut qu'elle n'en avait cure. Désormais, elle était liée à ce groupe qu'elle le veuille ou non. Le constat était amer et elle avait grand besoin d'oublier.
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Re: Destins croisés et gueule de bois.

Message par Mortelune le Ven 15 Avr - 15:38

Saké sourcilla légèrement lorsque Arasé lui apprit qu'elle ne connaissait les Umbras que de nom. Il lui semblait étrange qu'un individu appartenant à une communauté si restreinte et particulière n'ait pas été au moins une fois au contact de son clan le plus réputé - si l'on pouvait dire ainsi -

Elle ne chercha cependant pas à en savoir plus. Cela n'avait finalement pas vraiment d’intérêt, pour l'instant et d'autres sujets étaient plus pressants.

La tumultueuse blonde avait finit par se rasseoir et par là même avait su faire preuve d'une once de sagesse en dépit de son caractère visiblement impétueux. Alors qu'elle se servait sérieusement en boisson, la belle guerrière souleva une idée intéressante. Faire se délier les langues. Si la chose ne se révélerait pas aisée, elle n'en demeurait pas moins extrêmement passionnante et aurait la vertu de faire progresser la cohésion d'un groupe qui s'ignorait encore.

Le plus dur serait de se lancer. Il fallait toujours un volontaire, plus téméraire, ou moins timide que les autres. Dans certains cas un inconscient.


Les secondes se parèrent de leurs atours de minutes, semblant durer chacune dix fois leur temps légitime. Le silence meublait à sa façon la scène dont seul le malaise parvenait à tirer son épingle du jeu.

Et puis finalement, c'est la plus effacée de tous qui ouvrit le bal. Certainement ne supportait-elle plus cette tension pesante.

-"Comme l'a dit l'Intendant, je m'appelle Bérénice Eugénia Épiphanie de Hautjardin... Mais l'on ne m'appelle plus ainsi depuis un moment maintenant. A dire vrai, plus depuis que j'ai quitté le Duché. Je suis mage. Heu... en formation dirons nous. Vous me trouverez certainement un peu vieille pour n'avoir toujours pas achevé mes instructions élémentaires mais j'ai entamé mon cursus sur le tard. Disons que mes aspirations ne s'accordaient que difficilement avec le destin que l'on associe en principe à une héritière. Je n'ai... pas vraiment de spécialité, ni d’élément de prédilection... Je... J'aime cependant l'abjuration et la conjuration, les magies protectrices. Elle sont un peu plus simples à pratiquer que les autres..."

A mesure des ses mots dispensés, un peu de façon mécanique et comme si elle expiait des fautes inavouables, le jeune femme aux cheveux d'un ivoire scintillant sembla se refermer sur elle même, comme en proie à une honte soudaine, s'excusant presque d'être là, parmi des mercenaires aguerris dont le talent la surclassait certainement.

Elle semblait vouloir poursuivre son discours, mais, trop hésitante, fut coupée par une impatiente Saké.

-"Bien, merci pour cet émouvant témoignage Béréphanie heu.. Eugénice ou... bon, peu importe. Je suppose que l'on fera appel à toi en temps utiles, peut-être pour soigner notre future gueule de bois ? Enfin bref, passons. Je pense pour ma part qu'il n'est pas forcément nécessaire de me présenter à nouveau. Mais pour la forme, je le ferai volontiers. Keira Itsusémi, artiste extraordinaire, comédienne, musicienne, chanteuse.... d'ailleurs peut-être aviez vous déjà assisté à l'un de mes représentations à Clantor ou ailleurs ? Je me suis produite un peu partout dans Zaerod. Drame, comédie, reconstitution historique, poésie, lyrisme, chants anciens et traditionnels, qu'importe l'oeuvre je sais m'adapter à toutes les formes d'art. Et entre deux cachets je monnaie mes autres talents."

La belle orientale dégageait une sorte d'assurance surjouée, presque hautaine, dont on avait du mal à saisir la part d'ironie dans le discours. Toujours était-il qu'elle tirait en permanence sur la tige de sa pipe tordue, jouant ensuite avec les délicats volutes de fumée qui commençaient à se cumuler sous le plafond de la taverne.

Elle avait décidé d'en rester là. En dire plus aurait pu être judicieux et interprété comme un signe de bonne volonté, mais elle estima que le risque de préjudice était aussi envisageable à trop vouloir en dire sur ses propres atouts. 

Elle se mit alors à fixer Assiah de son œil sombre, la sachant avide d'informations qui la renseigneraient sur chacun des membres du groupe. Elle ne lui livrerait rien de plus, pour le moment.

Comme pour passer la main et éviter les questionnement elle interpella le petit Kitsune

-"Et il se trouve d'ailleurs que Maitre Yao ici présent a déjà assisté à l'une de mes représentations, n'est-ce pas Maître ? Mais où était-ce déjà ? Zashibaru, non ? Le théâtre des quatre empereurs du Heï Tsé ? Quel souvenir en gardez vous dites moi ?"

Le petit renard sembla grimacer à l'évocation de cet épisode ancien. Toujours fidèle à sa posture impassible, il répondit calmement et d'une façon extrêmement sereine.

-"Ma fois, un souvenir douloureux... Je vois que vous vous amusez toujours autant de la détresse et du malheur des autres. Comme si une lame chauffée à blanc et s'enfonçant dans mon abdomen pouvait évoquer chez moi d'heureuses réminiscences. Vous-êtes toujours aussi mentalement instable, Itsusémi. En dépit de notre situation peu enviable, je n'en regrette pas moins votre présence parmi nous, et ce malgré tout votre... talent comme vous dites. Vous êtes indéniablement dotée d'un grand pouvoir, et grande est votre intelligence, mais vous vous en servez tellement mal et à de si mauvais escients. Vous êtes un loup solitaire. Vous ne servirez jamais la meute. Et dans notre groupe, vous serez autant un atout qu'une menace."

Saké écoutait avec intérêt les sages paroles du petit renard si élégant dans son kimono. Puis lorsque ce dernier eut finit, elle se permit de réagir.

-"Mais quel rabat joie... C'est ça le problème avec les gens du Thé. Les principes, le code de l'honneur, les traditions... Comme tout cela sent la morale et le formol. Voila pourquoi j'ai quitté le pays à la première occasion venue. Ne l’écoutez pas, vous autres, il a l'alcool triste, c'est tout. La lame n’était même pas empoisonnée en plus... pfff"

-"Il suffit, Keira. Vous gagneriez tellement à savoir seule quand vous arrêter. J'ai de l'affection pour vous, et vous le savez, mais j'avoue que parfois l'envie me prend d’écraser votre tête entre mes mains comme un petit melon trop mûr" gronda Agram le colossal ours qui observait la scène depuis son coin de table, les bras croisés.

L'intervention fit soupirer l'artiste qui se contenta de grommeler des paroles inaudibles en se resservant un verre, alors que l'Ursidé poursuivait sa déclaration

-"Bien, je pense qu'il me revient de me présenter à mon tour. Je suis Agram Khon, le Porteguerre du Clan Washte Pawnee. Ce terme signifie que j'en suis le guide, à la fois spirituel et stratégique. Il m'appartient de le mener sur les chemins de la prospérité et de la sérénité, en empruntant parfois les sinueux et imprévisibles sentiers de la guerre. Yao et moi faisons en outre, partie d'un ordre appelé les 13 exilés. Une organisation nomade qui faisait autrefois route commune avec la caravane de Nulle Part dont certains d'entre vous ont peut-être déjà entendu parler. Nous œuvrons sur demande, à la réalisation de missions diverses, mais notre renommée nous autorise le droit de refuser les quêtes dont les objets seraient en contradiction avec notre morale. Escortes en milieu hostiles, récupérations d'objet perdus ou volés, opérations de rescousse, voici les tâches que nous nous voyons fréquemment confiées. Nous avons été récemment séparés Yao et moi du reste de notre fratrie. A cours de ressources, nous cherchions un moyen rapide de nous renflouer pour reprendre la route et retrouver notre communauté. Voila la raison pour laquelle nous avons répondu à l'annonce qui nous a réunis aujourd'hui."

Il vida sa choppe, plus grande que les autres, d'un trait

-"Connaissant Yao il n'en dira pas plus sur lui même. Je vous propose, Mesdames heu... Assiah et Arasé, de conclure ce tour de table si vous le voulez bien ?"

La voix de l'ours était chaleureuse et bienveillante, autant que le regard qu'il posait à présent sur les deux jeunes femmes, attendant leur réaction.
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Re: Destins croisés et gueule de bois.

Message par Melkerah le Ven 15 Avr - 17:38

Ce petit tour de présentation, bien qu'a priori assez innocent, plongea Ara dans un profond malaise que même l'alcool ne put dissiper. Bien sûr elle appréciait les informations que cela lui apportait sur les uns et les autres. Aucun problème là-dessus. Non, le problème était qu'on attendait d'elle qu'elle en fasse de même. Une sueur froide descendit le long de son dos. Le silence se prolongea tandis que les visages se tournaient vers elle.
Pourtant elle avait déjà parlé d'elle-même durant cette soirée atroce, de façon prudente et malgré la petite voix de son passé qui lui hurlait de se taire. Mais là... On lui demandait de se dévoiler plus qu'elle ne pouvait le faire. Et on lui demandait de révéler à quel point elle-même et son passé étaient médiocres et peu reluisants.
Elle finit son verre d'un trait et le remplit aussi sec avant de commencer, espérant ainsi se donner du courage et peut-être même l'inspiration pour contourner le piège.

-Arasé Astera, dit-elle d'une voix un peu rauque, comme vous le savez déjà... En fait, je ne crois pas qu'il y ait grand-chose à rajouter à mon sujet. L'intendant a déjà dit tout ce qu'il y avait à dire.

Elle but encore la moitié de son verre. Se satisferaient-ils de cette pirouette grossière, alors qu'ils s'étaient chacun ouverts un peu aux autres ? De plus, il y avait cette Orientale qui prétendait connaître les Noctaliens, et rien moins que le clan Umbra par-dessus le marché.
Elle s'éclaircit laborieusement la gorge.

-Je n'ai pas l'habitude de parler de moi, et je pense que ma vie n'a pas à être évoquée, mais puisqu'on va devoir faire équipe, voilà ce que vous avez besoin de savoir : je sais être discrète, je suis capable de me débrouiller seule autant que travailler en équipe, je suis plutôt douée pour me défendre et en tant que lycan, assez difficile à mettre hors-jeu... Euh... je possède aussi une forme de pouvoir... inné, disons. Voilà.

Enfin, elle finit de nouveau son verre et se tourna vers Assiah, espérant détourner l'attention de ses joues rougies par la honte de cette piètre prestation. Il faudrait attendre l'occasion de prouver ses compétences par ses actes pour faire oublier ça, puisque manifestement tout le courage dont elle parvenait à faire preuve au combat s'évanouissait comme neige au soleil dès qu'il s'agissait de discuter autour d'un verre. A cette idée, un sourire amusé éclaira discrètement son visage tandis qu'elle écoutait la suite.
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Re: Destins croisés et gueule de bois.

Message par Assiah le Sam 16 Avr - 14:16

Le liquide était descendu, onctueux, et bien qu'indéniablement alcoolisé, il avait une douceur dont elle apprécia la traîtrise. Parfaitement à l'image du maître des lieux ne put-elle s'empêcher de penser. 

Son attention fut portée sur les différents protagonistes, plus encore que les paroles, elle observa leur réaction, la façon qu'ils avaient de parler, de bouger, l'intonation de leur voix... autant de détails qui caractérisaient la personnalité bien mieux que le plus beau des discours. 

Hautjardin avait l'air d'une petite fille inexpérimentée et naïve. Elle semblait pleine de bonne volonté mais la guerrière redoutait qu'elle ne détale comme un lapin à la première alerte. Par contre, ses "dons" de guérison seraient sans doute utiles. Maintenant n'était-elle pas en train de tous les mystifier derrière son air d'ingénue? Telle était la question.

Saké, hum, une forte personnalité qui ne devait souffrir aucune critique. Pour elle, tout semblait matière à humour et plutôt noir de préférence. Rien ne semblait lui importer que sa petite personne et le mépris qu'elle affichait pour les autres n'avait d'égal que l'estime qu'elle se portait. Pourtant, il y avait quelque chose qu'elle dégageait de fragile comme si elle faisait tout se tintouin pour mieux cacher ce qu'il y avait au fond. Il était plus facile de jouer les blasées.

Les deux exilés, l'Ursidé lui plaisait, il n'y allait pas par quatre chemins et elle aimait sa brutalité maîtrisée. Ces deux là devaient à n'en pas douter être loyaux l'un envers l'autre. Le renard, au calme énervant, avait démontré qu'il ne fallait pas se fier à sa petite silhouette fragile. La sagesse et la justesse de ses paroles, comme elles, ses gestes paraissaient mesurés sans que jamais un ne soit de trop. 

Enfin, la noctaliene Assiah devait avouer que c'est elle qui lui inspirait le plus de confiance malgré ses airs mystérieux. Elle sentait derrière la timidité une femme entière, la vie n'avait pas encore réussi à lui enlever ses idéaux et s'il était évident qu'elle avait ses secrets, elle ne tentait pas de cacher ceux-ci derrière l'une ou l'autre volubilité.

Ce fut son tour, la dernière à parler. Etrange non? D'habitude elle était souvent la première à se présenter. La belle posa son verre, un peu mal à l'aise par le parfum de méfiance qui circulait dans la pièce. Ce ne serait pas facile pour eux tous de faire équipe ensemble.

Je préfère qu'on m'appelle Chantelame, Assiah est le prénom d'une autre vie. Je suppose que si je me retrouve avec vous c'est qu'en plus de mes défauts, je possède aussi quelques talents remarquables. Mes épées à la main, je suis une excellente "danseuse de mort", je ne suis pas mauvaise avec un arc, je sais pister, je connais les vertus des plantes. Hélas, je suis aussi impétueuse voire inconsciente, colérique et irréfléchie. J'espère que cette description ne vous fait pas trop peur. 

Maintenant qu'ils étaient devenus presque des intimes, elle laissa son esprit divaguer au gré de l'alcool qui se répandait encore et encore dans son corps. Goûtant juste l'agréable sensation du liquide coulant dans sa gorge et de son esprit qui s'engourdissait fort heureusement.
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Re: Destins croisés et gueule de bois.

Message par Mortelune le Lun 18 Avr - 12:07

Yao observait son reflet dans son verre d'eau (il ne buvait jamais d'alcool). Ses petites pattes duveteuses faisaient onduler le contenant en ellipses régulières, sans jamais qu'une seule goutte de liquide ne s'en échappe. 

Toujours dans l'observation il ne participait pas aux conversations qui commençaient à naître péniblement, après une entrée en matière plutôt hésitante. Cependant, lorsque la dénommée Chantelame vint à se présenter, il ne put s’empêcher de commenter sa dernière phrase.

- "Je pense qu'il est au contraire rassurant de faire route aux côtés de personnes qui sont conscientes de leurs défauts. Consciemment ou pas, elles tentent dans la mesure du possible de combattre leurs démons afin que ceux-ci ne se montrent pas trop envahissant vis à vis du reste du groupe. Non... il est bien plus compliqué de faire route commune avec ceux qui se pensent au-dessus des autres et dénués d'imperfection. N'est-ce pas, Itsusémi..."

L'attaque en règle fusa telle une flèche en direction de Saké qui ne se priva pas de faire savoir son mécontentement pas une injure en langue du Thé qui resta incompréhensible par les convives non initiés. Yao, content de lui et de son petit effet en resta là pour le moment. L'actrice quant à elle, profita de cet instant pour reprendre la parole, en langage commun cette fois.

-"Que de procès d'intention, mon cher Renard... N'allez-pas biaiser les impressions des autres convives à mon égard par vos propos de canidé radotant. Sauf erreur, je me suis montré agréable et efficace jusque là. Le reste n'est que vue de l'esprit et diffamation de votre part."

La belle brune vida une fois de plus le verre rempli de la substance fumante contenue dans sa cruche magique et entreprit de bourrer une nouvelle fois sa pipe alors que le serveur, que tous avait oublié jusqu'à présent fit irruption dans la pièce accompagné de trois commis, les bras chargés de victuailles.

La grande table de bois autour de laquelle étaient installé les convives fut alors chargé de mets fins qui dégageait une agréable odeur. On y trouvait une grande marmite de ragoût de veau et une autre de soupe de potiron, un copieux plateau de fromages variés, un large plat rempli de viandes accompagnés de légumes verts, un saladier de pommes au four, quelques tartes maison, aux poires et aux pommes et bien sûr du pain à foison.

-"Offert par votre employeur", annonça le serveur de façon distincte.


-"Ne nous privons pas - commenta Agram - nous ne savons pas quand nous sera servie notre prochaine pitance."

Assez étrangement, alors qu'ils étaient censés avoir mangé il y a peu, la faim se faisait ressentir. Comme si l’épisode onirique qu'ils avaient tous traversé, avait eu une incidence physiologie réelle, en dépit du fait qu'il était censé ne pas avoir eut lieu...

Saké se rua sur la viande et le fromage et fit une razzia sur le pain frais. Bérénice y préféra la soupe, tout comme Yao. L'Ursidé, quant-à-lui se servit d'à peu près tout ce qui se trouvait sur la table.

L'ambiance, réchauffée par un feu de cheminée qui inondait la pièce de lumière et de chaleur, se faisait un peu moins tendue au fil du repas, l'alcool aidant également.

Les conversations se faisait un peu plus naturelles et moins superficielles, même si certains faisaient preuve de plus de réserve que d'autre. Saké amusait la galerie, autant que possible et en fonction de la sympathie que chacun pouvait avoir pour elle. 

Elle avait entreprit de jouer quelques accords de son précieux shamisen, un instrument typique de son pays de naissance et commençait à improviser une ode à leur aventure. L'ensemble, paroles comme mélodie, était d'une qualité notable, à la fois triste et plein d'espoir et ne laissa aucun convive insensible à son charme. Il y avait quelque chose de presque envoûtant, magique, derrière ces notes et ces accords.

Si l'on pouvait la trouver ouvertement insupportable par moment, force était de constater la jeune femme savait aussi se faire apprécier à sa façon.

L'apprentie mage notamment, avait applaudit avec cœur la prestation de la comédienne. Peut-être voyait-elle en elle une personne qui l'aiderait à s'aguerrir au fil de leur voyage ?

Alors que la musique de l'instrument à corde se fit plus douce et l'atmosphère plus intime et propice aux échanges francs et à bâtons rompus, Bérénice lança sur ces entrefaites un inattendu débat :

-"Que pensez-vous de cette Moo'Han... Me concernant, c'est assez étrange, malgré notre situation, j'ai comme un à priori positif à son endroit. Je ne peux m’empêcher de l'imaginer bienveillante. Je sais que ça peu sembler fou, dans la mesure où elle a mit nos vie en péril mais... Après tout, et vous devez le savoir mieux que moi, lorsque l'on est rétribué pour un travail de mercenaire, on s'attend bien à quelques risques non ?"

Agram fut le premier à répliquer

-"Les risque du métier viennent... hmmm... du métier... mais jamais...ou rarement, de l'employeur. Je ne connais pas cette Moo'han, et ne suis même pas sur qu'elle existe, mais si c'est le cas, elle devrait sérieusement revoir ses méthodes de recrutement."

Il fut alors compléter par Yao.

-"Elle nous a fait passer un test. Je comprends la logique sans la cautionner. Beaucoup de mercenaires se voient plus compétents qu'il ne le sont réellement."

Saké rebondit alors

-"Ce qui est préjudiciable à l'employeur lorsque la mission qu'il confie ne saurait souffrir d'aucun échec ou doit s'accomplir dans un temps limité. Je trouve le stratagème astucieux, voir absolument génial en fait. Cela dit, il n’était pas utile d'en faire autant. Un simple test d'aptitude aurait pu suffire. Un test auquel nous aurions prit part de notre plein gré. Mais peut-être savait elle que nous aurions certainement refusé de risquer nos vies dans ce cas là. Elle a l'air de nous connaitre et d'après ce qu'elle dit, elle nous voulait nous, et personne d'autres... Sauf machine là - dit l'orientale en désignant Bérénice d'un mouvement du menton avant de lui adresser un petit clin d’œil -. Ce qui est contradictoire, c'est que si elle nous connait si bien, pourquoi nous mettre à l’épreuve ? On dirait qu'elle aime le jeu, la mise en scène... Ce n'est pas pour me déplaire cela dit..."


La soirée continua ainsi longuement, au fil des conversations, des questionnements lancés par les uns et les autres et des réponses qui s'y raccrochaient.


[hrp : Melkie et Assiah, vous reprenez la main sur le déroulé de la conversation. Après avoir réagit au post ci-dessus, vous pouvez vous même lancer des discussions, interroger les autres membres du groupe etc... On a toute la soirée... lol. ]


Dernière édition par Mortelune le Lun 18 Avr - 14:32, édité 2 fois
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Re: Destins croisés et gueule de bois.

Message par Melkerah le Lun 18 Avr - 14:17

Suite à la petite joute verbale entre le Kitsuné et l'Orientale, Ara eut un petit rire qui sonnait à demi comme un grondement.

-Vous tenez vraiment à utiliser le mot "canidé" comme insulte, Saké ? demanda-t-elle d'un ton doucereux.

Son sourire amusé indiquait qu'elle le prenait sur le ton de la plaisanterie, mais il s'agissait indéniablement d'un avertissement.
Quand arriva le repas - le troisième de la journée - il devint très vite évident que les amateurs de viande devraient se confronter à l'appétit toujours aussi vorace de la lycan, qui prit à peine un morceau de pain pour accompagner. Cette fois cependant elle fut moins absorbée par la satisfaction de son estomac et plus attentive aux conversations. Elle devait admettre que le côté grande gueule de Saké lui plaisait, bien que son attitude en générale la laisse sur la réserve, et ce fut presque malgré elle qu'elle se laissa emporter par sa musique ensorcelante. Elle commençait également à apprécier Yao, avec son caractère sérieux et réservé, mais Agram quant à lui, malgré (ou plus probablement à cause de) toute sa bienveillance et sa franchise, la mettait un peu mal à l'aise. Bérénice lui inspirait une certaine sympathie, quoique cela tienne plus de l'indulgence à son inexpérience que de la camaraderie. Enfin, elle ne savait pas encore trop que penser de Chantelame, dont l'intensité contenue et la franchise lui plaisaient autant qu'elle s'en méfiait.
Vint alors sur la table le sujet de Moo'Han, lancé par Bérénice. Ara suivit gravement les commentaires des uns et des autres, hésitante : le lieu et la situation ne lui semblant pas vraiment sûrs pour parler librement. Mais elle se décida finalement à ajouter son grain de sel au débat.

-Personnellement, c'est justement cette confiance qu'elle inspire qui me parait bizarre, dit-elle avec un sentiment de révulsion perceptible. Elle n'est pas naturelle, pas normale... Ca me fait l'effet... je ne sais pas trop comment dire ça... un peu comme une illusion ?

Frustrée de ne pas parvenir à expliquer mieux que ça ce qu'elle pensait, elle scruta les visages pour observer les réactions.
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Re: Destins croisés et gueule de bois.

Message par Assiah le Lun 25 Avr - 17:54

L'ambiance se fit plus feutrée et la mélodie qu'entama l'orientale emplit l'air d'une douceur qui surprit la belle. Cette femme avait bien des facettes et elle n'aimait les gens qu'elle ne pouvait cerner. 

La conversation tourna alors autour de leur tout nouvel employeur. Chacun y allait de son petit commentaire et la sulfureuse blonde ne fit pas exception. Les avis se disputaient la vedette et elle trouvait que chaque argument trouvait une logique indiscutable. Cependant, elle ne résista pas au plaisir d'y apposer son avis si inutile soit il. 

"Une personne qui sait tout de moi, ou de vous, qui se targue de connaître nos vilains secrets et nos aspirations ne m'inspire aucune confiance. Ara a raison ce sentiment même qu'elle inspire me pousserait à me méfier. Surtout quand, moi-même, je n'ai pas la moindre petite information à me mettre sous la dent concernant cette personne. Ses méthodes me semblent aussi inutiles que discutables. Comme l'a souligné si justement Saké, elle nous connaît mais éprouve tout de même le besoin de nous tester...cela ne colle pas et je dis méfiance. Pour finir, j'ai la désagréable impression que tous mes faits et gestes sont épiés et analysés. Apparemment cela fait longtemps d'ailleurs et qui sait depuis quand et surtout dans quel but sommes nous devenus .... oserais-je dire les favoris... pourquoi?"

La guerrière ne pouvait supporter l'idée que quelqu'un ait pu assister à sa fuite et à tous les mauvais choix qui avaient jalonnés son existence. Qu'on puisse avoir pu connaître à travers elle des personnes qu'Assiah respectaient et/ou aimaient. Que tous ses souvenirs soient catalogués mais aussi ses sentiments, ses failles et ses faiblesses. La jeune femme avait l'impression désagréable qu'une étrangère la connaissait mieux qu'elle. Insupportable.

Assiah se leva incapable de rester assise tant ses pensées la rendait nerveuse. Marcher l'avait toujours aidée à réfléchir ou, au contraire, à ne pas penser. L'impétueuse amazone rumina jusqu'à la cheminée ou elle s'accouda et se perdit dans la contemplation des flammes. Son visage s'animait au gré de leur danse infernale illuminant son visage d'une lueur tantôt orangée, tantôt rouge et tantôt bleutée. 

Elle n'éprouvait ni l'envie d'en savoir plus sur ses compagnons d'infortune, ni celle de se mêler aux discussions. Son esprit était de nouveau parti, hypnotisé par les flammes. Pourtant une douleur la ramena sur terre. Elle porta la main à son épaule toujours blessée et se résigna à quitter la solitude relative de la bulle qu'elle avait créée.

De sa démarche chaloupée, elle s'avança vers la plus jeune d'entre-eux et s'adressa à elle avec sa franchise coutumière. Après tout c'était une bonne occasion de vérifier par elle-même les talents de guérison de la jeune mage.

"Dis, est-ce que tu pourrais faire quelque chose pour mon épaule? D'habitude je n'aime pas trop avoir recours à la magie mais je crois que je vais avoir besoin de toutes mes capacités très vite et je si tu peux m'apporter une aide secourable grâce à tes dons je ne serais pas contre."

La superbe blonde lui souriait malgré elle, un sourire d'excuses teinté d'une sorte de bienveillance. Ses yeux s'étaient fait doux et la lueur de colère avait disparu laissant place à une cordialité avenante.
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Re: Destins croisés et gueule de bois.

Message par Mortelune le Mar 26 Avr - 14:48

Saké s'amusa de la petit pique que lui adressa Ara et se contenta de répondre mollement :

-"Le terme canidé est tout ce qu'il y a de plus commun. En réalité, c'est vous qui y apportez une considération négative. C'est assez étrange d'ailleurs. De là a y voir les signes d'un complexe latent d'infériorité, il n'y a qu'un pas, que je ne franchirai pas. Mais qu'importe... j'ai l'impression que le très politiquement correct est de mise lorsque l'on se réfère aux minorités maintenant..."

Elle écouta ensuite le reste du débat avec une attention particulière, notamment les échanges entre Chantelame et la jeune Hautjardin.

L'apprentie mage regarda tout d'abord l'amazone avec de grands yeux ronds emprunts de peur et d’étonnement. Elle tenta de bégayer un semblant de réponse.

-"Veuillez me pardonner Madame, mais... je... voyez-vous, je suis abjuratrice, comme je vous l'ai expliqué. Du moins, c'est l'école de magie dans laquelle j'ai les meilleures évaluations. Mais, en aucun cas il ne s'agit d'une magie curative. En simplifiant l'approche, il serait plus juste de dire que c'est la voie de la prévention. Nous autres sommes plus enclin à produire des boucliers protecteurs absorbant les dégâts physiques ou magiques. Je peux également rompre des sorts ou des malédictions mineurs... ou encore vous protéger contre des éléments hostiles, comme le gel ou le feu"

La jeune fille aux cheveux couleur ivoire s'avança malgré tout de la guerrière et jeta un oeil à son épaule meurtrie.

-"Hmmm... je peux peut-être essayer quelque-chose, mais je ne promets rien"

Doucement elle passa sa main d'un blanc laiteux, presque maladif, au dessus de la brûlure qui avait entamé la peau bronzée de la belle blonde. Soudain une intense sensation de froid s'empara d'Assiah et principalement de son bras, allant de l'extrémité de ses doigts jusqu'au haut de son cou.

Bérénice commença alors à faire glisser la paume de sa main à quelques centimètres au dessus de la blessure, tout le long de la plaie, en gardant les yeux fermés durant cette opération, qui visiblement puisait allègrement dans ses ressources.

Au même moment l'imprévisible Itsusémi décida de rebondir sur la remarque de Chantelame

-"L'un dans l'autre, ça se tient, en fait. Elle nous veut nous et rien que nous pour cette mission. Elle fomente ce plan pour s'assurer de nos services par la force des choses là ou un recrutement standard n'offre que des garanties aux portées aléatoires. Partant de là, il me semble que cette Moo'Han est une des ces personnes qui incarne à merveille l'adage "La Fin justifie les Moyens". Quand bien même son but ultime et inavoué serait-il de faire le bien. Il est probable que le Bien à grande échelle l'emporte sur celui de quelques individus. Et cela peut se concevoir. En réalité, le plus gênant, c'est l'incertitude. Pour ce qui est de la surveillance... hmmm. J'ai mon petit avis là dessus."

La belle et mystérieuse jeune femme aux cheveux ébènes tira une longue bouffée sur sa pipe et resta silencieuse un long moment, comme si elle hésitait à faire part à l'assemblée de ses conclusions. Pourtant, aux boutes d'interminables secondes, elle se résigna à en dire plus.

-"J'ai de fortes raisons de croire, au vu de son apparence physique, de son langage, de ses atours, que notre commanditaire est une des dernières descendantes du peuple des Hommes-Oiseaux. Un peuple qui jadis exerçait un réel poids sur la scène politique Zaerodienne, doté de pouvoirs puissants et vivant en quasi autarcie dans leur cité flottante de Celestia. D'aucuns disent que leur empire a périclité suite à une lutte pour la suprématie aérienne avec des Anges qui n'appréciaient guère leur présence dans les cieux. Mais je n'y crois guère. Toujours est-il que Celestia a chuté sur Zaerod, et avec elle son peuple qui depuis, s'est intégré tant bien que mal, et de ce fait a perdu la plupart de ses pouvoirs au fil des siècles. Toutefois de nombreux penseurs évoquent la possibilité qu'un pan de Celestia soit toujours accroché au ciel, de nos jours, et qu'en son sein, s'y soient réfugié les derniers Hommes-Oiseaux encore doté des pouvoirs originels de leurs races."

Au dessus de l'Orientale, un nuage de fumée commençait à stagner

-"Mais tout ceci n'est que supposition, et puis je n'en sais pas plus sur leurs fameuses prédispositions magiques. Cela dit, on peut tout imaginer. Des capacités à contrôler la faune aviaire, rendant aisée les missions de reconnaissance et d'observation. Je veux dire, ....qui parmi nous fait attention aux oiseaux lorsqu'il part à l'aventure ? Enfin, hormis moi, s'entend...sans vouloir me montrer hautaine ou je ne sais quoi encore... "

-"Keira... vous redevenez insultante" grommela Agram

-"Roooh...Ce que vous pouvez-être soupe-au-lait vous autres, quand vous sortez d'hibernation" répliqua Saké du tac-au-tac 

-"Mais...mais ! Mais je n'hiberne pas, Grands-Dieux... Istusémi, cessez-de suite ces remarques désobligeantes" demanda l'Ursidé sur un ton qui ne laissait rien présager de bon

-"Hé bien peut-être devriez-vous y songer non ? Vous me semblez un brin nerveux. Un long repos vous ferait surement le plus grand bien...mais bon revenons à nos moutons..."

Interloqué devant tant d'insolence, le pauvre guerrier ours se résigna à ronger son frein en silence, les mains crispées sur le manche de sa hache gigantesque. Saké, quant-à-elle poursuivit son discours avec le plus grand des serieux.

-"Nous savons effectivement et avec une quasi certitude qu'ils nous ont observés. Et comme le souligne, Mme Jolie-Minois, c'est probablement encore le cas. Sachant cela, il convient d'agir en conséquence et avec prudence. Je propose donc aux plus prudes d'entre nous... de garder leurs sous vêtements lors de leur toilette ! Ça leur fera les pieds à ces voyeurs... Pour le reste, nous aviserons en cours de route, mais au moins la pudeur et la morale seront-elles sauves !"

Contente d'elle, l'artiste se resservit une verre de tord boyaux qu'elle avala aussi sec.

Au même instant, Bérénice stoppa enfin sa canalisation et rouvrit les yeux, apparemment éprouvée par son récent effort. Un peu gênée, elle fixa la blonde sculpturale comme pour sondée son ressentit, avant de lui demander tout net 

-"Alors ?  Est-ce plus tolérable ?" demanda-t-elle à Chantelame, le regard fuyant.
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Re: Destins croisés et gueule de bois.

Message par Melkerah le Mar 26 Avr - 18:40

La frustration menaçait de submerger Ara au fil de la conversation. Elle s'efforçait de mémoriser toute information qui pourrait s'avérer utile par la suite, mais les questions sans réponse, les suppositions invérifiables et l'ignorance totale quant à ce qu'ils devraient faire ne faisaient plus que l'accabler. Sans doute la fatigue de cette longue journée commençait-elle à la miner. En tous cas, poursuivre cette conversation ne l'avancerait à rien pour le moment.
En revanche, elle voulait vérifier si elle pouvait surprendre cette surveillance dont ils étaient l'objet, comme ils semblaient tous le croire. Comme Chantelame un peu plus tôt, elle s'écarta légèrement du groupe, puis elle se changea en loup, s'installa près du feu l'air de rien, le museau sur les pattes, et se mit à écouter attentivement, jetant un coup d’œil indolent de-ci, de-là, tout en analysant les odeurs qu'elle percevait. Par la même occasion, elle repéra la signature olfactive de chacun de ses compagnons.
Ara refusait de se tordre l'esprit à essayer de prévoir la suite, puisque c'était manifestement impossible. Il fallait attendre la suite et réagir en conséquence. Étrangement, elle se sentait presque impatiente. La situation était peut-être à la limite du désespoir, elle avait pourtant le sentiment d'y être compétente, d'être capable d'y faire face.
Elle poursuivit son observation sans plus se mêler de la discussion.
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Re: Destins croisés et gueule de bois.

Message par Assiah le Mar 24 Mai - 21:44

Encore une fois la Belle Dame venait encore de briller par son manque flagrant de connaissances de la magie. Malgré toute sa superbe, l'amazone ne put s'empêcher de sentir les relents pestilentiels de la honte. Néanmoins, elle se désola plus encore d'avoir pu mettre dans l'embarras la jeune mage déjà si peu sûre d'elle. Assiah eut un sourire d'excuses pour la noble jeunette et soupira sur son ignorance.  

"Je vous prie de bien vouloir pardonner ma bévue. La profane que je suis a mal compris vos talents."

Devant la Hautjardin et la bonne volonté qu'elle mettait à lui venir en aide, la jeune femme sentit ses réticences pour ses "camarades" d'infortune commencer à fondre. Paradoxalement, son bras, lui, était en train de geler. Le froid, sa morsure ravivait des souvenirs. La bise glacial qui soufflait en ce pays du nord et cette cape qu'il lui avait tendue...

Les commentaires de Keira mirent heureusement fin à la progression de ses sombres pensées. Assiah soupira, encore des discussions interminables, des bravades et cette arrogance dans sa voix... comme si elle savait tout et n'avait besoin de personne. L'impétueuse jeune femme prit une profonde inspiration, il lui serait difficile de supporter cette m'as-tu-vu tout au long de leur périple vers la liberté. Quand on y pensait l'ironie de la situation avait de quoi faire sourire. Bien que de caractère fort différent, elles n'étaient pourtant pas si éloignées l'une de l'autre ces deux femmes. La meilleure solution selon elle était encore d'ignorer toutes ces remarques à la limite de la condescendance. 

La blessure s'était refermée en partie, il ne restait que çà-et-là quelques vilaines entailles comme preuves de ce combat avilissant aux yeux de l'amazone. Au moins son bras ne lui faisait plus mal et elle en retrouvait le plein usage. La guerrière fit quelques moulinets et contorsions pour apprécier cette liberté retrouvée. 

"Brillant! Tu n'as nul besoin d'être modeste c'est parfait! Merci"

*Ne t'inquiète pas* pensa la jeune femme en se détournant de sa jeune secouriste. *Si d'aventures un voyeur aurait l'envie de découvrir nos atouts ce n'est sûrement pas par ta douche qu'il commencerait*

La belle décida que la discussion avait assez duré, elle n'avait nul envie d'écouter l'autre étaler son savoir à tout va se donnant ainsi le rôle de L'irremplaçable. Un instant son humour faisait mouche sur la belle Assiah et celui d'après elle lui sauterait à la gorge tant elle l'insupportait. Elle haussa les épaules même si la manière laissait à désirer, les paroles de la comédienne n'en restait pas moins pleines de bon sens quant à cette histoire d'hommes-oiseaux, de rivalité avec les anges, elle y réfléchirait dans le calme serein de sa chambre.

Avant de prendre congé, l'amazone alla vers la louve lovée au coin du feu et lui murmura.

"Au fait, cool la transformation ça doit être pratique d'avoir un odorat et une ouïe plus développés que les humains."

Sur ce elle tourna les talons et monta les escaliers qui menait au dortoir se contentant d'un bonsoir à toute la joyeuse compagnie. Elle avait hâte de démêler les fils de cette soirée plus que mouvementée mais elle n'aimait pas réfléchir avec tout ce monde. Elle avait l'impression qu'on pourrait entendre ses pensées.
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Re: Destins croisés et gueule de bois.

Message par Mortelune le Mer 25 Mai - 13:50

L'atmosphère s'était réchauffée à mesure que la soirée avançait, l'ambiance semblait désormais plus conviviale, même si toutefois, quelques tensions restaient encore palpables.

Bérénice laissa percevoir un sourire discret mais fier lorsqu'elle fut remerciée par la belle Chantelame pour les soins qu'elle lui avait prodigués. En réalité, il s'agissait plus d'endormir la douleur que de l'annihiler, mais le temps prendrait la relève de l'apprentie magicienne et ferait son office.

Saké quant à elle, s’enorgueilli comme jamais à jouer les premiers rôles devant un public tantôt réceptif, tantôt agacé par ses manières. L'illusionniste avait conscience que son comportement très souvent à la limite du supportable était à l'origine de bien des reproches à son endroit. Toutefois, si elle excellait dans l'art de s'intégrer dans une communauté, de s'y infiltrer et d'en exercer les usages, ses qualités relationnelles semblaient prises à défaut lorsqu'elle devait les employer dans un contexte simple, hors mission, sans enjeux...

Il lui fallait s'imposer, se montrer, se faire admirer ou remarquer, qu'on la contemple et note ses nombreux talents, s’étonne de ses connaissances et vante ses qualités. Non pas qu'elle eut souffert de cette situation, non, cela l'amusait grandement. Mais elle s’interrogeait souvent sur les raisons cachées qui la poussaient à agir ainsi. Sa condition de femme ? Ses origines ? Ses relations conflictuelles avec ses parents et son père notamment qui, selon elle, n'avait jamais su reconnaître ses réalisations à leur juste valeur ?

Elle ne savait pas répondre à cette question de façon catégorique. Et pour l'instant elle avait d'autres préoccupations.

Elle n'avait aucun mal à percevoir l'animosité qu'elle pouvait parfois provoquer chez l'Amazone dont le regard la fusillait par intermittence. Bizarrement elle pouvait presque la comprendre. Mais ne lui ferait nullement l'honneur de modifier son comportement pour ses beaux yeux. Le jeu était trop plaisant et elle se délectait de chacun de ses signes de lassitude.

Les débats continuèrent ainsi jusque tard dans la nuit, opposant souvent les visions de Saké et celles de Yao. Puis, enfin, lorsque tout ou presque fut dit, que toutes les hypothèses furent évoquées, les aventuriers regagnèrent leurs chambres respectives, sauf l'orientale, que l'alcool avait foudroyé quelques minutes plus tôt, et qui s’était affalée sur une table, la tête entre les bras.

La nuit, sans être aussi agitée que la précédente, fut loin d'être reposante pour les compagnons d'infortunes, dont les rêves furent troublés par de mystérieuses images présageant d'un futur tourmenté, d'un ciel rougeoyant, d'une menace oppressante ne portant aucun visage. Le tout fut ponctué de réminiscences très personnelles de leurs propres histoires. Des passages douloureux pour certains, ou emprunt d’émotions, parfois remaniés par l'inconscient comme si souvent dans les songes. 

Saké se retrouva au beau milieu du Pays du thé, sous une pluie battante, accompagnée de Yoré, laissée pour morte à ses pieds, presque vaincue par le mal Noctalien. Devant elle se tenait le Diable. Celui qu'elle connaissait si bien et qui tenait entre ses mains une boite à musique faite d'or brut et de diamants étincelants. Après avoir plongé une main décharnée au plus profond des entrailles de Saké, le Malin en dégagea son âme. Celle-ci était matérialisée par une pierre luminescente aux éclats d'argent, qu'il enferma aussitôt dans l'écrin précieux sur lequel il veillait jalousement. Au même instant les paupières de Yoré s’entrouvrirent, permettant à l'orientale de contempler à nouveau le regard de son apprentie qui s'extrayait des griffes de la mort. Alors, comme une mère l'aurait fait, elle prit la jeune enfant dans ses bras et la serra contre elle. Au même instant, elle se rendit compte qu'elle ne ressentait aucune satisfaction à avoir sauver celle qu'elle considérait depuis peu comme sa propre fille, aucune émotion, aucun plaisir, pas même une once de soulagement,comme si elle avait été dépourvue de toute capacité à ressentir le moindre sentiment. Le Diable lui adressa alors un sourire, plus parlant que le moindre des discours, plus douloureux qu'un coup de poignard asséné un plein cœur. Il disparu l'instant suivant dans un nuage de fumée noire laissant Saké en proie à ses doutes et à une douleur qu'elle ne pouvait exprimer d'aucune façon...

Assiah quant à elle, se retrouva prise dans un blizzard, au fin fond des terres gelées du grand nord. Luttant contre le froid mordant et le vent cinglant, elle atteint à bout de forces, les rives d'un lac recouvert de glace. Marchant sur celui-ci en direction d'un refuge imaginaire, elle perçu sous l’épaisse couche de cristal qui se tenait sous ses pieds une silhouette familière, flottant lentement dans l'onde bleue. Reconnaissant la dépouille inanimée de Mortelune, elle s'agenouilla au sol et tenta en vain de rompre la glace à l'aide de ses uniques poings qui rapidement prirent la teinte rouge du sang qui les maculaient. En pleurs, les mains meurtries, elle assista impuissante à la descente inéluctable du colosse de métal vers les profondeur du lac. Rapidement, celui-ci disparu dans l'ombre, s’éloignant d'elle, hors d'atteinte... Puis, se redressant brusquement pour hurler sa haine et sa colère, à la lumière de son impuissance, elle constata qu'elle se trouvait à présent seule sur une barque, perdue au milieu d'un océan sans vague ni ressac...

Ara, rêva du jour ou son destin bascula. Le jour où, dans un élan désespéré, elle abandonna une large part de son humanité au profit d'une bête qui sommeille à présent en elle. Une ruelle, du sang, une arme, beaucoup de sang. Les souvenirs sont encore frais et se muent au gré de la malice de son esprit ou de ceux d'une volonté extérieure qui en modifie les aspects et les contours. Comme un peintre ajusterai les imperfections de son oeuvre du bout de son pinceau. Sons, odeurs, textures, tout semble si vrai et pourtant si éloigné de la réalité vécue quelques temps plus tôt. Certains personnages manquent, d'autres sont présents alors qu'ils ne devraient pas. Les objets changent de place, ou de forme, sont remplacés par d'autres. Le décors prend progressivement l'aspect d'une salle de tribunal. Elle est seule au banc des accusés, devant elle, un jury, un juge. L'audience la scrute avec une sévérité dans le regard qui ne laisse planer aucun doute quant à leur animosité envers la jeune femme. Chacun des personnage ressemble étrangement à son voisin. Pâle, les cheveux sombres, le visage émacié, les traits tirés. Le juge, une femme, au charisme impressionnant, prononce une sentence inaudible et assène un violent coup de marteau pour entériné son verdict, sans qu'aucun bruit ne retentisse. Rapidement, deux hommes en armes se saisissent d'Arasé et la conduise silencieusement vers la plus grande place d'une ville qui n'existe pas, et au milieu de laquelle trône un bûché.

A la même seconde, de la même minute, de la même heure, de la même nuit, l'intégralité des mercenaires se réveille en sueur, le cœur serré, éprouvant un profond sentiment de mal être et de malaise, sans en connaitre les raisons. Ils ont pourtant tous en tête les rêves étranges qui ont bercé leurs nuits respectives.

Dehors, c'est le petit matin. Comme une rédemption, une agréable odeur de viennoiseries pénètre chacune des chambres en provenance de l'étage inférieur.

Alors, chaque aventurier, rejoint la grand salle de l'auberge, sauf Saké, qui y a passé la nuit et tombe tour à tour sur un étrange personnage qui visiblement, les attendait patiemment.

Lorsque enfin la troupe fut au complet, l'intrigante femme qui se tenait devant eux, se décida à prendre la parole.

-"Bonjour à tous. Je suis le Capitaine Tara Kolsenhauer, mais mes amis m’appellent aussi Adagio. Autant dire que pour vous ce sera Capitaine. Bon, on va faire court, j'ai pour mission de vous conduire d'un point A à un point B le tout en respectant un délai imposé par une connaissance commune. A présent vous savez tout. Partant de là, vous avez dix minutes pour plier bagages et vous mettre en ordre de marche. Dans votre intérêt comme dans le mien. Ah, et si vous avez des questions, merci de ne pas m’emmerder avec. On se retrouve donc tous ici même dans dix minutes. Vous pouvez disposer" 



[hrp : Assiah et Melk. Vous venez de faire connaissance avec la très aimable et néanmoins charmante Tara Kolsenhauer. Sans aller jusqu'à dire que c'est une célébrité, on peut en revanche considérer que c'est une figure connue de Zaerod qui s'est notamment illustré par de nombreux actes de piraterie à l’encontre de la marine Clantorienne. Sa notoriété est autant due au fait d'avoir su rallier et unir un certain nombre de flottes pirates sous son propre pavillon, souvent en ayant fait usage de force, que d'avoir réussi cette prouesse en étant une femme. Elle régna des années durant sur les eaux de Zaerod avant de disparaître en mer lors de l'une des plus grosses batailles navales de la dernière décennie. Partant de là, vous pouvez choisir, ou non que votre personnage la connait, en a déjà entendu parler (plus ou moins vaguement), voire même l'a déjà croisé quelque part. Cela dit, vous pouvez très bien décider de ne jamais avoir entendu parler d'elle.]
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Re: Destins croisés et gueule de bois.

Message par Melkerah le Sam 28 Mai - 8:22

Au matin, ce fut une Noctalienne à l’air particulièrement sombre qui rejoignit les autres dans la salle de l’auberge. Il était évident qu’elle n’avait pas eu une nuit des plus reposantes, et cela ajouté à ce qu’ils avaient vécu la veille, Arasé semblait au bord de l’épuisement nerveux. Il faut dire que sa physionomie naturelle et son héritage Noctalien accentuaient largement cet effet : son visage pâle et anguleux était redevenu blême et maladif comme autrefois, quand elle n’avait pas la lycanthropie pour la raccrocher à l’existence ; des cernes sombres s’étaient creusés sous ses yeux  noirs au regard brumeux, dans lequel on décelait cependant une lueur qui rappelait la présence du prédateur, passif pour le moment mais prêt à sortir les crocs à tout instant. Elle balaya la pièce et ses occupants des yeux, puis alla s’installer au fond, dos à un coin peu éclairé de la pièce, en attendant que tout le monde arrive. Elle parvint à contenir l’angoisse du cauchemar de la nuit en étudiant la scène avec attention, et plus particulièrement l’inconnue qui se tenait là.
Cette dernière prit la parole lorsqu’enfin la petite troupe fut au complet.

-Bonjour à tous. Je suis le Capitaine Tara Kolsenhauer, mais mes amis m’appellent aussi Adagio. Autant dire que pour vous ce sera Capitaine. Bon, on va faire court, j'ai pour mission de vous conduire d'un point A à un point B le tout en respectant un délai imposé par une connaissance commune. A présent vous savez tout. Partant de là, vous avez dix minutes pour plier bagages et vous mettre en ordre de marche. Dans votre intérêt comme dans le mien. Ah, et si vous avez des questions, merci de ne pas m’emmerder avec. On se retrouve donc tous ici même dans dix minutes. Vous pouvez disposer.

Ara prit quelques secondes avant de se remettre en mouvement, intriguée. Le capitaine Tara Kolsenhauer… Ce nom lui disait quelque chose, mais elle n’arrivait pas…
Ah ! Oui, Kolsenhauer, la grande pirate, le fléau de la marine Clantorienne, à la tête d’une impressionnante flotte qu’elle s’était offert en soumettant sans pitié les pires loups de mer, et ce malgré son statut de femme. Il était arrivé au clan Astera de faire affaire avec elle, mais Ara n’y avait jamais assisté en personne. Elle était trop jeune à cette époque… Et ensuite… Kolsenhauer n’était-elle pas censée avoir péri en mer lors d’un affrontement naval ?
Quoi qu’il en soit, cette femme semblait faire autorité pour l’instant, qu’elle soit ou non ce qu’elle prétendait être. La lycan retourna dans sa chambre pour faire ses affaires, ce qui ne prit pas bien longtemps étant donné le peu qu’elle avait, puis revint dans la salle sans un mot, son paquetage sur l’épaule.
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Re: Destins croisés et gueule de bois.

Message par Assiah le Mer 1 Juin - 22:31

C'est une guerrière de fort méchante humeur qui passa la porte de la salle de la taverne. La belle avait passé une nuit exécrable, figée entre des sentiments plus contradictoire les uns que les autres. Emprisonnée dans ses rêves et ses pensées.

Assiah avait eu beaucoup de mal à trouver le sommeil, les derniers événements tournoyaient dans sa tête sans qu'elle puisse les ordonner, y trouver un sens. Elle avait bien tenté d'accorder son attention mais elle ne parvenait pas à mettre toutes les idées et les tentatives de réponses qui flottaient comme des esprits tourmentés dans les limbes de son cerveau. 

Puis il y avait eu ce rêve, différent des autres. L'amazone s'était habituée au cauchemar mais celui-là l'avait chavirée jusqu'au tréfonds de son corps. Elle s'était réveillée hurlante et baignée d'une sueur froide. Une douleur vive avait déchiré son coeur, l'avait vidée de tout espoir. Ses poings portaient les stigmates de sa nuit comme un rappel permanent du désespoir qu'elle avait ressenti. 

Pourtant, ce matin, des sentiments contradictoires faisaient le siège de son esprit. Le désespoir se mêlait à un espoir fou. L'idée avait fait son chemin et s'accrochait avec la puissance d'un parasite. Ce rêve, si c'était une prémonition, une façon de lui montrer le chemin? 

A cette question, d'autres venaient s'ajouter contribuant à sa descente dans une folie salutaire. Pourquoi? Pourquoi ce morceau de métal avait-il pris tant d'importance? Etait-ce son sacrifice qui avait touché la jeune femme à ce point? Maudit robot. S'il était effectivement dans les abysses glacée de ce pays maudit comment diable pourrait-elle le repêcher? Une seule chose était sûre et bien que la seule idée de retourner là-bas lui retourne les tripes, elle n'avait pas le choix. Quitte à en mourir elle irait se rendre compte par elle-même. Il fallait qu'elle en ait le coeur net mais il fallait procéder par ordre. D'abord se défaire de son nouvel employeur et après... affronter ce qui était désormais sa plus grande peur.

Elle entra dans la salle la mine défaite, le regard complètement absent, perdue dans ses questionnements. Dans ses yeux dorés se lisaient le point de rupture si proche de la submerger. Ses poings portaient les stigmates de son combat nocturne et ses lèvres restaient hermétiquement closes.

Assiah se versa un verre d'eau et alla s'installer à table comme une somnambule. La guerrière n'avait pas même conscience de ce qui l'entourait et de qui était déjà dans la salle ou de qui entra après elle. Elle restait là à fixer un point imaginaire, fomentant son plan d'évasion... et de secours. Cela ressemblait fort à l'ultime espoir d'une condamnée et elle s'y raccrochait comme un naufragé à sa bouée. 

Ce ne fut que quand elle entendit sa voix que la guerrière reconnut la femme pirate. Elle avait déjà entendu cette voix forte, sûre et croyait ne jamais avoir à l'entendre encore. Leur chemin s'était croisé il y a bien longtemps, quand le mercenariat ne faisait pas encore partie de sa vie. A cette époque, la jeune fille écervelée et naïve qu'elle était avait cru que s'enfuir loin des problèmes serait la solution... ils l'avaient cru tous les deux... quelle erreur. 

Ses souvenirs affluèrent ouvrant des vannes qu'elle avait cru avoir scellé depuis longtemps. C'était un soir, ils venaient d'échapper au Roi du monde d'en bas. Son cher amant avait osé se rebeller pour l'amour de la belle et ils cherchaient à fuir. Leurs pas les avait amenés à cette taverne où ils l'avaient rencontrée. Ils avaient payé et une somme coquette encore pour qu'elle les emmène sur son bateau cachés parmi son équipage. Les pirates connaissaient des endroits perdus, des endroits introuvables et c'est là qu'il lui avait demandé d'aller. Hélas, rien ne s'était passé comme prévu. Le Maître avait retrouver son disciple et leur salut avait été tout autre. 

Assiah effleura ses épées, lui aussi l'avait reconnue, elle le sentait. La belle ne bougea pas pourtant, ne parla pas. A quoi bon remuer le passé? Elle se contenta donc de sortir de son inquiétante léthargie pour remonter dans sa chambre et prendre les quelques babioles qui constituaient tout son trésor.
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Re: Destins croisés et gueule de bois.

Message par Mortelune le Jeu 2 Juin - 15:37

Le reste de la troupe se mit au diapason des ordres lancés par la taciturne Tara. Pendant ce temps, la capitaine se laissa aller à la flânerie, observant les uns et les autres aller et venir devant elle, entamant une sorte de ballet chaotique.

Saké eut bien du mal à se tirer de sa torpeur alcoolisée. Les mots de la pirate qui résonnaient dans sa tête lui faisaient l'effet d'une masse d'arme fracassant sa boite crânienne. Lentement, elle se leva et traîna ses son corps qui semblait trop lourd pour ses pauvres jambes tremblotantes jusqu'à l'étage supérieur.

Elle en redescendit dans les temps, ses affaires en pagaille dans ses bras. Elle finissait de ranger son fatras alors que la navigatrice reprit la parole face à ses nouveaux matelots.

-"Bien... Sans aller jusqu'à dire que vous avez fière allure, ce qui est loin d'être le cas, au moins vous semblez réactifs, c'est un bon début."

Tout le monde avait en effet respecté la consigne, et était plus ou moins paré à quitter les lieux. 

La pirate jeta ensuite un rapide coup d'oeil à un petit document qu'elle tenait entre ses mains, tout en dévisageant tour à tout les membres de la compagnie. Visiblement elle vérifiait qu'il ne manquait personne. Ses yeux fixèrent plus longuement Assiah, qu'elle semblait reconnaître. Pour autant, elle resta muette face à ce constat.

-"Nous sommes au complet - conclut-elle enfin - nous pouvons prendre la route. Ne vous éloignez pas de moi je vous prie".

Cette phrase fut prononcée avec une pointe de soulagement et sur un ton moins sec et vindicatif que lors de ses premiers échanges avec les mercenaires.

A leur sortie de l'auberge les voyageurs furent accueillis par une pluie battante qui avait rendue boueuse la totalité de la rue qu'ils allaient emprunter.

Sous ce déluge, c'était la cohue, les Clantoriens courraient dans tous les sens sans se soucier les uns des autres pour tenter de ses mettre à l'abris. Les marchands fermaient leurs étals, les tavernes affichaient évidement complet, sauf celle qu'ils venaient de quitter et qui ne tarda guère à se remplir en moins de temps qu'il ne fallu pour le dire. Le ciel était bas et d'un gris presque noir, comme si les Dieux s'étaient amusé à faire courir un immense morceau de charbon sur l'azur. Il faisait comme nuit en pleine journée. La pluie froide s’immisçait d'une façon presque insidieuse et raisonnée sous les vêtements des aventuriers en dépit des efforts qu'ils démontraient pour s'en prémunir. Aucun bruit ne parvenait à survivre sous le vacarme des trombes d'eau frappant inlassablement le sol gadouilleux et les structures des bâtiments alentours.

Il n'y avait rien, absolument aucun élément permettant un temps soit peu de sourire, de retrouver le moral, de s'extraire même temporairement de cette situation désespérante dans laquelle chacun se trouvait inexorablement embourbé.

Chaque pas vers l'avant se révélait une lutte tant la boue semblait vouloir retenir leurs membres à chaque foulée. Le vent soufflait aussi, systématiquement à contre sens de leur direction, quand bien même leur route allait tantôt vers le nord, tantôt vers l'est.

Ils n'était pas dehors depuis un quart d'heure que déjà pour certain la lassitude se faisait sentir. Le froid inhabituel, les éléments, la situation et le contexte. 

-"Putain de merde bordel, si je m'attendais à ça..." se contenta de ponctuer Kolsenhauer, avec sa poésie habituelle.

Cette petite remarque fit tilt dans l'esprit de Saké qui en conclut que leur guide en savait visiblement plus que le peu qu'elle avait bien voulu leur livrer. L'orientale, pourtant, ne moufta pas, décidant que le moment était mal choisit pour demander des comptes à cette personne mal aimable dont elle avait fait connaissance il y a moins d'une heure.

Cette promenade bucolique dura près de trois fois le temps qu'elle aurait normalement dû prendre et s'acheva, comme l'on pouvait s'y attendre, sur les docks, ou du moins ses recoins sombres, là où les cargaisons et transactions se plaisaient à rester discrètes. La ou l'essentiel du commerce se fait de nuit, sous la bienveillance de miliciens complaisants et bien évidement corrompus.

Tara examina les lieux, qu'elle connaissait pourtant comme sa poche, fouilla sa très centrée et saillante  tunique de cuir pour retrouver le parchemin examiné plus tôt et le détailler une fois de plus. Une moue dubitative se dessina sur ses lèvres mouillées.

Après une petite pause de deux minutes au plus, elle reprit sa progression vers les quais et le groupe lui emboîta le pas. Ils arrivèrent finalement, tout trempés qu'ils étaient, à proximité d'un rafiot - c’était le terme le plus approprié pour cette coquille de noix usée et grinçante - qui ne donnait pas le moins du monde envie de voyager à son bord. 

Alors que la mine de la pirate semblait complètement déconfite à mesure qu'elle découvrait ce "navire", un vieux loup de mer se rapprocha du groupe et principalement de la capitaine, qu'il n'eut aucun mal à identifier.

Après quelques échanges de mondanités succinctes de marins, une bourse visiblement bien remplie passa d'une main à l'autre. Le vieil homme qui semblait aussi usé que le bateau qu'il venait de vendre salua Tara en ôtant sa casquette rongée par le sel de mer et s’éclipsa sans demander son reste. 

-"Montez ! " ordonna le Capitaine aux mercenaire, d'un ton qui ne souffrait d'aucune contestation et qui marquait franchement son état de lassitude et de déception. 

Le seul point positif à noter était que le navire avait été cédé avec son personnel naviguant. Personnel qui avait encore moins fière allure que le rafiot en tant que tel si bien qu'on aurait pu imaginer qu'il fut engagé après une campagne de recrutement faite dans une léproserie ou un asile. Cela dit, il aurait au moins le mérite d'affranchir les mercenaires des taches et corvées associées au trajet.

Après quoi, les mercenaires se répartirent par deux dans les cabines du navire (cabines qui ressemblaient plus à des latrines qu'a de vraies chambres, que ce soit en raison de leurs dimensions que des odeurs nauséabondes qui y stagnaient, sans parler de la vermine qui y avait élu domicile).

Il avait été ensuite convenu de se rendre dans la salle de cantine, pièce exiguë de quatre mètres sur trois afin d'y prendre la collation qui devrait les rassasier pour la journée.

Le petit groupe se retrouva donc à table à l'heure dite, une assiette au contenu non identifié fut servie à chaque membre. Il s'agissait d'une sorte de ragoût bouilli, si peut présentable que l'on aura dit qu'il avait déjà été servi, mâché et digéré par un troll.

Saké, un rictus dégoutté au coin des lèvres poussa son assiette sur le bord de la table, lui préféra largement un jeûne d'une journée.

L'ambiance et l'humeur était loin d'être au beau fixe. Le moral en berne, l'atmosphère morose. 

Un mal pour un bien dans un sens, dans la mesure ou ce climat et ce contexte particuliers avaient fait descendre Tara de sa position de capitaine et de son piédestal. Ayant subie de plein fouet le même traitement que ses troupes, elle semblait à présent plus encline à échanger avec eux. De façon assez surprenante, elle prit les mercenaire de court et se livra d'elle même.

-"J'en ai connu des missions à la mord-moi-le-nœud, mais celle-ci, je pense qu'elle à le potentiel pour décrocher la palme. Non mais sans déconner, regardez moi ce merdier... j'ai jamais voyagé dans des conditions pareilles.. Ce putain de hibou s'est foutu de ma gueule..." de rage, le pirate envoya valser son auge dont le contenu vint recouvrir la crasse du mur qui lui était opposé.


Saké profita de la faille entrouverte pour s'y instiguer.

-"A tout hasard, est-ce que par "putain de hibou", vous faites indirectement référence à un "putain d'elfe masqué à la solde de Moo'Han" ?" demanda-t-elle d'un air innocent
-"Ouai... l'autre tarte là, avec son costume de guignol et ses plumes de partout. Je les lui enfoncerai bien dans le fion d'ailleurs..."
-"Certes...chacun a sa propre façon de calmer ses nerfs, je le conçois. Mais changeons de sujet, puisque celui-ci vous agace,  puis-je me permettre de vous demandez, ou vous nous menez ?"
-"Qu'est-ce que ça peut te foutre, la bridée ? - commença par aboyer leur guide mal léchée, avant de se reprendre sur un ton plus conventionnel - Hmm... Chez moi... à deux ou trois jours de bateau, tout au plus."
-"Par chez vous... que vous voulez dire exactement ?"
-"Je veux dire la Terre de tous les pirates, ou d'autre ? Le bout du monde pour la plupart des habitants de Zaerod"

Saké ouvrit de larges yeux écarquillés

-"Vous voulez dire que ce n'est pas une légende..., que ce lieu existe vraiment ? Nous allons à Fort-Naufrage ? Vous-vous jouez de moi, allons ?"
-"Si ce foutu navire en a la force, oui, c'est là que nous allons..."

[hrp : Melk et Assiah, plusieurs choses. Vous devez choisir qui sera votre compagnon de chambre. Sachant qu'il vous reste trois options, dans la mesure où Agram et Yao font chambre commune. Donc soit vous logez ensemble, toutes les deux, soit l'une avec Saké et l'autre avec Bérénice. Evidemment, tout choix entraîne conséquence. Pour la suite, le repas vous octroie un moment d'échanges libres avec tous les convives, Capitaine comprise. Donc profitez en si vous voulez tailler le bout de gras. Une fois le repas fini, vous irez vous coucher en binôme et je prendrai la relève.Par ailleurs, j'ai besoin de savoir si vous mangez ou pas votre bouillie... c'est important. :p ]
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Re: Destins croisés et gueule de bois.

Message par Melkerah le Ven 3 Juin - 16:43

Plus cette foutue journée de merde avançait, plus Arasé sombrait dans des profondeurs abyssales de mauvaise humeur, si sombres et si glauques que le ciel au-dessus d’elle en paraissait pur et lumineux. Elle était fatiguée, déprimée, trempée jusqu’aux os, et ce n’était manifestement pas près de s’améliorer. En tant que Noctalienne, les bas-fonds, tels les docks vers lesquels ils se dirigeaient, n’avaient rien que de très commun pour elle, la pénombre était un terrain familier, les boulots louches son pain quotidien et les conditions douteuses son lot habituel, rien qu’elle ne sache gérer. Il s’agissait, certes, de son ancienne vie, qu’elle reconnaissait sans aucun plaisir, mais ça ne l’intimidait pas pour autant. Et pourtant, il ne lui semblait pas être déjà tombée si bas.
Elle secoua sa courte chevelure pour la décoller de son visage mais n’eut pour résultat que de recevoir des trombes d’eau supplémentaires dans la face. Si quelqu’un avait croisé son regard, il se serait certainement retrouvé réduit à l’état de tas de cendre aussitôt dissous par la pluie.
Quel dommage qu’elle ne puisse faire subir ce sort au rafiot pourri qu’on leur avait dégoté ! Non seulement il semblait attendre la première occasion pour se désintégrer et lâcher ses passager à la mer, mais l’odeur qu’il dégageait… Peut-être était-ce la première fois qu’Ara regrettait si intensément d’avoir l’odorat si fin. Elle faillit vider son estomac sur le pont, mais se retint de justesse, tout en songeant que ça ne ferait finalement pas grande différence en termes d’hygiène. En respirant soigneusement par la bouche, elle lâcha son paquetage dans la première cabine venue, trop pressée de retrouver un semblant d’air libre pour vérifier qui d’autre y élirait domicile.
Enfin, elle retrouva tout le monde à la cantine, avec sous le nez un bol d’une substance qui tentait en vain de se faire passer pour un repas. Elle voulut renifler prudemment l’immonde brouet, mais la puanteur ambiante avait saturé ses fosses nasales, la laissant quasiment incapable de flairer quoi que ce soit d’autre.
Une conversation s’était amorcée entre Saké et Kolsenhauer, que la lycan écouta d’une oreille en espérant se distraire de la fange dans laquelle ils étaient tous plongés jusqu’au cou.

-Je serais bien curieuse de savoir comment on vous a présenté ce boulot, commenta-t-elle à l’attention de la pirate.

Réticente à laisser perdre un repas offert, surtout avec un appétit tel que le sien, elle prit une cuillerée de bouillie et l’enfourna avec une grimace. L’environnement devait l’avoir immunisée car la chose ne lui sembla avoir aucun goût. Au moins ça lui remplirait l’estomac…

-L’île des pirates ? s’exclama-t-elle, son attention soudain attirée. Sérieusement ? Bordel…

Bien que la plupart des gens considèrent ce lieu comme une légende, ou du moins estiment sa valeur comme telle, tout le monde rêvait des trésors qui devaient s’y trouver, amassés à coups de piraterie, de malhonnêteté… Un graal pour des voleurs-nés comme les Noctaliens. Si Ara avait su, du temps du clan Astera, qu’on l’y emmènerait un jour…

-Pourquoi ils voudraient qu’on aille là-bas ? demanda-t-elle, la méfiance débordant dans la voix.
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Re: Destins croisés et gueule de bois.

Message par Assiah le Mar 14 Juin - 22:11

Pour la millième fois depuis qu'ils avaient quitté l'auberge, Assiah se demanda pourquoi elle avait écouté cette satanée bridée et n'avait-elle pas poussé la porte de cette salle quand elle en avait eu l'occasion? Bon elle pouvait toujours fausser compagnie à tout ce beau monde et quitter cet défilé qui avait tout d'un suivi de corbillard tant les mines étaient renfrognées chez les protagonistes. Pour ajouter à l'ambiance, les éléments s'étaient ligués contre la troupe qui n'avait déjà pas fière allure. Comme une bande de chien mouillés, ils avançaient sous la pluie et le vent, peinant à mettre un pied devant l'autre. 

La colère qui alimentait la guerrière lui permit d'avancer avec une détermination d'autant plus farouche qu'elle aspirait à ce que cette mise en scène prenne fin. Vite qu'on en finisse avec cette mission miséreuse qu'elle puis enfin vaquer à ses occupations (autrement plus importantes).

Arrivée devant le magnifique bâtiment qui leur avait été apprêter, la belle guerrière ne put retenir un rire ironique. Comme s'ils pouvaient s'attendre à autre chose.

La mine du capitaine en disait long sur les pensées de cette dernière. On dirait qu'elle aussi apprenait à connaître leur employeur à ses dépends. Honteusement, l'amazone en ressentit une joie malsaine. Ils n'étaient donc pas les seuls à s'être plumer. 

Le dégoût profond que lui inspirait le navire n'avait d'égal que sa confiance en l'équipage. Même si leur cellule lui répugnait, elle préférait encore dormir là que de suivre son premier élan et d'aller carrément dormir sur le pont. Il ne manquait plus qu'un de ces cadavres ambulants ait envie de s'en payer une bonne tranche avec elle. Rien que cette pensée la faisait frémir.

Sa compagne de chambre, tant que ce n'était cette femme à la langue aussi pendue que son ego, la belle s'en fichait. Si elles se retrouvaient toutes les deux seules dans un endroit aussi exigu, il y aurait une morte avant la fin du voyage se disait la belle blonde. Elle proposa donc à Bérénice dont elle appréciait le calme et la timidité de s'installer avec elle plus par élimination que par réelle amitié.

Pour tout dire, la blonde avait hésité. La louve aurait sans doute fait une compagne de chambre pas trop envahissante aussi. Mais elle la trouvait trop taciturne et si elle avait envie de tailler une bavette sans se prendre la tête, elle s'était dit que la naïve et jeune Hautjardin ferait très bien l'affaire.

Cette épine hors du pied, Assiah se sentit presque... contente ou tout le moins un peu rassérénée. Cet élan d'optimisme fut cependant brisé dans l'oeuf quand elle s'installa devant son assiette. Interloquée devant cet infâme mixture qu'on leur servait, la colère ne tarda pas à réapparaître dans son coeur et son regard se fit étincelant. Quand même, la moindre des choses si on voulait que ses sbires soient frais et dispos pour les combats et les épreuves à venir c'était de les nourrir un peu mieux que ça non?

Une moue marqua son joli minois et, à l'instar de sa controversée compagne Saké, elle repoussa son assiette le coeur soulevé par l'odeur encore plus entêtante que toutes celles qui fleuraient déjà sur ce rafiot.

De toute façon, s'il elle avait eu faim, les quelques restes d'appétit ce serait envolé après la brève confidence de leur cher capt'ain. Le paradis perdu, quelle ironie, le destin ne finissait de leur jouer des tours. Ainsi ils verraient quand même cette terre fabuleuse aux promesses multiples. Elle n'y croyait pas. La belle se contenta de fixer Tara avec dans les yeux cette lueur de défi que tous lui connaissaient désormais.

Rien que ça, hé bien je me demande ce qui peut intéresser des hiboux là-bas. Une terre de piraterie ou l'anarchie règne en maîtresse et qui est si difficile à atteindre que beaucoup s'y sont cassé leur jolies dents blanches. 

Pour elle-même elle continua, après tout quoi de mieux qu'un pirate capitaine pirate pour trouver ou retrouver une telle destination. Voilà qui donnait une nouvelle dimension à leur toute nouvelle quête.
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Re: Destins croisés et gueule de bois.

Message par Mortelune le Mer 15 Juin - 16:28

Le navire avait quitté le quai depuis quelques heures à présent.

L'atmosphère à son bord était calme et plutôt conviviale, en dépit du contexte. Certes, le moral était plutôt en berne, mais chacun semblait vouloir y mettre du sien et faire contre mauvaise fortune bon cœur. 

On percevait toutefois encore quelques signes d'agacements, la plupart du temps provoqués par Saké, qui avait décidément bien du mal à gagner les faveurs de l'assemblée. Et en particulier celles d'Assiah, qui l'aurait volontiers tuer du regard, si elle en avait eut la capacité.

Depuis les quelques échanges tenus avec Kolsenhauer, l'Orientale s'était tue. Pour un moment, et restait cantonnée à un inhabituel rôle d'observatrice. 

Elle n'avait jamais détourné son œil valide lorsque l'amazone l'observait avec son air agacé et réprobateur. Au contraire, elle continuerait à la fixer elle même de plus belle, tout en lui adressant le plus beau de tous ses sourires. Bien évidement, ce petit manège n'avait échappé à personne, et en particulier à l'apprentie Hautjardin qui semblait plus qu'attristée par la situation. En son fort intérieur, la jeune femme craignait que ce manque flagrant d'unité et de cohésion ne nuise à la suite de leur projet.

La fin du repas approchait, Saké fumait sa pipe en tirant de longues bouffées dont la fumée remplissait la petit cantine et la conversation prenait une nouvelle tournure. Les langues se déliaient, pour le plus grand plaisir de tous.

La tête plongée dans le creux de ses mains, l'attention de Tara fut happée par la question posée par Arasé.

-"Je serais bien curieuse de savoir comment on vous a présenté ce boulot" demanda-t-elle soudainement. 


Si soudainement que la Capitaine fut elle même surprise de la question, comme si elle estimait que la Noctalienne s'était laissée aller à penser tout haut.

Après un moment d'hésitation durant lequel ses lèvres se pincèrent, elle décida de répondre.

-"Pour être tout à fait franche avec toi, la Louve, on m'a rien présenté du tout... C'est beaucoup plus compliqué que ça en réalité. La vérité, c'est que j'ai été compromise lors d'un plan. Un truc louche, monté avec mon équipage de l'époque, y'a un an de ça environ."

Avant de poursuivre, la Pirate, aussi belle que rude, tira une large bouteille d'une besace qui reposait à ses pieds. La soirée s'annonçait d'être arrosée.

Elle dégoupilla le bouchon d'un coup de dents, et le recracha au sol. Puis elle le laissa le contenu de la bouteille dévaler sa gorge pendant cinq longues secondes. Après quoi, elle reprit le fil de son histoire, non sans avoir replacer sa bouteille au milieu de la petite table de bois, à disposition de chacun.

-"A l'époque, je lorgnais sur un bateau. Une vraie merveille. Trois ponts, une dizaine de mats, cinquante canons. A la fois rapide et mobile, imposant et robuste. Le tout flambant neuf, tout droit sorti de l'arsenal de Clantor. Autant dire le plus réputé de Zaerod, qui a quand même mit deux années à pondre de petit joyaux des mers. L'idée était simple. S'en emparer et se tirer. Le problème c'est que ce bijou mouillait à Clantor et était propriété de sa marine impériale. Autant dire qu'on risquait gros si on se faisait chopper."

Elle tira la bouteille des mains d'Agram, qui ne s'offusqua guère, et se rinça le gosier une nouvelle fois, comme pour exorciser la douleur qu'elle ressentait à l'évocation de ses mésaventures.

-"Bien évidement, ce qui devait arriver, arriva. Alors que le plan ne souffrait d'aucune faiblesse, allez savoir pourquoi, une faction d'une centaine de gardes armés nous attendait bien sagement, au beau milieu de la nuit du coup, sur le pont du vaisseau. Ni une, ni deux, l'affaire était entendue, on était baisés. Fin de l'histoire. Une heure plus tard, je n'avais plus de possessions, plus d'équipage, plus de bateau, plus de vêtements et je pataugeais dans la crasse des geôles de la prison de Clantor, les fers aux pieds, en compagnie des rebuts de cette pute de ville, violeurs, tueurs, cinglés, adeptes de cultes interdits et pire que tout, quelques politiciens. Promise à la potence, mon exécution était prévue le lendemain aux aurores. Et devinez-quoi ?"

Yao l'interrompit dans la seconde et répondit à sa place

-"L'intendant s'est présenté à vous et vous a libérer ?"

La pirate leva son regard déjà légèrement embrumé vers le Kistuné et lui sourit

-"Rusé Renard ! Exactement, cette face d'oreiller, à rappliqué comme une fleur au beau milieu de ma cellule. Comme ça, pouf !! Dans ses habits de grand guignol, avec toutes ses plumes, il m'a fait l'article de ses compétences avec ses manières précieuses à vomir. Moi je lui aurait bien foutu mon pied au cul pour qu'il se tire, mais malheureusement, attachée comme je l’étais, même avec beaucoup de volonté, c’était compromis. Puis ce pantin m'a proposé un marché. Il me proposait de me permettre de m'enfuir... Contre deux années de service inconditionnels. Sachant que je le soupçonnait d'être à l'origine de mon incarcération, je dois vous dire que sa proposition me ravissait autant que de me faire enfoncer un tisonnier dans l'cul."

Son regard se perdit soudain, dans le lointain. Imposant un suspens au reste de l'auditoire pendu aux lèvres de la sympathique mais bourrue pirate.

-"Alors ?" demanda timidement Bérénice, de sa voix cristalline.

-"Alors ma mignonne, je lui ai d'abord craché à la gueule. Voila. Un truc bien gras et bien vert, que j'avais récupéré du fond de ma gorge. Une sorte d’huître en somme. Un truc vraiment sale. Mais il avait du voir venir le coup et disparu dans un souffle, évitant mon glaviot. Puis, je me suis retrouvé seule. Dans ma cellule. Seule avec moi même, mes peurs, à compter les secondes qui me séparaient de ma mort prochaine. On a beau jouer les gros bras, les grandes gueules. Quand la faucheuse se présage à l'horizon, on fait moins la maline. Je... je n'ai pas su gérer ça. Et je l'ai rappelé. Voila. Et maintenant j'en suis là. A picoler avec vos sales faces de rats, au milieu de la mer, en naviguant sur un putain de cercueil à voile."

-"Nous aussi, on est contents d'être là, parmi vous, Capitaine. C'est toujours un plaisir de deviser en votre compagnie" commenta Saké, ironique, provoquant un pouffement de rire contenu chez la petite de Hautjardin et un sourire à pleine dents de l'Ursidé qui reprit une rasade de rhum.

La pirate adressa un clin d'oeil à la comédienne, pour toute réplique et répondit alors à quelques commentaires et questions subsidiaires en lien avec l'histoire qu'elle venait de narrer, notamment concernant les condition de sa servitude, puis elle entreprit de rebondir sur les remarques formulées par Ara et Chantelame au sujet de leur destination prochaine.

-"Alors je vous arrête tout de suite mes chéries, Fort-Naufrage, c'est pas dans les plans du troufion masqué, encore moins du Hibou. C'est mon idée, à moi. Et j'ai mes raisons pour ça. Disons que l'objectif final de notre voyage nous sera plus facilement accessible en faisant escale là-bas. On m'a imposé une destination. Point, rien de plus. Pas d'itinéraire, et encore moins de moyens de locomotion. Je reste seul maître à bord concernant ces points." dit-elle avec insistance comme si elle souhaitait se faire entendre par quelqu'un qui serait en train d'épier leur conversation... au hasard, un intendant masqué.

On notait parfaitement les reflets d'amertume et de rancœur dans les pupilles de la jeune femme dont la carapace de sévérité venait sérieusement de s'effriter face au reste du groupe.

-" Et pour vous répondre à tous, non. Ce lieu, n'est pas une légende, ni un mythe. Il n'a rien de fantasmatique, puisque c'est l'endroit qui m'a vu naître et où j'ai grandie. C'est une ville unique et merveilleuse, comme il n'en existe aucune autre. Une cité flottante, perdue aux confins du monde, dominant les chutes marquant la fin de la mer. Son parfum sent le souffre et le charbon, ses bruits résonnent de ceux des canons et des chants des pirates, son ciel rougeoie et s'embrase chaque nuit. Les gens qui la peuplent sont à la fois fous et sauvages, brillants et fiers, honorables et vaillants. Cette ville, elle s'emparera de votre âme et de vos sens dès que vous y poserez pied à terre. Je vous le garantis. Sur ce... mes amis. Je crois que j'ai trop bu... je n'ai pas pour habitude d'être si bavarde. Je le paierai surement aux aurores... d'un bon mal de crâne. Si je traîne trop au lit, venez m'y déloger."

Tara se leva péniblement en faisant grincer la chaise derrière elle, puis quitta la pièce.

L'ambiance retomba soudainement. Il se faisait tard. Dehors, la météo était clémente. La mer calme et le vent favorable faisaient progresser rapidement le navire sur l'onde en direction de leur destination.

Il était temps d'aller se coucher.

[Hrp : La soirée s’achève. La capitaine vient de s’éclipser. Vous vous retrouvez entre vous. Vous pouvez poursuivre les discussions, sur les sujets de votre choix, avec les membres encore présents, et/ou aller vous coucher. Pour rappel, Assiah avec Bérénice, Ara et Saké (héhé), Yao et Agram. Je vous laisse également le soin de réagir aux propos tenus dans mon post et d'exprimer le ressenti de votre perso par rapport à tout ça... mais bon, ça vous en avez l'habitude ^^ Quand votre personnage décidera d'aller se coucher, son binôme l’accompagnera. Assiah je te laisserais donc la main sur Hautjardin quant à ses faits et gestes et ce tout ce qu'il se passera entre vous deux d'ici à ce que vous vous endormiez. Par toi, Melk, Saké étant jouée par moi, tu ne décriras que tes actions. De toutes façon Saké sera fin cuite et te suivra comme un robot avec de s'endormir comme une loque. Voila, avoudjouai !!!]
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Re: Destins croisés et gueule de bois.

Message par Assiah le Jeu 1 Déc - 18:02

Le bateau tanguait doucement alors que leur périple commençait. Dans la pièce où ils s'étaient tous réunis, les compagnons forcés profitaient du répit offert. Qui sait de quoi demain serait fait? 

La question de la jeune Hautjardin eut l'heur d'intéresser la fougueuse guerrière au plus haut point. Son coude se retrouva donc sur la table tandis qu'elle posait son menton dans sa main intriguée de connaître les tenants et les aboutissants d'un tel enrôlement. Il s'avéra vite que, à l'instar de tous, la fière pirate s'était fait berné.

Assiah éprouvait un ressentiment grandissant envers leur employeur. Il utilisait des procédés douteux, usait de plans fourbes pour piéger ceux qu'il avait choisis sur son échiquier géant. Elle fit taire la rage qui la prenait à nouveau. La belle guerrière attendrait patiemment car viendrait l'heure de la vengeance. Un sourire flotta un instant sur ses lèvres puis elle reprit le fil du récit de leur hôte.

"On ne peut échapper à la Grande Faucheuse éternellement, elle finit toujours par prendre son dû... aussi fort soit-on, aussi invincible a-t-on l'air."

Ces mots lancés dans la discussion pouvait passer pour une soumission, une acceptation de cette fatalité qui nous attend tous. Il n'en était pourtant rien. Que chacune les interprètent comme il l'entendait. Pour la blonde pleine d'amertume cette tirade faisait office d'avertissement à celui qui ne manquait sûrement pas une miette de leur petite réunion.

Assiah ne se rappelait pas que la jeune capitaine qu'elle avait rencontrée était si véhémente mais elle aimait ce qu'elle voyait aujourd'hui de cette petite fille devenue femme... un peu comme elle en fait si elle y réfléchissait. Et elle, à quel point avait-elle changé depuis cette époque? Elle essaya de se rappeler la jeune fille qu'elle avait été mais n'y parvint pas. Ses souvenirs étaient entachés d'un voile d'ombre.

L'ambiance l'avait rendue nostalgique, bientôt, la belle amazone quitta son siège pour se diriger vers la sortie. Elle avait besoin de l'air frais de la nuit. 

Dehors, la pluie s'était arrêté de tomber. Entre deux nuages sombres, la lune éclairait la mer d'un noir d'encre. La scène avait quelque chose d'apaisant comme si toutes les ténèbres qui envahissaient son coeur et son esprit avait pris corps devant elle. Ses yeux dérivèrent suivant les moutons qu'elle entrevoyait sur l'eau. Un instant elle les revit tous trois sur le bateau de la nordique, elles deux complices complotant contre le pauvre Monsieur Metal. Cette amitié qui s'était si vite tissée entre-elles, les yeux pétillants de Mym quand elle se moquait gentiment du géant ou qu'elle profitait simplement de l'instant. 

Ces souvenirs laissaient leur douleur habituelle mais, derrière, la blonde ressentait autre chose, la reconnaissance d'avoir pu les connaître, d'avoir été son amie un sourire triste sur les lèvres, la belle se détourna. Il était temps de laisser les ténèbres à la mer et de retrouver la cabine confinée qu'elle avait décidé de partager avec la Hautjardin.

Un rayon de lumière filtrait à travers les interstices de la porte qui protégerait leur intimité des autres passagers du rafiot. L'amazone frappa deux coups brefs pour signaler sa présence, elle ne tenait pas à surprendre la jeune mage dans une position embarrassante pour l'une comme pour l'autre. Du reste, elle n'aspirait qu'à s'allonger, fermer ses yeux et être happée par un sommeil si possible sans rêves. Plus elle avançait dans ce traquenard, plus elle doutait d'être un jour débarrassée de ces cauchemars. 

Une petite voix lui répondit et, sans plus de cérémonie, la jeune femme entra dans la petite pièce sans se faire prier. Très vite, la promiscuité, les murs si proches les uns des autres, le minuscule passage entre leur deux couchettes l'assaillirent. Confinée dans ce cagibi, l'indomptable aventurière se sentait oppressée. Pour masquer son mal-être, la belle prit la parole d'une voix claire, les yeux rivés sur sa compagne de chambre.

"Je devrais te féliciter, tu t'en es sortie vivante contre tous les pronostics de notre cher employeur. L'aventure, ça semble toujours tellement excitant sur le papier... il vaut peut-être mieux en rester aux élucubrations de nos esprits. Enfin... je suppose que comme nous tous tu as une bonne raison d'être là, que ce soit l'appât du gain ou autre chose."

La petite Bérénice ouvrit la bouche pour répondre à l'impétueuse blonde mais, d'un mouvement de sa main et d'un hochement de tête négatif, Assiah stoppa là leur "conversation". 

"Garde tes justifications pour toi, qui sait à qui peux-tu te fier ici?"

Sans rien ajouter ni lancer un autre regard sur la jeune mage, la guerrière posa ses lames à portée de ses mains, comme toujours, et s'allongea sur la paillasse que lui avait laissé Bérénice. Elle ne voulait pas parler, ne voulait pas écouter des explications, ne voulait en fait rien savoir. Sur le dos, le regard vissé sur le plafond, Assiah attendit que l'autre souffle la lumière faisant mine d'ignorer sa mine déconfite. La blonde s'en voulait certes de ne pas être plus avenante mais faire des efforts d'amabilité était au-dessus de ses forces. 

Au bout d'un moment, elle entendit la respiration calme et lente de sa voisine. Bercée par roulis du bateau elle sombra à son tour.
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Re: Destins croisés et gueule de bois.

Message par Mortelune le Lun 12 Déc - 17:21

Alors que Tara s'éclipsait, Saké se resservit un verre de tord-boyaux, d'un geste vif qui en disait long sur son besoin de poursuivre la soirée plus avant.

Elle supportait assez mal le fait de subir l'autorité d'autrui. Quand bien même la capitaine lui semblait de bonne composition et plutôt agréable, elle n’était jamais si heureuse que lorsqu'elle n'obéissait qu'à ses propres convictions. Et puis, il fallait dire qu'elle lui ressemblait un peu, sous certains aspects... même si cela lui faisait mal de se l'avouer, elle qui se plaisait tant à se prétendre unique en son genre.

Pour autant bien des points la différenciaient de la navigatrice et elle se consolât en les énumérant tour à tour. Elle se trouvait déjà bien plus belle et gracieuse. Ce qui était vrai à n'en point douter. Il ne faisait nul doute qu'elle était plus cultivée aussi. Son côté artiste était bien plus développé également. Plus ingénieuse, maligne, audacieuse, calculatrice, charismatique... hmm. La voila rassurée.

Satisfaite d'elle même, elle avala cul-sec son verre de liqueur et grimaça sous l'effet de l'alcool qui lui brûla la totalité de la gorge.

Les invités contraints se retrouvèrent donc en comité restreint. Pour autant les "petites natures" ne tardèrent pas à lever le camp à leur tour.

Arasé prit rapidement la tangente sans demander son reste. Puis la jeune magicienne, éreintée et les yeux mis clos prit également le chemin de sa cabine, rapidement suivie par son Amazone de collaboratrice.

Le trio restant composé de Saké, Yao et Agram devisa encore une bonne heure, à la lueur intimiste d'un bougie chancelante avant que le Kitsuné ne déclare la fin des réjouissances. Agram ne put qu'abonder dans le sens de son compère, ce qui déclencha la rage de la comédienne du pays du thé, qui n'avait aucune envie d'en rester là et de finir la nuit à boire seule.

Afin de marquer sa désapprobation et sa colère, elle se leva d'un bond, dégainant sa magnifique lame de maître et menaçant les malheureux déserteurs.... avant de s'effondrer au sol, contrainte par l'alcool et la fatigue. L'instant d'après elle ronflait bruyamment, étalée au milieu du réfectoire. 

Amusés, les compères caravaniers quittèrent la scène sans mot dire, laissant l’exubérante artiste a son triste sort et son plancher sale et froid.

De son côté, Bérénice sursauta lorsque Chantelame toqua à la porte de leur cabine commune pour lui signifier son intention d'entrer. Elle se trouva sotte de n'avoir pas su garder son sang froid et tenta de faire bonne figure aux côtés de la charismatique guerrière qui semblait aussi sûre d'elle que redoutable. La jeune apprentie n’était pas vraiment à l'aise face à elle, et pour plusieurs raisons. La première et la principale, est qu'elle ne se sentait finalement pas à sa place aux côtés d'aventuriers visiblement bien plus expérimentés qu'elle même. La seconde, c'est que ses compagnons ne mettait rien en oeuvre pour la faire sentir moins inconfortable. Mais elle ne pouvait guère leur en vouloir. L'heure n'était pas au pouponnage et encore moins aux mondanités. Il n'y avait peut-être que la guerrière qui s'étai montrée moins raide avec elle. 

D'ailleurs, la petite phrase qu'elle lui lança l'instant d'après conforta son sentiment. Elle s’apprêtait à lui répondre quand l'impétueuse jeune femme lui coupa net la parole.

Pourtant, elle aurait volontiers sauter sur l'occasion de mettre en avant les points communs qu'elle pouvait avoir avec elle.

Tant pis, elle tenterait de remettre le sujet à plus tard.


La nuit passa, agitée pour la plupart des passagers, qui tous, eurent à souffrir de la visite nocturne de l'Intendant, qui prit un malin plaisir à ponctuer les rêves de chacun d'anachronismes et de faire resurgir de vieux démons.

Comme elle aurait pu s'y attendre, Assiah fut hantée par la présence de Mym, qui la convia à ses noces. L'invitation lui avait été transmise par un corbeau d'un noir profond, qui tenait entre son bec abîmé un faire-part rédigé en lettres ensanglantées. Une fête immense avait été organisée pour l'occasion à Hyldegaard, sa cité de naissance. Étrangement tous les convives affichaient des mines d'une tristesse insondables. Ces âmes en peine s'affairaient autour d'un banquet qui ne présentait que des plats peu ragoutant, des carcasses déjà entamées et rongées, des plats ternes et sombres, pour certains infestés d'insectes grouillants et autres cafards. Un orchestre jouait des airs lancinants, proche de marches funèbres là ou des mélodies enjouées auraient été de mise. Puis le glas sonna l'heure de la cérémonie. Les convives se dirigèrent d'un pas lent vers la hutte du Thane, sans aucune émotion, comme des condamnés se rendant au gibet.

Assiah, portait une robe aux couleurs d'or et d'argent, qui jurait en tout point avec le tableau sombre dans lequel elle évoluait.

Après une attente interminable, Mym se présenta enfin aux noces. Elle arborait un voile, cachant son visage et prolongeant une robe d'un blanc terne et passé. La robe qui jadis devait être magnifique était à présent en lambeaux. La jeune femme portait en ses mains un bouquet de roses noires, fanées, dont les pétales venaient les uns après les autres joncher le sol froid de la hutte.

Alors un soupir murmuré à l'oreille d'Assiah la parcouru comme un souffle d'air froid.

-"Ma sœur, ou étais tu pendant tout ce temps.... Je t'ai attendu... et aujourd'hui, je pars."

Alors, la porte de l'immense battisse de bois s'ouvrit depuis l’extérieur, dans un claquement sec, laissant pénétrer une rafale de vent glacé.
Une silhouette immense se dessina dans la pénombre et commença à progresser lentement à l’intérieur de la hutte. Le personnage était imposant, colossal même. Il portait une sorte de vêtement de voyage à capuche qui masquait ses traits.

Il ne fallut que quelques seconde à l'amazone pour comprendre l'identité de cette mystérieuse apparition. 

Il s'agissait de la Mort. La faucheuse en personne qui venait prendre sa sœur pour épouse, devant ces yeux, comme pour marquer une fois pour toute et au fer rouge le souvenir de sa disparition dans son esprit et sa conscience.

Il n'y alors aucune question rituelle de consentement ni aucun échange de vœux d'amour réciproque et pour tout baiser scellant le pacte d'amour, une faux noire et rouillée s'abattant sur Mym et la faisant simplement disparaître à son impact, comme sublimée par le choc.

Alors la belle amazone se réveilla fiévreuse et sous le choc de cette nuit agitée. Progressivement elle parvint à discerner le rêve de la réalité. La douce Hautjardin secouait avec prudence son épaule comme si elle avait souhaité l'extirper du cauchemar qui s’était emparé d'elle.

-"Ah enfin tu te réveilles !!!" lui glissa-t-elle visiblement rassurée

-"Voila une bonne heure que tu t'agites sur ta couche comme une démente sans que je parvienne à te sortir de ton rêve !!!"

Visiblement, autre chose peinait l'apprentie magicienne, à en juger par l’inquiétude qui se lisait sur son visage.

-"Prends quelques minutes pour te rassembler, mais, il se sont passé des choses pendant ton sommeil. Tara a fait le tour du navire, et visiblement il manque du monde. Il n'y a plus d'équipage. Aussi surprenant que cela puisse paraître il s'est comme volatilisé. Arasé a disparue également. Saké est semble-t-il introuvable aussi."

Dehors le soleil était déjà haut. Visible depuis l'étroit hublot de leur cabine, à l'horizon, se dessinait vaguement les contours d'une terre isolée.

-"Tu es tellement transpirante et toute débraillée ! Rafraîchis-toi et rejoins nous sur le pont. Kolsenhauer a donné des instructions. Nous allons arriver d'ici un couple d'heures à Fort-Naufrage"
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Re: Destins croisés et gueule de bois.

Message par Assiah le Mar 20 Déc - 20:50

La réalité avait du mal à reprendre le dessus dans son esprit. Les contours de la pièce lui apparurent d'abord flous et sans consistance, la voix qu'elle entendait lui arrivait étouffée par l'atmosphère d'horreur du rêve encore présent. Puis, lentement, l'image se réajusta à sa vision, la caméra de ses yeux fit le point et elle se rendit compte que cette voix n'était autre que celle de la jeune mage. Penchée sur la dormeuse, la main sur son épaule, l'inquiétude plissait son front.

Assiah secoua la tête, les mots n'arrivaient pas à prendre un sens dans le chaos qui y régnait. Encore un rêve, la jeune femme avait crié après son amie, avait hurlé sa rage à la face de celle qui l'emportait mais aussi son désespoir profond d'être là, impuissante à regarder. Plus que tout, la phrase lancée par sa soeur de coeur, la seule parole proférée dans ce rêve terrible la hantait. L'amazone avait voulu répondre à son amie, s'excuser, lui faire ses adieux, lui dire qu'elle arrivait mais rien, tout était resté bloqué dans sa gorge retenu par une force invisible. Malgré tous ses efforts, la belle n'avait pu que supplier du regard.

Ses yeux s'attardèrent sur la Hautjardin, qu'elle fixa un instant d'un air hagard. Enfin, la beauté blonde trouva un sens à ce qu'elle entendait. Elle haussa les épaules détachée de ce qui arrivait, son esprit n'avait plus la force de se battre. La guerrière avait prié pour que les cauchemars cessent, c'était sa seule exigence dans cet jeu infâme... et voilà que, loin de disparaître, l'horreur et la réalité de ceux-ci s'intensifiaient. C'était de pire en pire. 

La jeune femme ne proféra pas une parole et poussa un soupir de soulagement quand la jeune mage quitta la cabine. Contre toute attente, la remarque de sa compagne de chambrée la fit sourire. S'arranger, c'était bien le cadet de ses soucis, de même d'ailleurs que ces disparitions inexpliquées. 

Sa main chercha le réconfort de ses lames. L'idée la traversa qu'elle pourrait lui offrir l'ultime réconfort, l'oubli éternel. De nouveau les paroles de Mym résonnèrent à ses oreilles: "je t'ai attendue", "je t'ai attendue", "je t'ai attendue" encore et encore la litanie se répétait sans fin. 

Assiah se boucha les oreilles comprimant de ses mains sa tête prête à exploser. Pourquoi la mort ne venait-t-elle pas la délivrer? Pourquoi depuis si longtemps n'arrivait-elle pas à se résoudre à ce geste fatidique? 

Enfin, la voix s'atténua pour disparaître complètement. Alors seulement la guerrière trouva la force de se lever, elle passa une main dans ses cheveux pour les coiffer sommairement, lissa quelque peu ses vêtements froissés par la nuit horrible qu'elle avait passée et ce fut tout. Bien assez pour retrouver les compagnons qui lui restaient sur ce semblant de bateau.

Après une dernière inspiration, elle saisit ses précieuses épées, les glissa dans son dos et poussa la porte de leur cabine.

La lumière du jour lui agressa les yeux, l'amazone se protégea comme elle put d'une main et avança sur le pont le visage fermé. A travers ses doigts fins, elle aperçut l'horizon et les formes sombre qui s'y dessinaient. Terre, ils approchaient sans doute de leur but. Que le sort pouvait être cruel. Elle était là, après tant d'années d'errance, à regarder ce bout de terre qui avait un jour signifié liberté pour elle. Aujourd'hui pourtant, aucune joie n'habitait son coeur, comme toujours, il était bien trop tard...

Pour masquer son trouble et endiguer la révolte et la colère qui menaçait de déferler encore, la belle amazone claironna aux membres rassemblés là

"Hé bien, quelqu'un a-t-il une idée, le début d'une théorie ou quelque chose qui pourrait expliquer que nous nous retrouvions en... comité restreint?" On a fouillé le rafiot, des indices?"
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Re: Destins croisés et gueule de bois.

Message par Mortelune le Mar 17 Jan - 18:12

Les traits marqués qu'affichaient les visages des autres protagonistes rassemblés sur le pont indiquaient clairement qu'à l'instar de Chantelame, ils avaient eu à souffrir d'une nuit passablement pénible et agitée.

Visiblement, l'Intendant s'amusait à merveille avec ses nouveaux jouets et il ne se lassait pas de leur rendre visite.

Tara toisait donc la nouvelle venue sur le pont de ses yeux cernés. A l'horizon, derrière sa silhouette robuste mais féminine se traçaient grossièrement les contours d'une île, lointaine et encore mystérieuse.

-"La petite t'a rencardée ?" - Lança Kolsenhauer à l'Amazone les yeux encore plein de sommeil - "Les matelots ont désertés, ces chiens. On n'a plus de canots. Remarque, je m'y attendais. Il est rare de trouver un équipage suffisamment couillu pour s'aventurer au large du Fort".

La jeune corsaire huma l'air comme pour s’imprégner des embruns parfumés qui transportaient déjà les senteurs épicées de la capitale des flibustiers.

Les yeux dans le vague, se laissant aller à une certaine nostalgie que devait lui prodiguer la vague de souvenirs qui déferlait sur son esprit, elle poursuivit d'un ton monotone.

-"Il nous manque aussi la Lycan, et la foldingue du Thé. Ces deux là ont disparues et leur cabine est vide. Il ne semble pas y avoir de trace de lutte quelconque... Leurs couches sont défaites, il semblerait donc qu'elles s'y soient bien endormies... C'est étrange."

-"Vous pensez qu'elles se sont faites enlevées ? Par l'équipage peut-être ?" proposa la jeune Hautjardin

Un sourire poli mais moqueur se dessina sur les babines du petit Kitsune en kimono qui observait les échanges, en retrait, installé sur une caisse de marchandises.

-"Mais bien évidement. Cela ne fait aucun doute ! L'un des plus grands assassins du Pays du Thé, experte en manipulation mentale et dans l'art de illusion. L'un des rares être vivant qui soit parvenu à s’échapper des geôles du Seng Chui se serait laissée enlevée par une poignée de marins attardés aussi vifs que des bulots asthmatiques...Je m’étonne encore de ne pas avoir tiré cette conclusion moi même..."

Passablement agacée par le ton ironique du renard, la jeune mage décida de répliquer, n’écoutant que son courage. Elle inspira un grand coup, puis déclama sa tirade alors que ses joues commençaient à rosir de son impétueuse initiative :

-"Ah mais pardonnez mon ignorance, Mestre Renard, pardonnez moi de ne pas avoir passé mon enfance sur les sentiers aventureux et de ne pas avoir faite mienne la culture des mercenaires itinérants et autres saltimbanques. Je ne connais pas cette Saké, pas plus que je ne connaissais aucun d'entre vous avant le début de notre pelerinage. Est-ce une tare ? Cela fait-il de moi une moins que rien ? Un renfort inutile ? Un évident et incontournable sujet de moquerie ? Ne pouvez pas passer outre mon état et voir au delà de l’évident statut de débutante que j'affiche plus souvent que je ne le souhaiterai. Je fais bien de mon mieux moi, pour vous considérer autrement que comme un petit renard nain endimanché que l'on a envie de rouler en boule et de chatouiller..."

A ces mots Agram ne put retenir un pouffement de rire qui visiblement contraria son petit compère légèrement soupe-au-lait.

Ce dernier grinça légèrement des dents, dévoilant ses canines acérées, avant de faire amende honorable.

-"Soit. Bien. Vous marquez le point. Pour votre gouverne alors, sachez juste que cette femme est un poison mortel. Qu'elle s'est jouée du Malin par deux fois, comme si la première n'eut pas suffit et que depuis ce temps, elle lui échappe. Qu'elle fait probablement partie des illusionnistes les plus douées de Zaerod, si ce n'est la plus douée. Et comme si cela ne suffisait pas, qu'elle peut prendre possession des esprits faibles et les soumettre à sa volonté. Elle est fourbe, dangereuse, indigne de confiance, orgueilleuse, schizophrène, vantarde et accessoirement complètement timbrée. Elle est probablement déjà loin d'ici, à bord de notre canot de sauvetage, perdue au milieu de l’océan et expliquant la recette des samoussa façon thé rouge aux cadavres des matelots qui l'accompagnent."

A l'entendre, il était évident qu'un différend liait le Kistune à la comédienne. D'ailleurs, ils avaient déjà pu en évoquer quelques bribes au détour de précédents échanges face au reste des compagnons.

Soudain, alors que chacun s'interrogeait sur l’étrangeté de ces disparitions, une voix, féminine et étouffée, surgit de nulle part.

-"C'est faux !!!!!!" hurla la voix.

Puis s'extirpant de dessous un tas de poissons mis à sécher non loin de là sur le pont, l’excentrique artiste fit, comme à son habitude, une apparition remarquée.

-"Je n'ai jamais été schizophrène !!!!! Bipolaire à la limite, si on veut !!! Mais prétendre le contraire serait mentir ! Tu as toujours eu la fâcheuse manie d'exagérer Renardeau. Tu dois faire un vrai travail sur toi. Tu as du talent et certainement d'autres moyens d'attirer les projecteurs sur ta petite et poilue personne. Je ne sais pas moi, prend exemple sur moi ! Soi toi même, repose-toi sur tes qualités innées... Tu dois bien en avoir quelques unes non ?"

Mielleuse et moqueuse à souhait, la jeune femme déambulait gracieusement entre ses acolytes et prit un malin plaisir à narguer Yao lorsqu'elle arriva à sa proximité. Si elle était toujours autant charismatique, en revanche, elle n'avait jamais été si négligée, les cheveux en bataille, peu apprêtée dans son kimono sale et crasseux, qui empestait le fumet de poisson.

-"Par tous les ancêtres, Itsusémi, vas-tu un jour cesser de te donner en spectacle. Ferme donc cette bouche et va plutôt te laver. Même un putois n'oserait pas t'approcher en pareille circonstance." adressa Yao pour toute représaille, et en dépit de sa colère, ne parvenait jamais à se montrer trop sévère à l'égard de sa compatriote, et ce malgré son comportement outrancier.

-"Vos désirs sont des ordres, Seigneur Yao des Exilés... Me masserez vous le dos à cette occasion, j'avoue que..."

-"Il suffit !!!!" - Trancha alors dans le vif Tara, ayant soupé du numéro que leur jouait l'artiste  et qui commençait à sérieusement lui taper sur les nerfs. - "Suis donc les conseils du Renard, tu empestes la morue et donne l'air d'une souillon. Va donc te laver et magne toi le cul ! On n'a pas que ça à faire. On approche du Fort. Mais avant cela, repond rapidement et simplement à une seule question : saurais-tu ce qui est arrivé à l'équipage et à la Louve ?"

Une lueur de lucidité enflamma le regard de la comédienne qui retrouva son sérieux en une fraction de seconde, visiblement vexée d'avoir été ainsi tancée en place publique.

-"Les matelots ont désertés au milieu de la nuit. Je les ai suivi afin de veiller à ce qu'il ne nous dépossèdent pas de nos vivres ou nos équipements lors de leur fuite, pendant que chacun d'entre vous reprenait l'Ode à la Pleine Lune en Ronflement Majeur... Mais, pour ce qui est de la Lycan, elle s'est simplement volatilisée. Je ne sais pas ce qu'il a pu advenir d'elle".

Sans demander son reste, Saké quitta alors le pont d'une démarche digne et affirmée, avant de s'engouffrer dans la pénombre des quartiers.


Elle reparu près d'une heure plus tard, sous un jour meilleur, le regard déterminé, le teint frais et la mine sévère. Agacée et blessée dans son amour propre, elle s'isola à la faveur d'un tas de bagages entreposées sur un coin du rafiot.

A présent, chacun s'affairait à ses occupations propres, ou faisait mine d'en avoir, pour mieux passer le temps qui les séparait de l’appontage. 

Alors, le regard de la comédienne croisa, par hasard, celui de Chantelame. Hésitante d'abord, elle s'approcha d'elle d'un pas timide et mesuré, puis s'installa à ses côtés. 

-"Trop de femmes dans ce groupe... ça va mal finir. Et encore heureux que la lycan se soit tirée. Finalement, c'était une mauvaise idée de te convaincre de rester parmi nous. Entre toi et les démons qui te hantent et ta tignasse blonde, la C'ptaine Fracasse là avec son petit cul moulé dans son pantalon, son sang de pirate et ses tresses, notre ado rebelle aux cheveux ivoire qui veut devenir mage pour emmerder ses parents,... Je me pose des questions. En fait, j'hésite entre vous quitter sans demander mon solde ou tous vous tuer, là maintenant..."


Sans véitablement se rendre compte de la gravité des propos qu'elle livrait, aussi naturellement que lors d'une confidence à une amie de toujours, Saké se laissa aller à un long soupir de lassitude.

-"Boarf... Mais en même temps je vous aime bien... Et puis on ne peut pas non plus tuer tout ceux qui nous font de l'ombre. N'est-ce pas ?" demanda-t-elle à l'Amazone comme si elle attendait une confirmation.

-"Du moins pas au bout de trois jours. On ne tue pas au bout de trois jours. C'est impoli. Et puis quelle image donnerai-je de moi ! Celle d'une enfant capricieuse, impatiente ! Jalouse même ! Ouah quelle horeur !!!!  J'ai un peu plus de classe que cela. Non ? Bon... on refera le point d'ici une semaine. Et puis nous voterons à main levée, tous ensemble, pour savoir si je dois vous tuer ou non. Cela donnera un aspect un peu plus démocratique à la démarche. J'ai toujours apprécié les procédures participatives. Cela fait plus sérieux. Qu'est-ce que t'en penses ? Mais si voyons ! Projette-toi un peu ! Cela te donnera l'impression d'être considérée un minimum, alors que bon, sur le principe, en vrai, j'm'en cogne de ton avis !!! Mais en termes de communication, d'image, c'est important qu'un leader se montre proche de ses sbires. Voila. C'est décidé, on fera ça. Si tu peux juste le noter quelque part, pour me le rappeler plus tard. Comme je suis quelqu'un de très occupée, j'ai parfois tendance à négliger mes obligations administratives...". 

Ce monologue donna une preuve de plus, si cela était nécessaire, à Assiah, que l'artiste n'avait pas toute sa tête. Pour autant il était toujours aussi compliqué de savoir si elle jouait ou non un rôle.

Quelques minutes de silence plus tard, une question posée par Saké surgit de nulle part, alors que le tableau de Fort-Naufrage se dessinait de plus en plus nettement à portée de vue. Les yeux fixés sur le ressac, l'orientale sembla pour une fois, bien serieuse et sortie de son rôle de comédienne allumée. Sa voix était apaisée, et semblait différente de celle qu'elle utilisait habituellement. Son ton était serein, calme et son visage, bien que tourné en direction de l'onde dégageait une certaine bienveillance et une expression d'empathie sincère.

-"Dis moi, d'ou vient toute la peine que tu traînes avec toi comme un boulet ? Qu'as-tu perdu de si cher que ton cœur ne puisse pas s'en remettre ?"

A mesure que leur embarcation s'approchait des côtes de leur destination, le ciel s'assombrissait. Tant et si bien qu'au fil des miles parcouru, il semblait déjà faire nuit en plein jour.

Alors, dans le plus grand des silences, ils entrèrent en terre Pirate.

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Re: Destins croisés et gueule de bois.

Message par Assiah le Ven 27 Jan - 15:31

Assiah avait retenu un soupir d'exaspération en voyant approcher la comédienne de son pas hésitant. Un instant, elle avait songé à se détourner sciemment de celle-ci pour lui faire comprendre qu'elle n'avait nullement l'envie de se laisser importuner par une joute verbale supplémentaire. Quelque chose dans le port de l'orientale retint son geste.

Saké avait à peine fini de déblatérer son petit discours qu'elle s'était sentie soulevée de terre par l'impulsive guerrière blonde. Assiah persiffla à son oreille d'une voix haineuse où la menace se faisait clairement ressentir. L'attaque avait été d'une rapidité déconcertante ne donnant pas le loisir à quiconque de s'interposer entre les deux femmes au caractère si lointain et pourtant si proche.

"Tu parles trop, si l'envie te prenait de passer à l'acte je te conseille de ne pas faire de trop long discours, tu pourrais ne pas finir ta phrase..."

Puis la sculpturale blonde ajouta avec un sourire carnassier:

"Si tu joues un de tes petits tours habituels pour frapper assure-toi aussi que tu ne sentes pas... ton odeur pourrait te trahir!"

Satisfaite de sa petite pique, la blonde relâcha son emprise sur la femme bridée qui, ne semblait pas le moins du monde intimidée par l'éclat dont elle était la cible. Au contraire, elle s'approcha encore Chantelame, son ton avait changé.

Les deux femmes discutèrent quelques instants tantôt se regardant dans le blanc des yeux, tantôt fixant leur nouvelle destination.
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Re: Destins croisés et gueule de bois.

Message par Mortelune le Ven 3 Mar - 15:21

Le regard de l'Amazone avait perdu toute sa hargne et recelait maintenant une part d'incrédulité mêlée de méfiance. Sans regarder sa trop curieuse interlocutrice, la mirifique blonde lui donna une réponse sibylline : 

-"Votre rencontre avec le Grand Cornu vous a éteint quelques lumières en vous et pas seulement dans votre esprit..."

Elle se tourna alors vers la comédienne pour plonger son regard d'ambre dans ses yeux et continuer le ton grave


-"Vous n'êtes pas la seule à avoir rencontré le Diable."

Ceci dit elle détourna le regard comme si la conversation ne l'intéressait plus et le voile de tristesse qui couvrait si souvent son joli minois reprit son imposante place.

L'orientale ne se fit pas prier pour répondre.

-"Je vois... la réplique classique. Il est plus simple de traiter les autres de fous que de véritablement chercher à comprendre ce qu'ils cherchent à vous dire. Mais j'ai l'habitude voyez-vous. Et puis après tout, qui sait, c'est peut-être moi la seule personne saine d'esprit ici..."

Saké s'amusa de sa propre réplique et alors que la Chantelame lui tournait déjà le dos.

-"Pour ce qui est du Cornu, tu lui accordes bien trop d'importance. Il n'a pas grand chose à voir avec mon état. Du moins pas comme tu sembles l'entendre. Il ne fait que révéler quelques zones d'ombres en vérité. Le reste, ce ne sont que quelques tours de passe-passe. Mais allez, à la fin, arrête ce petit jeu de guerrière renfrognée et solitaire. Tu souffres trop de la solitude pour réussir à nous faire croire que tu l'apprécie"

La jolie blonde se retourna vers l'artiste un sourire sans chaleur étirant ses lèvres. Sa voix était un murmure et son calme, proche de la neurasthénie avait quelque chose d'inquiétant. 

- "Je n'ai pas parlé de folie Saké... ne sommes-nous pas tous un peu fous à notre manière?" Et toi? Pourquoi te comportes-tu systématiquement de telle façon que tout un chacun soit exaspéré? Tes propos cinglants et moqueurs, tes poses je m'en foutiste, ton air de madame je-sais-tout... 

La guerrière haussa les épaules, elle se sentait trop épuisée par sa nuit et ses terribles cauchemars que pour chercher une vraie réponse aux remarques de l'impitoyable femme bridée. Qu'avait-elle perdu au juste là-bas? Est-ce que seulement elle avait la réponse à cette question? Elle continua donc de cette voix atone.

- "Après tout à chacun sa façon de se protéger... "

Saké haussa les épaules à son tour et leva les yeux au ciel, résignée devant la réserve de l'Amazone.

-"Si tu le dis..."

Pendant ce temps, l'embarcation progressait au cœur de l'immense cité flottante qui semblait n'être qu'un enchevêtrement complexe d'épaves de navires et galions reconvertis en entrepôts, tavernes, habitations et autres échoppes. Depuis leur position on pouvait clairement voir que la ville grouillait de vie. C’était bruyant, même de loin, désorganisé et chaotique. Très loin de l'atmosphère beaucoup plus policé des quartiers résidentiels de Clantor.

-"Mais de quoi cherches-tu à te protéger au juste ? Ici, au milieu de nulle part. Je n'ai même pas encore cherché à te tuer... Ah et bon, entre nous... Il est fort probable que je ne sois pas obligée d'aller jusque là... J'ai parfois tendance à extrapoler un peu !"

La belle illusionniste passa sa main dans ses cheveux noirs et épais et repositionna d'un geste machinal une large mèche devant son œil invalide.

Bien qu'elle trouva l'insistance de la jolie Saké un tantinet lassante, Assiah ne put s'empêcher d'être touchée par l'intérêt sincère que cette dernière semblait lui témoigner. La guerrière blonde poussa un soupir désabusé mais répondit à la curieuse d'une voix un peu plus concernée.

- "Là-bas aux confins des terres gelées du grand nord une armée se prépare, des colosses débarqués de nulle part qui sont apparus comme descendu du ciel... Ils ont tout massacré, tout détruit."

Le visage se brisa en un masque d'effroi comme elle se rappelait ses horribles instants qui avaient marqués à tout jamais son esprit. Ses yeux encore hantés de la vision de ces êtres monstrueux. Au prix d'un effort manifeste, la farouche guerrière reprit le contrôle de ses émotions. Elle ne pouvait aller plus loin dans son explication. Formulé à voix haute sa lâcheté était au-dessus de ses forces. Elle ne pouvait l'accepter, ne pouvait se la pardonner. Elle reprit d'un ton un peu plus hostile qu'elle ne l'aurait voulu.

"Tu peux ne pas me croire, personne ne l'a fait mais cette armée est bien là, présente, cachée... elle attend son heure pour déferler sur le monde et elle n'en fera qu'une bouchée croyez-moi... même préparées et combinées je ne sais si nos armées pourrait vaincre et pourtant... un espoir de folle" sourit-elle enfin.

Elle se tut alors guettant la réaction de l'Orientale. Comme tous les autres elle allait sans doute lui rire au nez et la traiter de folle... à chacun sa folie non ?

-"Pourquoi irais-je remettre en cause ta version ? - Répliqua la comédienne - J'ai vu suffisamment de choses bizarres ou effrayantes dans ma vie pour savoir qu'on ne peut jurer de rien. Moi même, ces derniers temps j'ai observé d’étranges phénomènes. Des événements peu ordinaires qui, mis bout à bout permettent de penser qu'un tableau plus vaste, est en train de se peindre. Un tableau dont on ne pourrait observer la totalité de la toile et de son objet qu'au profit d'un recul extrême, comme perché dans un nid d'aigle par exemple..."

Un air inquiet vint habiller les traits du visage de Saké. Son regard, qui ne fixait rien en particulier, semblait perdu dans un songe contemplatif, comme si son imagination survolait les pleines enneigées décrites par Chantelame.

-"Il m'est arrivé de voyager la bas. Une paire de fois. J'y ai croisé des peuples fiers, honorables. Pour certains un peu rustres, voire arriérés pour les plus belliqueux d'entre eux. Mais par dessus tout de redoutables combattants ne craignant aucun adversaire. Si ce que tu dis est vrai. Si ces forces inconnues ont réussi à s'imposer en ces terres face aux Nordistes, alors effectivement il y a de quoi s’inquiéter. Mais dis m'en plus. Que faisais tu la bas ? Qui sont ces colosses ? A quoi ressemblent-ils ? Les as-tu affrontés ?"

Au même moment, l'air, imperceptiblement, se refroidissait. Une brume légère commençait à planer au dessus de l'onde et la ville, bruyante jusqu'à l'instant, semblait doucement se taire.

La curiosité de la guerrière avait été titillée, elle commençait à trouver un intérêt à cette petite conversation qui d'ailleurs s'apparentait beaucoup à un interrogatoire. Ainsi l'orientale ne mettait pas sa parole en doute, mieux, elle semblait même appuyer ses dires par les observations qu'elle avait pu faire elle-même. De but en blanc, la blonde rebondit sur la réponse de son interlocutrice.

- "Des choses étranges? Quelles choses étranges et où?"

De nouveau les questions de Saké se firent envahissantes aux yeux de la jeune femme. Fidèle à sa nature vive et franche, l'amazone ne put empêcher les mots de sortir.

- "Vous posez beaucoup de question..."

Laissant au silence le soin de meubler le temps, elle consentit enfin à répondre du bout des lèvres

- "C'était une mission banale, récupérer un objet dérobé par les Skaalds. Le genre d'aventure dont on rentre tranquillement pour l'heure du thé... nous étions trois, nous avions réussi puis ils sont apparus. Au début, ce n'était que de grosses flaques noires qui déferlèrent comme une vague puis ces horribles flaques se transformèrent, elles prirent une apparence humanoïde, d'immenses et monstrueux guerriers surgirent alors, ils portaient une armure d'un noir d'encre...ces abominations semblaient insensibles aux attaques c'était comme s'ils absorbaient les coups comme si on plongeait une cuillère dans du gello"

La suite du récit eut plus de mal encore à franchir la barrière de ses dents qu'elle avait serrées en même temps que les poings. La belle guerrière blonde continua pourtant, maintenant qu'elle s'était lancée elle se devait de finir son histoire.

- "Nous avons fuis, que pouvions nous faire d'autre? Nous ne pouvions faire face à ses créatures venues d'ailleurs. Nous avons sauté à bas de la muraille qui protégeait la ville. je m'en suis tirée avec une petite foulure au genou, ma compagne n'a pas eu autant de chance que moi."

La guerrière tourmentée porta alors une main à son cœur, là où la nordique, sa sœur, l'avait touchée dans ses derniers moments, je souhaite plus que tout qu'une part de moi se fasse une petite place ici ça avait fait partie de ces derniers mots. La belle reprit le visage dévasté, les larmes brillant dans ses yeux mordorés.

- "Mortellement blessée elle m'a fait jurer de tout faire pour m'en tirer, de prévenir le monde de ces envahisseurs" C'était mon amie, ma soeur... elle est morte debout, fièrement dressée contre ses ennemis j'ai continué à courir pour me retrouver face à face avec quelque chose de plus effrayant encore, un monstre dont on narre les histoires au coin du feu pour le plaisir de se faire peur. Là encore je fus sauvée malgré moi."

La jeune femme ne put aller plus loin dans son récit. Monsieur Metal, elle se rappelait, Mym, elle lui avait dit qu'il avait changé son plan, ce n'est que maintenant qu'elle comprenait toute la portée de cette phrase, il avait voulu les protéger... contre quoi? Il semblerait qu'il savait ce qu'étaient leurs assaillants... fébrile la belle guerrière essaya de se rappeler les paroles exactes de son amie... en vain.

De son côté Saké tenta de répondre aux questions de son interlocutrice, tout en restant relativement évasive et succincte. Elle avait hameçonné sa proie, suscité son intérêt et à présent celle-ci semblait plus ou moins disposée à se livrer. Il ne fallait donc pas monopoliser la parole.

-"Juste une accumulation surprenante d'observations qui, prises isolément pourraient passer inaperçues. Des migrations de faunes inopinées ou dans des zones inhabituelles, des comportement plus agressifs de peuplades pourtant connues pour leurs pacifisme. La présence plus importantes de monstres, en zone hostiles, mais aussi leur tendance à s'approcher de plus en plus près des zones prétendues sécurisées... La prolifération d'atrocités jusqu'à lors inconnues ou rarissimes. J'ai pris quelques notes dans mes carnets de voyages. Je pourrais te les partager à l'occasion".

L'orientale laissa alors son interlocutrice poursuivre et n'omettant pas toutefois de rebondir sur sa dernière remarque

-"Certes, je pose beaucoup de questions... Mais à ma décharge tu es fort peu loquace."

Puis la comédienne s’imprégna du récit dramatique de la guerrière. Ses mots la bouleversèrent, même si elle se garda bien d'en exprimer les troubles sur les traits de son visage et contint la peine provoquée aux confins de ses entrailles. Puis lorsque la gorge de Chantelame commença à se serrer trop fort pour qu'elle ne puisse poursuivre la narration de son épopée, Saké, habillement prit le relai.

-"La culpabilité est naturelle, dévastatrice, incontrôlable, mais surtout injustifiée. Mais rien de ce que je ne pourrais dire, ni maintenant, ni jamais, ne saurait changer ta perception des choses. Il n'y a d'ailleurs rien que tu ne puisses faire toi même pour changer cela. Au mieux pourras tu venger les tiens que cela ne les ramènerait pas pour autant. Pas plus que de mettre fin à ta propre vie."

L'artiste décida alors de battre le fer alors brûlant. La brèche était ouverte et il fallait s'y engouffrer. La belle aux cheveux d'or avait certainement gardé pour elle la douleur causée par sa mésaventure depuis lors. Il fallait faire sortir ce souvenir corrupteur d'une façon ou d'une autre. Saké tenta alors de combattre le mal par le mal...

-"Trois compagnons face à un campement Skaald, tout de même. C'est un peu optimiste, sans préjuger de la valeur de tes frères d'arme. Je suis intriguée que vous n'ayez pas avorté l'entreprise. Pourquoi avoir maintenu l’expédition ? Même sans imaginer ce que vous avez finalement rencontré la bas, le risque était réel... Tu devais avoir une confiance sans borne en tes alliés. Vous faisiez équipe depuis longtemps ? Parle moi un peu d'eux..."

La mélancolique jeune femme se refermait déjà, l'orientale s'aventurait dans un chemin trop secret et la méfiance que la belle portait à l'encontre de Saké n'était pas totalement endormie. Son instinct aussi lui parlait, le changement de temps ne lui avait pas échappé et le froid qui tombait avait réveillé ses sens. Enfin, il y avait ces nouveaux éléments qui venaient de refaire surface dans sa mémoire et qui la laissait songeuse.


- "Toi-même tu ne t'épanches pas beaucoup... quelle est ton histoire? D'où te viens cet œil mutilé et ce cynisme?"

Assiah se souciait peu de choquer son interlocutrice par ses questions posées sans délicatesse aucune, elle ne voyait pas malice à étancher elle-aussi sa curiosité vis à vis de cette femme tantôt insupportable, tantôt conciliante.

Un sourire fleurit sur les lèvres de la guerrière blonde. L'étonnement de la femme aux yeux bridés était légitime, quels fous se seraient attaqués à tout un clan à trois? C'est avec une note d'amusement dans la voix qu'elle répondit de bonne grâce au juste questionnement de Saké.

"Avant cette unique mission, je ne leur connaissais ni d'Eve ni d'Adam, pourtant je n'aurais pas voulu d'autres compagnons de route. Je leur aurais confié ma vie les yeux fermés et sans ce retournement catastrophique de situation nous nous en serions sortis tous les trois. Il a suffit de monté les Skaalds les uns contre les autres et, trop occupés qu'ils étaient à se battre, mon amie et moi serions passées inaperçues. Pour lui par contre... il nous a recrutée, il était le chef de cette expédition et, en conséquence, la tête pensante aussi. Il était loin de passé inaperçu ce géant de métal."

De nouveau son regard se perdit sur l'horizon, derrière le chagrin qui voilait ses yeux, on pouvait lire un autre sentiment sans savoir s'il s'agissait de respect, de tendresse ou d'autre chose. Pour Chantelame, la conversation était terminée. Ses lèvres closes elle avait occulté la présence de l'orientale pour replonger dans ses pensées.

Le froid continuait silencieusement à se faire plus poignant encore.

Saké estima que le moment était propice pour laisser un peu de répit à la tenace jeune femme à qui elle venait de faire revivre son douloureux passé.

Moins de trente minutes plus tard, le bateau accostait vigoureusement sur une ébauche de quai tarabiscoté. L'assourdissant grincement de bois qui se propagea dans l'air au moment de l'impact entre la coque du navire et la barge aurait pu s'apparenter à un dernier soupir poussé par l'embarcation avant de rendre l'âme.

Tara débarqua la première accompagnée de sa suite. Les compagnons d'infortune, qui mettaient tous pour la première fois les pieds sur la terre légendaire des pirates, ouvraient grand leurs yeux devant l'incroyable spectacle qui leur était offert.

La ville était tout simplement différente de tout ce qu'ils avaient pu voir dans leur vie jusqu'à lors. Un véritable cimetière marin devenu Cité par la force des choses. Une terre sauvage,régie par le code des pirates et s'affranchissant des normes et lois en vigueur partout ailleurs dans le monde.




L'agitation qui avait pu être observée plus tôt depuis la mer révéla alors sa vraie nature. Au delà du fait que Fort Naufrage était une ville de dangereuse, insomniaque, théâtre habituel de crimes et de débauche, elle était connue également pour les rixes urbaines qui embrasaient régulièrement la ville. 

En effet, deux guildes, aussi barbares et cruelles l'une que l'autre se disputaient la suprématie de la cité marine depuis sa fondation. Les "Frères Naufrage" d'un côté, facilement reconnaissables à leurs vestes rayées noires et or et dirigé par le sinistre Sir Tendvin O'Mavery et de l'autre le Clan Sirène, majoritairement composé de femmes (mais pas seulement), dont chaque membre portait un foulard rouge sang autour du cou et répondait aux ordres de la mystérieuse Lady Silence. 

Et puisque l'épopée de mercenaires était définitivement placée sous le signe de la guigne, Saké, Tara et les autres intégraient à présent une véritable guerilla qui voyaient s'affronter les deux factions.

Ce contexte clairement hostile rendait toute progression à l’intérieur de la ville fortement complexe, en plus d'être dangereuse. Au delà de ça, aucun quartier n’était épargné, il n'y avait donc aucun moyen de se replier afin de se mettre à l'abris.

Sur ces entrefaites et face à cette contrariante déconvenue, Kolsenhauer exposa son plan

-"Bien, je vois que les années passent et les coutumes demeurent... Ne vous alarmez pas outre mesure mes moineaux, dans la mesure où les guerres ici sont monnaie courantes, elles ne durent jamais bien longtemps ! Le temps que l'orage se passe, nous allons gagner la place forte d'une vielle amie qui nous hébergera... du moins, je l'espère. Il faudra néanmoins rester vigilant pendant notre trajet et ne pas se mêler au conflit. Les anciennes querelles qui animent ici les rancœurs des uns et des autres ne vous concernent pas. Il serait dangereux pour vous de prendre partie."

La demande semblait bien qu'empreinte de sagesse, semblait difficilement réalisable dans la mesure où le conflit était omniprésent... Tôt ou tard, leur groupe y serait mêlé quoi qu'il advienne. Soit leur chemin serait entravé par un barrage de contrôle ou soit seraient-ils pris pour cibles par un groupe plus éméché qu'un autre, à défaut pour ce dernier d'avoir de rival direct à affronter.

Ce qui ne manqua pas d'arriver moins de dix minutes plus tard, quand un groupe d'une dizaines de flibustiers aux vestes rayées vit arriver sur la petite place qu'ils gardaient, un groupe d'individus qui dénotait clairement avec le folklore local.

Alertés par la présence des aventuriers, les pirates, qui portaient les couleurs des Frères Naufrages, défouraillèrent sans autre forme de procès.

L'un d'entre eux, plus charismatique que les autres et qui semblait être le chef de groupe, invectiva Tara.

-"Tiens, tiens, tiens... Si on m'avait dit ce matin que je verrais débarquer devant moi une troupe de pouilleux venus de je ne sais quel Pays merdique d'outreterre... Je ne l'aurais pas cru. Et si en plus on m'avait dit que ces pouilleux seraient menés par cette pute de Kolsenhauer... je crois bien que j'en aurai avalé ma chique à claquer sur place. He he he ! Bah alors, ma grande, on a décider de passer ses vacances au soleil c'est ça ? On vient rendre visite à sa grande sœur chérie ? Mince, je crois que ça tombe mal... elle doit être fort occupée en ce moment. Pas vrai les gars ?" lança le pirate à sa troupe.

Un rire gras et collectif marqua l'approbation des sbires.

-"Sur ce, je vous propose de vous arrêter là, et de remettre à plus tard votre petite visite de courtoisie. Dans l'au delà par exemple. Allez les gars, on les désosse."

La consigne ne laissa place à aucun doute sur les intentions des boucaniers. Par petits groupes de deux, ils menèrent l'assaut sur chacun des mercenaires à la solde de Moo'Hann.


Dernière édition par Mortelune le Ven 3 Mar - 16:15, édité 2 fois
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Re: Destins croisés et gueule de bois.

Message par Assiah le Ven 3 Mar - 16:00

La ville aurait pu s'enorgueillir de posséder l'appellation de curiosité et attirer bien des touristes tant son originalité interpella la belle blonde. Bien dommage qu'elle ne fut qu'un repère de bandits, de gibiers de potence et de tout ce que les royaumes comptaient de racailles et de truands. Y avait-il dans cet Eden à voyous un seul homme dont l'esprit n'était pas corrompu par les rapines, l'argent, l'envie sauvage d'en découdre juste pour assouvir un plaisir si fortement ancré, quelqu'un qui n'ait pas le sang bouillonnant n'attendant que les rixes? Des pirates au coeur noble, ça ne devait pas courir les rues, même celles de Fort Naufrage... certains étaient sans doute arrivés là bercé par l'illusion d'une liberté mais avaient été repris par le système, obligés d'entrer dans le jeu pour y survivre.

Les regards que jetaient la guerrière blonde alentours étaient désabusés. Encore un reflet de la nature dépravée des hommes. Etaient-ils vraiment différent des démons finalement? L'amazone observa à la dérobée la réaction des autres membres de leur procession, elle se tenait tout naturellement derrière la carrure imposante de l'Ursidé et devant Hautjardin. La jeune mage semblait encore plus fluette, plus inadaptée dans cet atmosphère lourde de menaces. Assiah se retourna vers elle un sourire qui se voulait rassurant sur les lèvres.

Le petit groupe fut vite invectivé par une bande de malfrats locale. Il faut dire qu'ils ne se fondaient pas vraiment dans le paysage, trop hétéroclites, trop "proprets" et sans doute un rien trop curieux (après tout, ce n'était pas tous les jours qu'ils vous était donné de voir la célèbre cité pirate), ils attiraient irrémédiablement l’œil.

Le rire de la blonde cascada dans l'air, incongru. A moitié masquée par l'imposant Ursidé, la plantureuse aventurière n'avait pu le retenir. Sérieux! Ils voulaient en découdre avec eux, cette bande de loqueteux à peine capables de tenir une épée correctement?! La situation lui sembla du plus haut comique mais... peut-être était-ce la seule à voir cela sous cet angle. Leur groupe d'élite ne ferait qu'une bouchée de ces vaniteux, à peine s'ils allaient suffire à les sustenter.

Dans les yeux de certains de ses compagnons, la belle guerrière lut la même lueur d'amusement qu'elle ressentait. Sans un mot, dans un tintement caractéristique qu'accompagnait son rire méprisant, l'amazone sortit ses lames.

Ses deux adversaires se révélèrent plus compétents qu'elle ne l'avait jugé. Loin de décourager la belle cette constatation ne fit qu'ajouter à son plaisir. Elle devrait être plus concentrée sur le combat et c'était une bonne chose de ne pas laisser son esprit aller à la morosité qu'elle ressentait.

D'un geste large, la guerrière salua ses adversaires.

"Messieurs, lequel des deux veut commencer? 

Comme ils s'avançaient tous deux dans un parfait ensemble, l'amazone dévoila plus largement son sourire.

"Oh, je vois, une attaque combinée. Bien ça n'en sera terminé que plus vite."

Avec un accord quasi parfait, les individus s'étaient jetés sur le groupe, les isolant les uns des autres avec une stratégie étudiée. Assiah laissa passer quelques instants, étudiant les mouvements de ses adversaires, leur façon de se mouvoir, leur rapidité. Les premières passes furent hésitantes comme si chacun jaugeait les qualités et les défauts de l'autre. Les deux assaillants décidèrent de la prendre en tenaille et la belle les laissa faire... peu importait qu'ils essaient de la prendre à revers ou dans le dos, ses lames étaient partout. L'un levait sa lame qu'elle était aussitôt bloquée ou déviée par la dextérité de la femme blonde. 

Quand elle commença à trouver que le combat tirait en longueur, l'épéiste passa à la vitesse supérieure. Ils étaient sur son territoire, la défiaient dans son art ultime et elle ne comptait pas avoir la moindre pitié pour eux. Alors que sa rapidité se faisait inhumaine, Assiah hurla à la volée prête à tuer.

"On tue ou on met juste hors d'état de nuire?"

La question lui semblait somme toute idiote et la réponse plutôt évidente. Après tout, ils n'étaient sur des terres régies par des lois strictes et le meurtre devait être monnaie courante ici. Ils ne devraient sans doute pas à avoir à répondre de leurs actes.


Dernière édition par Assiah le Mar 14 Mar - 15:03, édité 1 fois
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Re: Destins croisés et gueule de bois.

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